Archives
19 août 2013

Tête à tête avec la migraine

Infirmière ayant ouvert désormais son propre cabinet, la payernoise Michèle Kucina-Hermeline a souffert pendant 40 ans de cette pathologie souvent comprise de travers. Elle raconte comment elle en est venue à bout, puisant en elle-même et lançant un défi à la maladie.

Michèle Kucina-Hermeline souriante, adossée en tailleur contre un mur dans une ambiance lumineuse
Michèle Kucina-Hermeline: «Nous sommes tous différents y compris dans notre façon de gérer et de supporter la douleur.»

Combien de fois ai-je pensé qu’en me coupant la tête, je me sentirais mieux?» Michèle Kucina-Hermeline, infirmière de métier, sait de quoi elle parle: la migraine, elle en souffre depuis l’âge de 10 ans. «Quand elle vient, on ne peut plus rien faire, on ne peut pas boire, pas manger, pas lire, on a la tête dans un étau. On doit se mettre au lit, dans le noir, on se débranche.»

Malgré de nombreux traitements, la médecine classique ne lui a pas apporté de solutions. Alors elle décide de «dire adieu à la migraine». Par le biais de son livre, «Dialogue avec la migraine», aux Editions Bénévent, où elle s’adresse directement à la maladie.

Aux migraineux en détresse, Michèle Kucina-Hermeline ne dispense pourtant pas de conseils, pas de secrets, juste son expérience «comme une porte ouverte, pour retrouver un sursaut de bonne énergie, se dire après tout que ce n’est pas fichu, que je peux m’en sortir, trouver d’autres solutions».

Une expérience qui lui a appris que

chaque migraine est unique, a sa signature.

Les symptômes ne sont en effet pas les mêmes chez tout le monde. «Nous sommes tous différents y compris dans notre façon de gérer et de supporter la douleur.»

Pour son propre cas, elle essaiera de faire le lien entre l’apparition de la migraine et la perte prématurée de son père, alors qu’elle était âgée de six ans. Avec aussi, plus globalement, une attitude trop rigide devant la vie: «Toujours à vouloir faire plaisir aux autres, à jouer un rôle, tout en véhiculant beaucoup d’anxiété, d’inquiétude, de peur, de manque de confiance.»

Lâcher prise et vivre dans le moment présent

Il lui a fallu, raconte cette payernoise d’adoption, apprendre à s’occuper d’elle:

Il est important de prendre soin de soi, de prendre du temps pour soi.

Michèle Kucina-Hermeline n’aime pas beaucoup parler de «lâcher prise», «une formule qu’on entend partout, qu’on lit dans des bouquins, les magazines et qui peut être agaçante». N’empêche, c’est bien un peu de cela qu’il s’agit: «Faire confiance, vivre dans le moment présent, ici, maintenant. Demain, ça n’existe pas». Elle explique qu’avant, la migraine lui collait à la peau, comme une étiquette». Dont elle a réussi à se dissocier, au début juste en lançant le défi de donner congé à la maladie. Puis par toutes sortes de techniques qui ont beaucoup à voir avec l’introspection.

Elle a cherché d’abord en effet à comprendre, à se comprendre, à percer ce mystère: pourquoi elle, qui croyait faire tout juste, surveillait son alimentation, ne fumait pas, ne buvait pas d’alcool, était néanmoins sujette à ces incessantes attaques de migraine.

Aujourd’hui, elle croit fondamental «de se trouver en accord avec qui l’on est, avec ses passions, ses rêves, ses pensées, sa personnalité, ce que l’on dit», de faire quelque chose «qui nous passionne, nous fait vivre, nous fait vibrer». Bref «être un instrument qui sonne juste». Pourtant elle le répète, elle l’a même écrit noir sur blanc, elle, l’infirmière:

On ne peut vraiment soigner que soi.

Dans son face à face avec la migraine, elle s’est mise également au yoga, à la méditation, s’est lancée dans «tout un chantier, sur tous le plans, émotionnels, physiques».

Mais à ceux qui lui demandent conseil, qui viennent la consulter dans l’Atelier du cœur qu’elle ouvert à Payerne, elle martèle que c’est «à eux de retrousser les manches, de chercher». Parce qu’elle est persuadée que «chacun a tous les outils, toutes les compétences, toutes les ressources en lui pour se comprendre, pour se soigner. Parce que c’est vous qui êtes concerné, vous qui ressentez, vous qui souffrez».

Sans pourtant négliger le recours d’abord à la médecine traditionnelle, aux «traitements de fond, avec des médicaments comme des bêtabloquants et des antidépresseurs pris sur le long terme: ça n’a pas fonctionné pour moi, mais chez certains ça marche». Avant d’ajouter: «Quoiqu’assez rarement».

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Loan Nguyen