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29 mars 2016

Tête-à-tête avec ma poupée

A l’instar de l’ami imaginaire, doudous et nounours deviennent fréquemment pour l’enfant des interlocuteurs privilégiés. Qu’il s’agisse de leur raconter ses secrets, leur avouer ses préoccupations ou de revivre avec eux les épisodes du quotidien.

Compagnon rassurant, le jouet préféré de l’enfant devient le réceptacle de ses émotions et de ses préoccupations.
Compagnon rassurant, le jouet préféré de l’enfant devient le réceptacle de ses émotions et de ses préoccupations. (Photo: Getty Images)

Confier ses soucis à ses poupées? Au Guatemala, la pratique s’élève au rang de tradition, inspirée d’une bien jolie légende. Celle de la princesse maya Ixmucane, qui reçut du Dieu Soleil la faculté de résoudre miraculeusement les problèmes de ses sujets. Aujourd’hui, c’est à de minuscules figurines, héritières de ce don, que les enfants du pays peuvent faire part de leurs tracas avant de s’endormir. Avec la certitude qu’au matin ces derniers se seront envolés…

Si l’habitude n’est pas autant ancrée dans nos contrées, il n’est toutefois pas rare que nos têtes blondes, brunes ou rousses choisissent pour confident leur animal en peluche, leur doudou ou leur poupée.

Ma fille entame parfois une longue conversation avec son lapin avant de s’endormir, témoigne une maman sur internet. Il est devenu pour elle un compagnon rassurant.»

Directrice de l’Association pour l’éducation familiale de Fribourg, Cristina Tattarletti confirme l’utilité non négligeable de ces amis de plastique ou de chiffon dans la vie des enfants. «Ils peuvent tout leur raconter: leurs journées mouvementées, leurs joies, leurs peines. C’est une façon pour eux d’apprendre à gérer leurs émotions, mais également de développer leur langage. Il est donc important de laisser cette intimité se développer.»

Quant aux parents, ils ne devraient pas se sentir lésés de voir leurs bambins leur préférer un nounours dans le rôle du confident privilégié. «Plutôt qu’un concurrent, il serait judicieux pour eux de le considérer comme un allié. Ou comme un médiateur qui leur permettrait d’entrer en relation avec leur enfant.» Les forums de discussion consacrés à cette thématique montrent d’ailleurs que certains pères et mères ont bien intégré cette tactique:

C’est fou comme il est parfois utile d’interroger le doudou quand ma fille semble avoir un souci», assure une maman.

Une autre raconte qu’elle questionne fréquemment le compagnon en peluche de son fils, lui-même très discret, sur le déroulement de ses journées à l’école.

«Le doudou ou la poupée devient ainsi un personnage à part entière, estime Cristina Tattarletti. Et selon la place que les parents lui accordent, il peut en effet servir de support pour sonder leur petit sur ses états d’âme.» Une sorte d’ami imaginaire, alors? «Plutôt un précurseur de ce dernier, qui s’avère un peu trop abstrait pour les enfants de moins de 6 ou 7 ans.» Attention toutefois, met en garde la pédagogue, à ne pas recourir systématiquement au doudou pour savoir ce qu’il se passe dans la tête de son petit: «Il ne faut pas que cela devienne un médicament.»

Mieux comprendre le quotidien

Au-delà de ces fonctions de confident et de médiateur, nounours et Barbies servent parfois également à recréer des scènes de la vie de l’enfant. «Suite à un voyage en train de Genève à Marseille, notre fille Anouk, 3 ans, a rejoué une trentaine de fois l’épisode avec ses peluches, s’amusent Joëlle et Lucien. Cela lui arrive souvent de répéter ainsi des événements qu’elle a vécus.»

Explications de Cristina Tattarletti: «De telles activités permettent non seulement à l’enfant de mieux comprendre son quotidien, mais aussi de devenir acteur d’une situation qu’il a peut-être subie.» A classer dans cette même catégorie des jeux symboliques, du «faire comme si», le pouponnage dans lequel s’engagent certains petits auprès de leur doudou, lui parlant comme à un bébé, le couchant, le changeant, lui donnant à manger.

Ce genre de comportement survient souvent après la naissance d’un cadet. Le grand frère ou la grande sœur reproduit les gestes de ses parents avec le nouveau-né. Il fait ainsi l’apprentissage de son nouveau rôle d’aîné.»

Bref, que ce soit pour lui confier ses secrets, revivre avec lui les aventures du quotidien ou même pourquoi pas le gronder, le doudou ou la poupée sera le réceptacle de bien des attentions! Il pourra même faire office d’auditoire attentif: ainsi Alexis, 4 ans, raconte régulièrement des histoires à son éléphant Kipu. Enfin, une seule histoire, toujours la même, mettant en scène un loup. Et si l’on en croit son propriétaire, Kipu n’a jamais peur… 

© Migros Magazine - Tania Araman

Auteur: Tania Araman