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15 juillet 2013

Thabo Sefolosha: «Il devient toujours plus difficile d'accepter la défaite»

Le basketteur Thabo Sefolosha est de retour pour l’été chez lui à Vevey après une excellente année disputée avec son équipe d’Oklahoma City. Le premier et unique joueur suisse en NBA revient sur ses dernières performances.

Portrait de Thabo Sefolosha, basketteur en NBA
Thabo Sefolosha évolue depuis 2006 en NBA. D’abord avec les Chicago Bulls puis avec les Thunder d’Oklahoma City.

A l’issue de la saison régulière de NBA, le club Thunder d’Oklahoma City a de nouveau prouvé sa détermination en décrochant la première place de la Conférence Ouest (n.d.l.r.: une subdivision de la ligue de basket-ball américaine). Quels ont été les atouts de votre équipe pour parvenir à ce succès?

Notre point fort est le même depuis déjà plusieurs années. Nous les joueurs, nous nous entendons tous très bien, sur et en dehors du terrain.

Et puis nous sommes de gros bosseurs et avons le but commun de décrocher la victoire.

La suite a été un peu plus difficile pour votre équipe, qui a été éliminée en demi-finale des playoffs de la ligue nord-américaine par les joueurs de Memphis. Vous parlez dans la presse d’une défaite personnellement difficile à accepter… Pourquoi?

C’est l’esprit de compétition! Mais il n’y a pas que ça… Quand tu parviens jusqu’en demi-finale grâce aux efforts fournis tout au long de la saison, tu te sens déjà très près de la victoire. Il devient donc toujours plus difficile d’accepter la défaite. On en ressort forcément avec quelques frustrations et un sentiment d’inachevé.

Quelques regrets aussi?

Thabo Sefolosha, à g.: «Je suis de manière générale très critique par rapport à mon basket et à ce que je peux apporter sur le terrain.»
Thabo Sefolosha, à g.: «Je suis de manière générale très critique par rapport à mon basket et à ce que je peux apporter sur le terrain.»

Je suis de manière générale très critique par rapport à mon basket et à ce que je peux apporter sur le terrain. Je sais que j’aurais pu être plus efficace sur certains points et je vais donc travailler pour améliorer mon jeu en conséquence la saison prochaine. Mais je prends cela de manière très positive!Je suis à un stade de ma carrière où rien n’est définitif. Il y a encore de belles possibilités de progression.

Cette dernière saison marque aussi l’éclosion d’une nouvelle dimension dans votre jeu: le tir à trois points. Une arme que vous pourriez affûter davantage?

Oui bien sûr, je vais continuer à y travailler. J’essaie continuellement d’amener quelque chose de nouveau dans ma façon de jouer. Pendant longtemps, j’ai été labellisé comme défenseur. Aujourd’hui, j’ai vraiment envie d’améliorer également mon jeu offensif. Je pense que cela peut vraiment représenter un avantage pour l’équipe.

Vous évoluez depuis cinq ans avec le Thunder d’Oklahoma City. Avec le temps, on s’attache à une équipe?

On s’attache non seulement à l’équipe mais aussi à la ville. Il y a une énergie formidable qui s’en dégage. Oklahoma City nous a accueillis et nous supporte avec une énorme générosité. C’est unique! Jamais je n’ai jamais constaté une telle effervescence dans les autres villes où j’ai joué.

Il faut dire que le public d’Oklahoma est réputé pour sa ferveur…

Ce sont des fans qui sont à 100% derrière l’équipe. Il y a quatre ans, nous n’avions remporté que vingt-cinq matchs de toute la saison. Pourtant les supporters étaient présents, comme ils le sont aujourd’hui lorsque l’équipe rencontre le succès. C’est très rare! Ils gardent en tout temps un bon état d’esprit.

Le 20 mai, la banlieue d’Oklahoma City a été lourdement touchée par une tornade, faisant une vingtaine de morts. Vous avez raconté vous être caché dans votre cave avec votre famille lors de son passage. Comment se sent-on après un tel événement?

Par chance ma famille a été épargnée, mais je reste très ému par cette tragédie qui a touché des fans de l’équipe d’Oklahoma.

Je connais également des personnes qui ont perdu un proche ce jour-là… C’est difficile à vivre. Mais j’ai eu la chance d’aller sur place pour réconforter les familles en leur offrant avant tout un soutien moral.

En Suisse, le basket n’est pas encore un sport très populaire. Comment changer cette situation?

Il y a effectivement des choses à faire pour mieux promouvoir ce sport. Les principaux responsables sont probablement les journalistes, qui n’en parlent que très peu. Pourtant, je le vois bien, les jeunes Suisses s’intéressent au basket! Lorsqu’un événement est bien relayé par les médias, le public est toujours au rendez-vous.

Vous organisez d’ailleurs ce mercredi un match de gala à Clarens avec Tony Parker, la star des San Antonio Spurs. Quels rapports entretenez-vous avec le Français?

Nous nous entendons très bien et nous invitons parfois à manger chez l’un, chez l’autre. Francophones tous les deux, nous nous sommes automatiquement rapprochés depuis que j’ai rejoint la NBA, tout comme des autres joueurs qui parlent également français. C’est donc très naturellement que je lui ai proposé de participer à ce match de gala (n.l.r.: dont les bénéfices seront reversés à des œuvres de bienfaisance.

Vidéo: juste avant un match, en 2012, Thabo Sefolosha s'adresse en français à Tony Parker qui joue dans l'équipe adverse.

Est-ce important pour vous d’avoir l’occasion de rencontrer le public suisse lors de tels événements?

J’ai voulu offrir du basket de haut niveau aux personnes qui apprécient ce sport ici mais qui n’ont pas forcément l’occasion d’en voir le reste de l’année. J’aime partager ma passion. Et particulièrement avec les enfants! Moi-même je n’ai pas eu la chance lorsque j’étais jeune de rencontrer un joueur de NBA. C’est pour cette raison aussi que j’organise chaque été des camps d’entraînement pour les enfants à Blonay.

Beaucoup de jeunes basketteurs suisses vous admirent et vous prennent en exemple. En ressent-on une certaine pression?

J’ai envie d’être un exemple pour mes filles d’abord. En revanche, je ne veux pas avoir à justifier à qui que ce soit pourquoi je fais ceci ou cela…

Mais c’est clair que face à ces jeunes qui m’admirent et qui ont le même rêve que moi, on se sent un peu comme un grand frère. Et j’ai envie de les aiguiller sur le bon chemin.

Y a-t-il des valeurs que vous voudriez leur transmettre?

Le plus important pour moi c’est le respect: de soi, de son corps et des autres. Y compris de ses adversaires! Le basket m’a inculqué très tôt ces valeurs et je continue à vivre avec elles aujourd’hui.

Vous avez pris la décision de ne pas rejoindre l’équipe nationale cette année. Pourquoi?

Malheureusement, je dois vraiment me concentrer sur moi-même la semaine prochaine. Cet été je me consacrerai uniquement à l’entraînement pour améliorer mes performances individuelles. Mais j’avoue que la décision a été difficile à prendre parce que j’apprécie de jouer avec l’équipe de Suisse. D’autant plus que beaucoup de changements intéressants ont été opérés dernièrement, notamment l’engagement d'un nouveau coach.

Pourra-t-on vous compter parmi le public pour soutenir l’équipe nationale?

Je serai sur place lorsque j’en aurai la possibilité. J’irai voir certains matchs et je serai présent lors des entraînements. Je pourrai ainsi leur transmettre quelques conseils... Mais l’essentiel est de continuer à jouer dur et de travailler pour l’équipe.

Votre frère a joué aussi en tant que basketteur professionnel, votre père est musicien et votre mère artiste. Est-ce une règle dans la famille de vivre de sa passion?

Ma mère m’a toujours répété de suivre ma passion et de me donner les moyens de mes ambitions. J’aime tellement le basket qu’à aucun moment de ma carrière je me suis permis de regarder en arrière.

J’ai entendu bien des fois qu’il n’était pas possible de vivre de ce sport… Pourtant j’ai toujours gardé confiance en moi. Et au final, ça a payé.

Nelson Mandela est hospitalisé depuis plus d’un mois pour une infection pulmonaire. Votre père est sud-africain, votre mère suisse… L’ex-président a-t-il tenu un rôle particulier dans votre famille?

Nelson Mandela n’a pas marqué que ma famille mais toute l’Afrique du Sud. Quand j’étais tout jeune, le régime de l’Apartheid était encore en vigueur, son état de santé me touche forcément. C’est une figure mondiale qui risque de s’en aller bientôt.

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: François Wavre / Rezo, Keystone