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30 juin 2014

«Les scouts m’appelaient déjà Panda»

Pour Thomas Vellacott, directeur du WWF Suisse, il faut parler de la protection de l’environnement de manière positive, comme dans le livre «Green Gourmet Family».

Thomas Vellacott directeur du WWF Suisse
Sur la terrasse du siège du WWF Suisse à Zurich, Thomas Vellacott et ses collaborateurs ont planté de nombreuses fleurs.

Si Thomas Vellacott a repris il y a seulement deux ans les rênes du WWF Suisse, principale organisation environnementale du pays, il a commencé à y travailler dès 2001. Quant à sa passion pour la nature, elle remonte à sa plus tendre enfance. Notre entretien s’est déroulé sur la terrasse du siège principal du WWF Suisse, à Zurich. Au beau milieu des coquelicots, du thym et des arbustes à baies plantés par les collaborateurs, on oublierait presque que l’on se trouve en plein cœur de la ville. Quelques salades bio réussissent même à pousser dans cet écrin de verdure.

Thomas Vellacott, votre engagement au sein du WWF ne date pas d’hier. Quelle est la genèse de cette histoire?

Tout a commencé lorsque j’étais enfant. A l’âge de 8 ans, j’ai participé avec enthousiasme à une campagne de vente de timbres du WWF dont les recettes devaient profiter à une réserve naturelle menacée par un projet de construction aux abords du lac de Neuchâtel. Chez les scouts, mon dévouement vis-à-vis de l’organisation m’a valu le surnom de «Panda».

Si l’on en croit les sondages, notamment le baromètre des préoccupations de Credit Suisse, les Helvètes se sentent moins affectés par les problématiques environnementales que par l’emploi, par exemple. Nos concitoyens font-ils peu de cas de la nature?

Je ne le crois pas. Lorsque l’on discute avec eux des grands dangers environnementaux, comme le changement climatique, ils se sentent très concernés. Mais au quotidien, ces thèmes peuvent être occultés par des soucis plus immédiats.

Comment le WWF s’y prend-il pour amener l’environnement sous les feux de la rampe?

Nous nous efforçons de ne pas céder au catastrophisme, mais plutôt de montrer aux citoyens qu’ils ont la capacité d’agir et de changer les choses. Lorsque de nombreux individus modifient leurs habitudes de consommation et leur façon de voyager, l’impact global est important. Et les nouvelles qui nous parviennent ne sont pas toujours mauvaises: on peut ainsi se féliciter du retour du gypaète barbu, de la loutre et du loup dans notre pays, tandis qu’en Amazonie, le taux de déforestation a diminué de 80% entre 2004 et 2012.

Vous avez mentionné les habitudes de consommation. N’est-ce pas trop demander aux parents stressés que de réfléchir longuement aux produits qu’ils doivent mettre dans leur caddie?

Les consommateurs ne peuvent pas consulter un manuel de trois cents pages sur l’achat responsable avant de sélectionner un article. Il faut leur simplifier la vie autant que possible. C’est le rôle des distributeurs.

Que peuvent-ils faire?

Migros montre l’exemple, notamment à travers son assortiment de poissons et de fruits de mer, dont une grande partie arbore les labels Bio ou MSC. Ces symboles sont le gage d’une pêche sauvage respectueuse de l’écosystème marin ou d’un élevage écologique. Le détaillant a même promis que, d’ici à 2020, l’intégralité de son offre de produits de la mer serait issue de sources durables. L’achat responsable devient alors très facile: il suffit de repérer les labels adéquats, et l’on peut même choisir ses articles les yeux fermés en cas d’assortiment 100% durable.

Les clients peuvent aussi se fier au nouveau programme élaboré par Migros et le WWF. Baptisé «Cumulus Green», celui-ci consiste à transmettre aux membres Cumulus des informations sur le caractère durable de leurs achats…

Oui, voilà un autre exemple. Cette initiative permet aux consommateurs d’évaluer en toute simplicité leurs habitudes d’achats. Ils découvrent quelle est la proportion de produits certifiés dans leur panier et peuvent comparer leurs résultats avec ceux des autres clients. Il ne s’agit pas de donner des leçons de morale, mais d’informer de manière divertissante.

Migros et le WWF mènent de nombreux projets communs. Que pensez-vous de cette collaboration?

De manière générale, je tiens à préciser que le WWF est toujours prêt à tendre la main aux entreprises, à condition que celles-ci soient disposées à s’engager en faveur de l’environnement sur le long terme. Elles doivent pour cela se fixer des objectifs concrets et ambitieux, contrôler régulièrement la réalisation de ces derniers et publier leurs résultats. A cet égard, notre partenariat avec Migros est particulièrement réjouissant, car il touche à de nombreux domaines – la pêche et l’exploitation forestière durables, la protection du climat ou encore les programmes à destination de la jeunesse.

Le livre de recettes «Green Gourmet Family», est lui aussi le fruit d’un partenariat entre Migros et le WWF. Il permet aux adultes et aux enfants de cuisiner ensemble avec des ingrédients de saison. Avez-vous prévu de tester l’un des plats proposés?

Je partage beaucoup d’activités avec mon épouse et mes deux enfants. Mais je dois avouer que je ne suis pas très doué derrière les fourneaux… J’ai une bonne excuse: la moitié de ma famille vient de Grande-Bretagne, où traditionnellement, la cuisine ne fait pas partie des compétences les plus répandues. Mais cela ne m’empêche pas de considérer le livre Green Gourmet Family comme un super projet.

Quels sont ses atouts?

Il n’exhorte pas à se comporter de telle ou telle manière. Il apprend simplement aux enfants à réaliser eux-mêmes certaines préparations, par exemple du ketchup ou des glaces à l’eau. Sa forme est ludique grâce à la présence du panda, qui accompagne les apprentis cuistots tout au long de l’aventure, et il contient de nombreuses informations sur l’origine des aliments. Un savant mélange de jeu et de pédagogie!

Auteur: Michael West

Photographe: Paolo Dutto