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14 septembre 2015

La musique lui colle aux baskets

Enfant d’Epalinges (VD) et patron de Pomp it up, Guillaume «Toto» Morand fait revivre depuis trois ans la grand-messe de ses jeunes années au son des musiques du monde avec le «1066 festival».

Guillaume Morand photo
Touche-à-tout, Guillaume Morand ne se passionne pas que pour la chaussure: la musique et la politique font aussi partie de ses intérêts.

La porte s’ouvre sur un entrepôt aux allures de loft new-yorkais. En guise de réception, des gratte-ciel de boîtes de baskets accueillent le visiteur. Pas de doute, le QG de Guillaume Morand, alias «Toto», fondateur de la chaîne de magasins Pomp it up et Pompes funèbres, c’est bien là. On a pourtant beau balayer du regard l’immense halle de la zone industrielle de Bussigny (VD), rien qui ressemble à un patron de PME à l’horizon.

Soudain, une silhouette sort des rayonnages. Stan Smith aux pieds, jean et t-shirt blanc à l’effigie de son enseigne, Toto et sa dégaine d’éternel ado s’avance dans notre direction. «Un café?», demande-t-il avant de nous inviter à nous asseoir sur un vieux canapé en cuir chauffé par le soleil. La nuit a été courte et le roi de la pompe lifestyle – 12 boutiques et 70 employés entre Lausanne et Zurich – a les traits tirés. «Parce que le petit dernier dort mal», confie-t-il.

Nostalgie

Qu’importe les nuits entrecoupées de réveils. A 52 ans, Guillaume Morand a gardé l’âme d’un teenager. Pas un hasard s’il a décidé il y a deux ans avec sa compagne et le soutien de la commune de lancer le «1066 festival» sur les cendres du défunt «Festival d’Epalinges». Là même où il a usé ses premières semelles. C’était en 1974. Toto le Palinzard, 11 ans au compteur et cadet de cinq enfants, découvrait sur la scène de la grande salle les groupes folk du moment. L’histoire se répétera neuf saisons de suite.

Il y avait pas mal de monde, car le festival était le deuxième de Suisse romande, juste après Montreux»,

raconte-t-il. A l’époque, il écoute Bob Marley, les Stones, Genesis ou Supertramp. Surtout, le petit dernier a la chance d’avoir une grande sœur qui se rend souvent à Londres et qui lui fait découvrir les dernières nouveautés: «J’avais tout en primeur.»

L’art de la provoc’


Si l’entrepreneur qu’il est devenu a décidé de relancer la machine du festival trente ans plus tard, c’est par goût de la culture mais aussi par goût de la différence. Le folk a laissé la place aux musiques du monde servies en soirées thématiques durant les deux dates de ce raout à taille humaine «où le public se presse à 50 centimètres du chanteur dans une salle à l’acoustique incroyable». Pour cette troisième mouture, Toto et sa bande ont pointé leurs projecteurs sur les artistes lusophones avec notamment Lura, jeune chanteuse d’origine cap-verdienne, et le Maghreb – la scène accueillera l’artiste marocaine Hindi Zahra ou encore le duo de DJ parisien Acid Arab, «parce qu’on perçoit de plus en plus mal ces pays en raison de l’afflux d’immigrés».

On l’aura compris, l’homme est loin de se cantonner à la vente de savates. Le minaret en carton-pâte qui coiffe le toit de son entrepôt depuis la votation de 2009 sur l’interdiction d’en ériger le rappelle: Toto Morand cultive l’art de la fronde comme d’autres leurs biceps.

L’ouvrir quand plus personne ne l’ouvre»,

tel est le moteur de cet infatigable lecteur de la presse économique et internationale. Rapidement, la discussion s’engage sur son dernier combat: la guerre au Yémen, dont «personne ne parle». Toto tient depuis mars un «carnet de guerre» sur son blog abrité par Mediapart où il éclaire sur les enjeux géostratégiques du conflit. Il y a quelques jours, il a adressé une lettre ouverte au Conseil fédéral et aux élus à Berne demandant que la Suisse s’engage.

La politique, justement. Ce diplômé de HEC s’y est essayé en 2012 en se lançant dans la course au Conseil d’Etat vaudois avec son Parti de Rien, récoltant un honorable 5,74%. Auparavant, il s’est illustré en frondeur anti-Blocher. Souvenez-vous: «Les moutons votent UDC», c’était lui. Le groupe Facebook «Stop UDC» créé lors des votations 2011-2012 et qu’il vient de remettre au goût du jour avec une version 2015, c’est encore lui. Ni à gauche ni à droite, il n’exclut pas de se représenter aux élections cantonales en 2017 «si j’ai un message à faire passer». Voilà pour l’avenir. Mais avant, Toto le gosse d’Epalinges ira fouler la place de la Croix-Blanche au rythme des sons d’ailleurs pour le meilleur. Parce qu’il sait mieux que tous que la musique adoucit les mœurs.  

www.1066festival.ch, les 2 et 3 octobre, grande salle d’Epalinges.

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: François Wavre