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27 janvier 2014

Touche pas à ma vapote

Les réflexions de Martina Chyba sur la cigarette électronique.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Amis des bonnes résolutions de janvier bonjour! Vous avez décidé de prendre un abonnement au fitness? Annulez, vous n’irez jamais. Vous avez décidé de n’acheter que des produits bio? Arrêtez, vous n’aurez plus assez d’argent pour vous nourrir au deuxième semestre. Vous avez décidé de prendre du temps pour vous? Hahahahaha. Pardon c’est nerveux. Vous avez décidé de cesser de fumer? Alors ça, c’est une super idée.

Pourquoi? Mais parce que vous pouvez désormais vapoter. Plus une soirée où on n’assiste pas à une discussion (inter)minable sur les vertus du vapotage. Et que je te montre ma vapote, et que je te compare les machins qu’on met dedans, et que je te vante les vertus de l’arôme menthe, fruits des bois (bêêê) ou brise marine. La mienne est plus longue, plus belle, plus remplie de nicotine, moins chère parce qu’achetée en France tu sais juste de l’autre côté de la frontière. On dirait un concours de quéquettes au vestiaire. Dans les années 2000 l’accessoire sensuel obligatoire était un sex toy; dans les années 2010, l’accessoire sensuel obligatoire est une cigarette électronique.

Et maintenant, nos amis vapoteurs fument quasi pendant la bouffe. Plus besoin de sortir dans le froid avec les parias de la clope traditionnelle, ces ringards qui se croient toujours dans un film avec Belmondo et qui préparent soigneusement leur petit cancer au lieu de préparer soigneusement leur petite retraite. Ils disent que ce n’est pas grave, c’est juste de la vapeur, comme celle qui sort du pot-au-feu… Oui, mais le pot-au-feu aromatisé à la cannelle c’est comment dire… moyen.

Je me suis permis deux ou trois fois de poser des questions pratiques du style: Comment on lave l’embout? Est-ce hygiénique? Est-ce que ça va dans la machine à laver? Est-ce que c’est personnel, comme une brosse à dents? Je ne me souviens même pas des réponses tellement on me regardait comme une demeurée. Mais bon je ne sais pas moi ces choses, c’est nouveau ce truc. Quatre mille ans de civilisation (je compte depuis les Egyptiens) et un siècle de réflexion sur Freud, le stade oral et toutes ces joyeusetés, pour en arriver à téter une clé USB. Ça s’appelle le progrès.

© Migros Magazine - Martina Chyba

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Martina Chyba