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2 juillet 2012

Tour de France: Porrentruy met le grand braquet

Le canton du Jura aura les honneurs des télévisions du monde entier le 8 juillet grâce à l’acharnement d’une petite équipe de passionnés de la petite reine.

l’arrivée d’une étape 
du Tour en 2011.
Entre 30 000
et 40 000 
spectateurs 
sont attendus 
à Porrentruy le 
8 juillet. Ici, l’arrivée d’une étape 
du Tour en 2011. (Photo: LDR)

Le 8 juillet. Ce jour-là, l’Ajoie et Porrentruy seront sur tous les écrans de télévision. «Une belle fin de carrière, non?» lance Jean-Claude Salomon. L’historique et premier chef du Service cantonal des sports – trente-trois ans de boutique – en a pourtant vu d’autres. «Mais le Tour de France, c’est vraiment la cerise sur le gâteau», lâche celui qui est aussi président du comité d’organisation.

Porrentruy est donc ville étape du Tour de France 2012. Pour la petite équipe bénévole, cela représente une bonne année et demie de boulot, «séances de trois-quatre heures toutes les trois semaines depuis août 2011, et tous les quinze jours depuis mars pour le comité, précise Jean-Claude Salomon. Vingt-cinq commissions gèrent tous les aspects de ce grand rendez-vous: accueil du public et de la caravane du Tour, sécurité sur le site, gestion du trafic, évacuation des déchets, etc.»

Un gros boulot, surtout. Une organisation XXL, des chiffres en pagaille et parfois vaguement polémiques (lire encadré). Mais l’important n’est pas là. A l’exception de l’arrivée à Paris, il n’y a que deux dimanches dans le programme de la Grande Boucle. Autant dire que décrocher l’un des deux représente une magnifique occasion. «Cela signifie un nombre maximal de téléspectateurs (190 pays dont 60 en direct!) avec une retransmission en intégralité contre en général les deux dernières heures en semaine.» Un vrai miracle. A moins que ce ne soit l’aboutissement logique de la longue histoire d’amour que la région entretient avec la mobilité douce. «Pour un enfant qui s’entraîne dans l’un de nos nombreux clubs juniors, voir le Tour s’arrêter ici c’est mieux que Noël avant l’heure», résume Romain Christe. Chargé de la promotion et des animations de l’événement, ce féru de bicyclette a d’ailleurs tout prévu afin que la fête soit belle pour les plus jeunes mais aussi pour tous les autres, habitants ou visiteurs qui viendront très nombreux s’amasser le long des quelque 154 kilomètres de cette étape Belfort-Porrentruy. «Nous attendons entre 100 et 120 000 spectateurs. Et sans doute entre 30 et 40 000 autour de la ligne d’arrivée» qui, symboliquement, a déjà été tracée sur la chaussée.

La genèse? Il faut donc la chercher dans les liens nombreux que la région ajoulote a tissés avec la petite reine qui porte donc dans ce coin de Jura un peu mieux son nom qu’ailleurs. Jean-Claude Salomon: «Nous avons organisé pendant longtemps une compétition qui s’appelait le Tour du Jura cycliste amateur, devenue il y a une décennie le Tour du Jura. Environ 140 à 150 kilomètres sur route ouverte. Puis, nous nous sommes pris au jeu, accueillant par exemple le Tour de Romandie.»

Une demande parmi 230 autres

Sur la ligne d’arrivée de l’étape suisse de la Grande Boucle, de g. à dr.: Romain Christe, Jean-Claude Salomon etDominique Bonnemain, du comité d’organisation.
Sur la ligne d’arrivée de l’étape suisse de la Grande Boucle, de g. à dr.: Romain Christe, Jean-Claude Salomon etDominique Bonnemain, du comité d’organisation.

En 2006, lors d’une étape à Porrentruy, la présidente du gouvernement jurassien plaisante, lançant sous forme de boutade qu’il fallait maintenant essayer avec le Tour de France. Mais on ne plaisante pas avec la passion. Et en novembre 2006, une lettre part en direction des bureaux d’ASO, la société organisatrice de la plus célèbre des courses cyclistes née en 1903. «En 2007, lorsque nous avons été reçus dans leurs bureaux à Paris, notre demande était enregistrée. Parmi celles de 230 autres villes, raconte Jean-Claude Salomon. Sachant que la très célèbre Verbier a attendu… douze ans pour obtenir gain de cause, on s’est dit qu’il faudrait prendre notre mal en patience.»

Mais le feu sacré demeure vivace. Chaque année, une délégation quitte Porrentruy pour se rendre sur une étape du Tour. Histoire de ne pas se faire oublier, de rencontrer les dirigeants d’ASO.

Arrive 2011. Le Tour de l’Avenir – une course pour les jeunes de moins de 23 ans par équipes nationales – fait à son tour escale à Porrentruy. Et cette fois, le comité reçoit une jolie missive: «Il fallait que nous nous attendions à une réponse positive entre 2012 et 2017. Mais le 15 janvier dernier, un message m’attendait à la maison. Je pouvais sortir mon bloc-notes et commencer à dessiner une étape en Ajoie.» Teint bronzé et œil rieur, le toujours jeune Dominique Bonnemain est en selle depuis à peu près toujours. Dans les années 1990, il fut notamment directeur de l’équipe suisse élite. Et «Le Dom» a tellement pédalé dans les vallons du coin que ses copains disent qu’il connaît l’emplacement de toutes les bouches d’égout du canton.

En principe, ASO possède son staff pour définir les détails de passage de chaque étape. Mais la réputation de Dominique Bonnemain et de précédentes collaborations lors du Tour de l’Avenir lui accordent la confiance de Laurent Bezault, l’adjoint de Christian Prudhomme, le patron du TdF.

Des passages avec des pentes de près de 15%

Entre Belfort et Porrentruy, les coureurs parcourront 157,5 kilomètres. (Photo: LDR)
Entre Belfort et Porrentruy, les coureurs parcourront 157,5 kilomètres. (Photo: LDR)

Dans un premier temps, il doit imaginer un parcours entre Belfort, arrivée d’étape de la veille, et Porrentruy avec un passage à La Chaux-de-Fonds. «Avec un maximum possible de bosses», m’a précisé Paris. Il ne faut pas longtemps à Dominique Bonnemain pour rendre sa copie: 174 km de casse-jarrets, avec une demi-douzaine de cols et côtes plus ou moins raides.» Au printemps dernier, Laurent Bezault vient rencontrer le comité à Porrentruy. Dominique Bonnemain ne peut s’empêcher de lui parler de la célèbre côte entre Glovelier et Saulcy, 5 méchants kilomètres avec des passages à près de 15%. «Il m’a dit: cette bosse, il la faut absolument.»

Problème: l’étape fait maintenant 204 kilomètres, beaucoup trop. Il faut enlever au moins 50 kilomètres. Du coup, pas le choix: l’Ajoulot sort sa gomme, trace La Chaux-de-Fonds et franchit la frontière plus tôt, à Goumois plutôt qu’à Biaufond. «Cela donne un parcours particulièrement nerveux, avec sept difficultés dont quatre sur Suisse: la côte de Goumois qui mène à Saignelégier, ce «mur» Glovelier-Saulcy, la Caquerelle et enfin last but not least, en vue de l’arrivée, le fameux col de la Croix, ses 9% de moyenne et des pentes jusqu’à 18%, entre Saint-Ursanne et Porrentruy. Ce dernier vient d’ailleurs d’être classé en catégorie 1 (soit le plus difficile avant les «hors catégories» des Alpes et Hautes- Alpes). «Tout ce qu’on avait comme bosses dans la région est au menu en tout cas», se réjouit Dominique Bonnemain. Qui, comme ses collègues, compte les jours tout en s’activant aux derniers et nombreux préparatifs. Et regarde le ciel, avec un message clair: pluie interdite!

Auteur: Pierre Léderrey