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1 février 2016

Tourisme: le terrorisme change la donne

Les différents attentats de ces derniers mois, dans des lieux souvent touristiques et particulièrement prisés des Suisses, sont en train de modifier les habitudes des voyageurs. Moins loin et plus au nord semblent être les nouveaux mots d’ordre.

Attentats Istanbul
Istanbul a été frappée par un attentat meurtrier le 12 janvier dernier. L'attaque a coûté la vie à dix touristes allemands. (photo: Keystone)

Ouagadougou, Paris, Tunis, Istanbul. Autrefois destinations de vacances de rêve, de découvertes audacieuses ou de balades improvisées. Aujourd’hui, la vague des attentats terroristes étant passée par là, le voyageur potentiel s’interroge. Où donc aller pour ne pas risquer de se faire canarder sur une terrasse ou sur une plage, ou exploser dans un avion?

Les attaques souvent ciblées de lieux hautement touristiques décourageraient les plus braves et représentent pour le secteur un véritable casse-tête. Pour les voyagistes d’ici, bien sûr, mais surtout les pays de destination où l’accueil de vacanciers étrangers constitue une part importante de l’activité économique.

Les pays les plus touchés – la Turquie, la Tunisie et l’Egypte – ont longtemps figuré parmi les destinations préférées des Suisses.

Le site du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) ne fait rien pour rassurer puisque les raisons de ne pas visiter certains pays semblent se multiplier. Entre crises sanitaires, risques d’attentats ou d’enlèvements, ou violences potentielles. Le goût proverbial des Suisses pour le voyage ne se tarira sans doute pas pour autant. Les professionnels du tourisme constatent déjà un retour en grâce de destinations plus proches, moins exotiques, plus traditionnelles, comme l’Italie et l’Espagne. Ou un engouement pour le Nord, quitte à sacrifier le barbotage balnéaire. Surtout que l’alternative se résumerait à rabâcher la mélancolie du poète: «Le vain travail de voir divers pays.»

Prisca Huguenin-dit-Lenoir

Prisca Huguenin-dit-Lenoir, porte-parole d'Hotelplan Suisse

Suite aux attentats de ces derniers mois, quel impact avez-vous observé sur le choix des destinations?

Si on fait la comparaison avec l’an dernier, on remarque par exemple que les réservations pour l’Egypte sont en recul d’environ 50%. Pour la Tunisie, on observe une baisse à deux chiffres. Même chose pour la Turquie. Les gens préfèrent ne plus s’y rendre, ce qui est compréhensible, vu le climat d’incertitude. Nous ne pouvons quand même pas les forcer à y aller!

Et concernant Paris?

Les attentats ont eu lieu en novembre, donc juste avant la période habituellement très fréquentée des achats de Noël, et là aussi on a observé un net recul. Nous pourrons mieux mesurer l’impact dès le printemps lorsque la saison des voyages intervilles reprendra.

On remarque pourtant, d’une manière plus générale, un transfert de réservations pour les grandes villes classiques – comme Londres, Milan et Paris – vers des villes plus petites, notamment les villes du Nord – Oslo , Copenhague et Stockholm, ou encore Vienne et Barcelone. »

Les gens voyagent-ils désormais moins ou s’agit-il juste d’un transfert de destination?

Nous nous apercevons que les clients souhaitent toujours partir en vacances, mais qu’ils posent plus de questions. Ils se renseignent sur la situation actuelle sur place, s’ils peuvent s’y rendre sans risque. Et surtout, ils attendent. L’intérêt est là mais les réservations se font plutôt à court terme. On observe ce phénomène à travers la publication actuelle des catalogues pour la saison estivale. Normalement, les réservations se font maintenant, surtout par les familles connaissant les dates des vacances scolaires. Mais pour le moment, les voyageurs hésitent.

Comment gérez-vous les destinations supposées à risques?

En tant que voyagiste nous nous en tenons toujours aux indications du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Si le DFAE déconseille une destination, que ce soit une ville ou un pays, nous réagissons tout de suite et ne proposons plus d’offres pour ces endroits.

A l’inverse, y a-t-il des destinations qui pourraient profiter de la situation actuelle?

Citons par exemple Chypre, l’Espagne et ses îles où l’on connaît une hausse à deux chiffres. On constate également une augmentation pour l’Italie. Et pour la Croatie, où la hausse du nombre de voyageurs a été multipliée par trois. Une autre tendance qui se dessine est celle des pays scandinaves pour la saison estivale 2016. Evidemment, il ne s’agit pas de vacances balnéaires, mais plutôt de voyages individuels, comme un circuit à bord d’un motorhome.

Le rejet des destinations estimées à risque dure-t-il en général longtemps après les événements?

Cela dépendra des événements des prochains mois.

Le recul enregistré aujourd’hui pour des destinations comme l’Egypte pourrait se poursuivre à court et moyen terme.»

D’autres pays musulmans non touchés par les attentats subissent-ils aussi le contrecoup?

Si l’on prend l’exemple du Maroc, on constate que cela reste une destination très courue, notamment de la part des Romands. Mais, bien sûr, il ne s’agit pas d’une destination de masse comme pouvait l’être l’Egypte ou la Tunisie avec Djerba. Globalement les autres pays musulmans ne sont pas si affectés. Des destinations comme Dubaï ou Abou Dhabi sont toujours en vogue.

Et les Etats-Unis, après l’attentat de San Bernardino?

Non il n’y a pas eu d’impacts, peut-être parce que les touristes n’étaient pas directement visés, contrairement aux événements en Tunisie ou à Istanbul.

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet