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31 décembre 2012

Tous mes vœux?

Jacques-Etienne jette un œil pour le moins critique sur les explosions de bons sentiments de la fin de l'année.

Jacques-Etienne Bovard
Jacques-Etienne Bovard, professeur et écrivain

Santé, joie, prospérité! Plein succès, bonheur, conservation! Fécondité, chance et fortune! Amour avec un grand A, amours au féminin ou masculin pluriel! Créativité, renouveau et conquête de soi, famille nombreuse, bonne et heureuse retraite, tout, quoi, et rien que du bon!

Dites-moi: ne trouvez-vous pas merveilleux comme le monde entier se met à vous vouloir du bien dès la mi-décembre, à pleines poignées, et si sincèrement? N’êtes-vous pas ému aux larmes d’apprendre que les pneus Z non seulement savent que vous existez, mais vous souhaitent en prime «bonne route été comme hiver, sur les sentiers de la découverte comme les autoroutes de la liberté», ou que votre patron, qui vous a fait suer le sang toute l’année, vous aime, vous congratule et vous souhaite «plein épanouissement personnel au sein de notre entreprise»?

Ah, ça requinque, de se découvrir tant d’amis, d’importance, de qualités!

Certes, mais de notre côté, mmh? Sommes-nous toujours immensément moins hypocrites? Plus désintéressés, plus purs? En fait, si nous servions ce qui nous mijote réellement au fond de la marmite à bons vœux, cela donnerait une drôle de ratatouille pour le Réveillon: «Tous mes vœux, Charlie, plein succès pour ton nouveau projet! (mais une bonne petite faillite me consolerait de la mienne).» «Dans l’espoir d’une réponse favorable, je vous adresse, cher Monsieur le directeur, mes vœux de santé et joie les plus chaleureux pour l’année nouvelle (avec une bonne crise de foie pour la commencer, pochard, et si tu me la refuses encore, cette augmentation, un infarctus pour la finir prématurément).» «Bonne année, mon amour, que tout te sourie comme je te souris (et si seulement cela pouvait t’aider à redevenir celui/celle que tu étais au début…)»

Bon, mais pour autant ne manquons pas les vraies amitiés, fussent-elles lointaines, qui pensent à nous faire un signe, fût-il formel. Et justement, chères lectrices, chers lecteurs, je saisis l’occasion de vous adresser – non mais vraiment –, comme à vous, cher rédacteur en chef – non mais sans la moindre arrière-pensée –, chers rédacteur en chef adjoint, correcteur, graphiste, vous tous qui présidez à l’éclosion de mes galéjades, l’expression de ma vive reconnaissance, enrobée de mes vœux les plus cristallins et fastes. Merci de me lire, merci de votre confiance, et donc enfin TOUT DE BON (sans parenthèses)!

Auteur: Jacques-Etienne Bovard