Archives
21 janvier 2013

«Tous nos clients sont traités avec attention»

Au terme d’un nouvel exercice positif, la Banque Migros se montre optimiste quant aux perspectives à court terme. Harald Nedwed, le directeur, nous livre ses réflexions sur la conjoncture actuelle et explique pourquoi le remboursement des «kickbacks» est équitable.

Harald Nedwed
Harald Nedwed 
a confiance dans 
la politique de la Banque nationale: «Elle fera en sorte de contrôler l’inflation.»

Le maintien de la politique monétaire expansionniste des banques centrales, la persistance de la sur­évaluation du franc et la menace toujours très présente d’une crise de l’euro incitent à faire preuve, au mieux, d’un optimisme réservé pour l’avenir. Harald Nedwed, directeur de la Banque Migros, répond aux questions d’une brûlante actualité des épargnants et des investisseurs.

Harald Nedwed, que recommandez-vous au petit investisseur qui possède une modeste propriété, est affilié à une caisse de pension et dispose d’un peu d’argent de côté à la banque?

La durée du placement ainsi que la volonté de prendre un risque est décisive. Il faut commencer par définir une réserve de liquidités personnelle, puis diversifier autant que possible le capital restant. Les fonds sont à cet égard particulièrement adaptés dans la mesure où ils sont les seuls véhicules qui permettent de bien panacher les différents titres et branches, même en cas de faible investissement, tout en gardant une vue d’ensemble sur les coûts.

Pourquoi ne pas opter pour des actions?

Les fonds sont plus efficaces, plus avantageux et moins risqués que la répartition directe d’actions. Lorsqu’un investisseur répartit 50 000 francs sur différentes actions, l’exposition au risque est trop grande.

La confiance des investisseurs fait-elle défaut?

Au cours de la dernière décennie, de manière générale, les sommes gagnées en bourse ont été modestes.

Comment percevez-vous cette évolution?

Elle n’est pas entièrement négative dans la mesure où elle permet de battre en brèche une idée préconçue apparue à la fin des années 1980, selon laquelle il serait possible de gagner beaucoup d’argent en bourse sans faire le moindre effort. Cette illusion n’est pas saine pour une économie.

Tablez-vous toujours sur de faibles volumes boursiers?

Oui, car les acteurs présents sur le marché se montrent moins disposés à prendre des risques et misent sur des stratégies à plus long terme. Si les volumes sont faibles, 2012 a tout de même été une année satisfaisante pour les actions au vu des chiffres.

Comment analysez-vous la situation sur le marché des taux d’intérêt?

Pour l’heure, je n’observe aucun signe d’augmentation des taux.

Qualifieriez-vous la politique de la Banque nationale de souveraine?

Sur le plan de la réglementation, on pourrait discuter longuement de l’opportunité d’une intervention étatique dans un régime de change flottant. Pour ma part, je pense que la Banque nationale fait du bon travail. En tout cas, je ne vois pas d’alternative à sa politique.

En résumé, les taux d’intérêt ne vont pas augmenter, le risque d’inflation est faible et la Bourse n’est pas très dynamique. Cette situation n’est-elle pas problématique pour les banques?

Elle l’est essentiellement pour les banques dans lesquelles les opérations de commissions occupent une place prépondérante. Chez nous, au contraire, le développement des taux est bien plus important. Nous ne serions en difficulté que si nous devions faire face à des taux négatifs ou, a contrario, à une brusque hausse des taux.

Les banques disposent de quantités de liquidités considérables. Ces fonds viennent-ils surtout de l’étranger?

En partie, car on assiste toujours dans une certaine mesure à une fuite vers le franc, qui reste fort. L’euro inspire peu confiance.

Lorsque les taux d’intérêt sont bas, il est intéressant d’investir dans l’immobilier. Les prix du marché, qui s’étaient envolés, se sont-ils depuis calmés?

La situation est comparable à celle de l’année dernière. Même dans les zones les plus sensibles – Genève, Zurich, les cantons à faible imposition et les destinations de vacances les plus prisées –, la hausse des prix n’a pas connu d’accélération spectaculaire.

Mais les prix ne cessent d’augmenter.

Tout comme l’immigration: notre pays accueille un nombre croissant d’étrangers fortunés et bien formés en quête d’un cadre de vie agréable. Ce revenu supplémentaire est investi dans des biens de luxe, notamment dans les zones résidentielles recherchées.

Les responsables politiques débattent justement de la révision de la loi sur l’aménagement du territoire. Si elle est adoptée, la pression sur les prix de l’immobilier et les loyers augmentera sans doute à nouveau.

C’est aussi mon avis. Si on limite encore une offre déjà réduite dans un contexte de hausse de la demande, cela aura nécessairement un impact sur le niveau des prix.

Au Palais fédéral, on tend à minimiser cet impact sur les prix.

Là où personne ne veut construire ni habiter, les prix seront peu sensibles à une raréfaction de l’offre. En revanche, dans les zones où la demande est forte, il y aura de l’inflation. Cet effet est dans une certaine mesure recherché, car une augmentation des prix de l’immobilier permet d’optimiser l’utilisation. Nous pouvons alors, par exemple, promouvoir la densification urbaine, ce qui semble raisonnable.

Vos prévisions reposent sur une conjoncture favorable.

Car elle l’est effectivement. Les carnets de commandes sont certes moins remplis qu’auparavant, mais je ne vois pas de réel motif d’inquiétude. Même l’industrie du tourisme, qui a souffert ces derniers temps, semble bien amorcer l’hiver.

Que se passera-t-il si la libre circulation des personnes est remise en cause?

Il s’agit essentiellement d’une question politique.

Mais cette question peut devenir économique.

Si l’on en vient effectivement à manquer de main-d’œuvre en Suisse, il faudra rouvrir les vannes – si tant est qu’elles puissent avoir été complètement fermées.

Que pensez-vous de la situation dans le reste de l’Europe?

Le changement de paradigme en matière de politique monétaire et budgétaire est particulièrement intéressant. Il règne actuellement une certaine euphorie qui voudrait que, dans un contexte d’endettement des Etats, il soit possible d’accroître sans limite la masse monétaire sans répercussions négatives sur le niveau des prix.

Il faut admettre qu’il ne s’est rien passé de gravissime malgré une augmentation considérable de la masse monétaire.

L’Europe n’est pas au bout de ses peines. Dix ans peuvent facilement s’écouler entre un accroissement de la masse monétaire et les hausses de prix consécutives. Le risque, c’est que cette vision erronée remette en cause toute discipline budgétaire de la part des Etats. Partout en Europe, et dernièrement même en Suisse, on pense que les problèmes d’une branche spécifique, voire de certaines entreprises, doivent être résolus au moyen d’une aide financière de l’Etat.

Chacun doit donc assumer ses responsabilités et procéder à son désendettement en toute autonomie.

Exactement. Agir différemment conduirait à laisser une part croissante de la production économique aux mains des pouvoirs publics. Et une atteinte à la libre concurrence porterait assurément préjudice à la croissance.

Auteur: Daniel Sidler

Photographe: Gerry Nitsch