Archives
24 octobre 2016

Tous surbookés?

Dans la vie privée comme dans la vie professionnelle, les agendas ont tendance à déborder… L'organisation d’un simple dîner avec plusieurs amis peut ainsi vite se transformer en un véritable casse-tête

Fêter Noël à Pâques sera- t-il bientôt la norme? Un peu comme l’imaginait déjà François Silvant dans son sketch culte Le repas de Noël, avec une Madame Pahud qui avait mille peines à fixer une date qui conviendrait à toute sa famille... Le problème ne semble jamais avoir été autant d’actualité. Et pas seulement lors de la période très chargée des fêtes de fin d’année: aujourd’hui, il n’est pas rare de devoir s’y prendre des semaines, voire des mois à l’avance pour réussir à croiser certains de ses proches.

Comment expliquer cette tendance générale, qui semble toucher une large frange de la population? «C’est bien un courant collectif au sein de la société, reconnaît Catherine Vasey, psychologue à Lausanne. De la même manière que l’on consomme des quantités toujours plus importantes de biens matériels, on se laisse également tenter par de plus en plus d’activités lors de notre temps libre.» Et selon la spécialiste, ce serait d’abord la faute à notre éducation:

De nombreux parents, croyant bien faire, incitent leur progéniture à participer à de nombreuses activités de loisirs,

poursuit-elle. Parce qu’un emploi du temps bien garni, dans notre société, est synonyme de bonheur. Alors que des activités comme la flânerie ou la contemplation sont considérées au contraire comme du temps perdu.»

On assiste d’ailleurs au même phénomène dans les milieux professionnels. «Là aussi, les ‹temps morts› comme on les appelle de manière erronée, c’est-à-dire tous les moments où l’on ne semble pas productifs, sont jugés de manière négative, indique l’experte du burn-out.

Alors que c’est justement lors de ces petites pauses que l’employé parvient à prendre du recul sur son travail et à trouver l’inspiration.»

Et puis, il faut l’avouer, et même si cette stratégie reste le plus souvent inconsciente, «un agenda surchargé permet aussi de se donner une image populaire, ajoute Catherine Vasey. Tout comme il est également rassurant pour nous de savoir, plusieurs semaines à l’avance, que tous nos futurs week-ends déborderont de projets divers.»

Une place pour la spontanéité?

Au risque de connaître une vie d’ermite, il est difficilement envisageable de refuser d’organiser son emploi du temps trop en avance. «Il serait en effet contre-productif d’aller complètement à l’encontre du fonctionnement général de la société, confirme la psychologue. Mon conseil, c’est de se forcer à établir tout de même des priorités parmi toutes les activités qui s’ouvrent à nous. Le but étant de sélectionner celles qui nous nourrissent intérieurement et qui sont en accord avec nos valeurs fondamentales.»

Car même si on l’oublie parfois, nos besoins ont tendance à évoluer au cours de notre existence.

C’est un peu comme lorsqu’on fait le tri dans son appartement,

ajoute-t-elle. On se rend compte que certains objets ne nous apportent plus aucune satisfaction. Alors que pour d’autres, on garde un fort attachement… Ce n’est jamais facile de faire des choix. Et plus encore lorsqu’on se rend compte qu’un ami que l’on fréquente de longue date ne correspond peut-être plus à nos valeurs actuelles.»

Une fois sélectionnées les activités de loisirs qui nous tiennent le plus à cœur, Catherine Vasey propose de planifier de petites plages de temps libre, sans engagement. «Il faut se convaincre que ce n’est pas du temps perdu. Au contraire! Ces moments peuvent nous permettre d’improviser certaines activités. Même si, au final, on n’en fait rien de spécial, ces instants de calme nous auront permis d’être à l’écoute de nos véritables besoins.»

Texte: © Migros Magazine / Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin

Illustrations: François Maret