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1 août 2016

Tout l’art du pavage

Almeida Wilson est paveur à la Ville de Lausanne. Son métier, avec ses beautés et ses défis, le passionne au point qu’il a décidé de transmettre son expérience aux apprentis.

Almeida Wilson et ses outils de travail: un marteau de taille et un botte-cul, idéal pour se reposer et pratique à transporter.

C’est historique, le pavage!» D’ordinaire plutôt retenu, Almeida Wilson s’enflamme immédiatement lorsqu’il parle de son travail. Les yeux brillants, il nous explique qu’il vient du Cap-Vert, où le pavage était une tradition jusqu’à présent.

Ce sont les Portugais qui ont influencé notre style: les trottoirs sont faits de petits pavés de 6 cm sur 8, les routes de rectangles de 10 sur 20. Mais hélas, celles-ci commencent à être toutes goudronnées…»

Engagé en 2008 par la Ville de Lausanne, le jeune paveur nous dévoile qu’il existe – en sus du traditionnel pavé en grès gris – une bonne dizaine d’autres types de pierres. Par exemple du porphyre rouge, du grès rouge, du porphyre jaune, du basalte sombre, du granit vert foncé et même du marbre blanc! Chaque pierre a sa provenance – Suisse, bien sûr, mais aussi Chine, Portugal, Vietnam –, et chacune est utilisée selon le lieu et la fonction désirée. Ainsi, Almeida Wilson vient de terminer avec ses collègues une jolie place au bord du lac, pavée de grès gris et rouge.

En arc ou en fougère

Il faut savoir que le pavage reste encore, de nos jours, un procédé très fréquemment utilisé pour protéger et orner le sol. Il suffit d’ailleurs de regarder à ses pieds pour s’en apercevoir! Un peu partout dans nos villes, pavage en arc alterne avec pavage en fougère. «Pour faire un bel arc régulier, il faut quatre dimensions différentes de pierres. Quant au pavage en fougère, c’est un style particulièrement joli.» Justement, comment s’y prend-on pour recouvrir ainsi le sol de pierres, de manière à la fois régulière et esthétique? «Il faut d’abord que celui-ci soit bien compacté, nous explique l’expert. On y verse du sable, de manière à ce que le lit de pose fasse 12 à 16 centimètres d’épaisseur. Puis on place nos cordeaux de délimitation, et on commence à poser les pavés. On remplit ensuite les interstices de sable limoneux et on compacte le tout avec une plaque vibrante.» Durée de vie d’un tel travail: environ cinquante ans, soit deux fois plus longtemps que le goudron.

Attention, un paveur ne se contente pas de poser des pavés les uns après les autres! Il doit aussi vérifier que le résultat est homogène, et a donc la responsabilité de façonner ses pierres si nécessaire.

C’est nous qui taillons tout, souligne Almeida Wilson. Il faut des triangles pour le pavage en arc, et un demi-cercle pour terminer un pavage en fougère. Cela prend environ deux-trois minutes par pierre quand on a quelques années d’expérience.»

Certaines pierres, comme le basalte, se prêtent ainsi mieux à la taille que d’autres. «Quand on taille au milieu et que la pierre se casse, comme le grès, qui est très dur, on perd du temps. Et il vaut mieux ne pas casser trop de pierres, car certaines sont très chères: les pavés en marbre, par exemple, coûtent 2 francs pièce!» Pour bien travailler, il faut avoir également le bon matériel: un marteau de taille, un outil de chasse, une règle en bois pour aplanir la surface, un double mètre, des cordeaux, des lunettes de protection pour la taille et… un botte-cul. «Certains préfèrent les genouillères, mais moi j’aime bien mon botte-cul. Je peux le dévisser pour le mettre dans ma caisse, c’est pratique.»

De précieux conseils

Afin de transmettre sa passion, Almeida Wilson a entamé des études de formateur. Quels conseils va-t-il donner à ses apprentis? «Je vais leur raconter que quand j’ai commencé, je me suis dit que pour bien apprendre, il faut être avec les meilleurs.

J’ai donc travaillé avec ceux qui avaient de l’expérience et bien sûr, j’allais beaucoup plus lentement qu’eux. Mais un jour, on est allés au même rythme…»

Il va aussi leur dire que, certes, le travail n’est pas toujours facile, «surtout en hiver et qu’il y a beaucoup de neige ou que le sable gèle», et que «les genoux et le dos ramas­sent beaucoup». Mais que «c’est un beau métier, qui permet une grande créativité et qui fait qu’on a envie de continuer jour après jour». Enfin, il leur recommandera de «poser chaque pavé qu’ils prennent». «Cela ne sert à rien de chercher le plus beau, explique- t-il en effet, car chacun a sa place.» A nous d’y penser, désormais, quand on arpentera les ruelles. Les paveurs eux-mêmes le font, d’ailleurs: «On regarde toujours ce que les autres ont fait, c’est irrésistible! Et on reconnaît toujours le pavage qu’on a posé.»

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: François Wavre/Lundi13