Archives
12 octobre 2011

Tout le monde veut la Lune!

L’astre le plus proche de la Terre redevient l’objet de toutes les convoitises. Une mission de la Nasa est en cours pour l’étudier sous toutes ses coutures. Les spécialistes du monde entier planchent sur un retour de l’homme sur le satellite de la planète bleue.

Silouhette d'un homme avec lune à l'horizon
De nombreuses questions restent ouvertes sur la naissance et l’histoire de la Lune. (Photo: Keystone/Photolibrary)

Depuis que la Nasa a annoncé vouloir retourner sur la Lune en 2020, c’est l’ébullition dans le monde scientifique. On ne parle plus que de l’astre qui a inspiré tant de poètes, et l’on ressort les plans les plus fous des années 70 pour y créer un espace viable.

«Il y a encore tellement de questions ouvertes sur la naissance et l’histoire de la Lune! Plus nous en savons sur elle, mieux nous comprendrons l’évolution de la planète Terre», explique le physicien Martin Jutzi, du Centre de recherche spatiale et sciences des planètes de l’Université de Berne.

En août, ce chercheur a fait une découverte qui a fait sensation dans le monde scientifique et au-delà: il n’y aurait non pas une, mais deux lunes qui, il y a des millions d’années, seraient entrées en collision. «Après la formation du système terre-lunes, les deux astres gravitaient à une distance relativement faible de notre planète. Avec l’attraction des marées, la distance s’élargit constamment.» Pris entre deux pôles, le petit satellite avait autant de chances d’entrer en collision avec l’un ou l’autre, mais c’est avec sa grande sœur que l’accident a eu lieu.

L’impact ayant eu lieu à faible vitesse, il n’a pas causé la désintégration, mais la fusion des deux astres. Cela expliquerait pourquoi la surface lunaire n’est pas homogène sur les deux côtés. De l’un, elle abonde en mers lunaires, et de l’autre, la face cachée, elle regorge de reliefs et de cratères. Cette découverte a été publiée dans la revue scientifique Nature. La Nasa a dit qu’elle s’appuierait sur cette avancée dans ses différents programmes lunaires à venir.

La Lune comme quête du Graal

Les sondes du programme américain GRAIL on pour but de cartographier la gravité de la Lune.(Photo: Keystone/Photolibrary)
Les sondes du programme américain GRAIL on pour but de cartographier la gravité de la Lune (Photo: Keystone/Photolibrary)

Et justement, la Nasa a la tête dans les étoiles ces jours-ci. Mi-septembre, deux sondes se sont envolées direction la Lune, dans le cadre du programme GRAIL (Gravity recovery and interior laboratory). Celui-ci devra cartographier la gravité de la Lune, avec des instruments plus perfectionnés que jamais. Celle-ci est influencée par la pesanteur, qui y est six fois moins importante que sur la planète bleue, et pourrait donner des indices sur l’histoire du système solaire. «L’intérêt pour la Lune a fortement augmenté ces dernières années, et j’espère que ce n’est que le début!» se réjouit Samir Asmar, scientifique et chef de projet du laboratoire Jet propulsion de la Nasa, en Californie, qui a lancé le GRAIL.

Les deux sondes (chacune a la taille d’une machine à laver) volent à présent en direction de la Lune, grâce à l’énergie solaire. Cela rallonge passablement le voyage – trois mois environ, contre cinq jours pour Apollo 11 –, mais permet une économie de coûts substantielle. Les dépenses de la Nasa ont été drastiquement réduites: de 4% du budget des Etats- Unis dans les années 60 à 0,5% l’an dernier, mais le GRAIL coûtera tout de même quelque 500 millions de dollars.

Y a-t-il de l’eau sur la Lune?

«On ne sait pas vraiment de quoi est composée la Lune, reconnaît le scientifique. Le fait d’utiliser deux appareils de mesure rendra les résultats beaucoup plus précis, on pourra affirmer notamment s’il y a de l’eau ou non.»

La mission devrait aussi pouvoir confirmer la théorie des deux lunes de Martin Jutzi. Pour l’instant, les sondes ont parcouru un peu moins de la moitié du chemin et devraient se mettre en orbite le 31 décembre. Elles devront affronter deux éclipses lunaires, le10 décembre et le 4juin 2012, qui les priveront un instant de moteur. «Elles voleront à une distance suffisante pour que l’une des deux continue de fonctionner pendant que l’autre sera dans l’ombre», a calculé Samir Asmar.

De là à marcher de nouveau sur la Lune, il y a encore un immense pas. «L’objectif de la Nasa pour 2020 ne me paraît pas réaliste, glisse Martin Jutzi. Il n’y a actuellement pas suffisamment d’argent investi pour cela.»

De nombreuses nations dans la course

Cette simulation informatique montre la collision entre deux lunes qui a eu lieu il y a des millions d'années.(Photo: Keystone/Photolibrary)
Cette simulation informatique montre la collision entre deux lunes qui a eu lieu il y a des millions d'années.(Photo: Keystone/Photolibrary)

Pour ne rien arranger, la concurrence se révèle féroce: Chinois, Japonais et Indiens travaillent d’arrache-pied pour mettre le pied sur l’astre convoité (lire encadré). «C’est la fin d’une époque, les Etats-Unis ne sont plus la seule nation à s’intéresser à la Lune. Nous y retournerons, c’est sûr, en attendant, cette concurrence est bénéfique pour la science», observe l’Américain. Il faudra se dépêcher: la Lune est toujours en orbite, mais quinze fois plus loin qu’il y a une centaine de millions d’années. Elle pourrait quitter le giron de la Terre. Dans quelques dizaines de millions d’années.

Auteur: Mélanie Haab