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6 février 2017

Tout le monde y gagne

De nombreux produits du quotidien proviennent de Chine. Afin que les travailleurs d’usine soient traités équitablement, une collaboration entre les détaillants tels que Migros et les partenaires chinois est nécessaire. Des salaires corrects et des conditions de travail sûres profitent aux deux parties.

Joyce Chau
Joyce Chau, représentante de BSCI en Chine, et Jürg von Niederhäusern, expert en standards sociaux à la Fédération des coopératives Migros (photos: Matthias Willi, Daniel Grieser).

Quelles sont les préoccupations principales des travailleurs au sein de nombreuses usines chinoises? «Les repas servis à la cantine sont toujours évoqués, car ils influent directement sur la vie quotidienne des salariés», indique Joyce Chau. Cette spécialiste du développement durable représente la Business Social Compliance Initiative (BSCI) en Chine (lire encadré). «Naturellement, ce n’est pas l’inquiétude première, ajoute-t-elle. Le sujet central, ce sont les salaires», explique Joyce Chau. Toutefois, les travailleurs ne remettent jamais en question leurs niveaux qu’ils jugeraient trop bas. Souvent, c’est l’égalité de rémunération qui est en cause.

Plus de transparence

«Prenons cet exemple: une usine emploie des salariés originaires de différentes provinces chinoises. Les travailleurs issus de la même province que le directeur d’usine perçoivent des salaires supérieurs à ceux de leurs collègues venus d’autres régions. Cela engendre forcément des insatisfactions», poursuit Joyce Chau. Des soupçons de favoritisme naissent fréquemment. Mais, la plupart du temps, c’est le manque de savoir-­faire managérial des directeurs d’usine qui pose problème. Ils ne sont pas en mesure d’expliquer les différences de salaire, faute de principes de rémunération transparents. Pour faire évoluer les choses, il est nécessaire d’adopter des normes sociales comme la BSCI. La BSCI réglemente des domaines comme la protection de la santé des travailleurs, l’égalité de rémunération et l’interdiction du travail des enfants. Le respect des directives est contrôlé régulièrement sur place par des experts indépendants. Environ 15 000 de ces audits ont eu lieu l’année passée auprès des producteurs participant à la BSCI en Chine. «Aujourd’hui, on ne constate pratiquement aucun abus grave tel que le travail des enfants», indique Jürg von Niederhäusern, expert des normes sociales au sein de la Fédération des coopératives Migros.

De meilleures conditions de travail: une couturière chez le fournisseur de Migros Running Interna­tional en Chine (photos: Matthias Willi, Daniel Grieser).

Formation continue pour les chefs et les travailleurs

«A l’heure actuelle, les problèmes relèvent en général du management. Il s’agit par exemple de la bonne saisie du temps de travail, de la sécurité du lieu de travail, de l’établissement correct des bulletins de paie ou de la juste rémunération des heures supplémentaires.»
C’est pourquoi la BSCI s’appuie de plus en plus sur la formation continue. Cette démar­che, appelée Capacity Building, doit améliorer les compétences d’encadrement des
directeurs d’usine et renforcer le droit des employés. Pour Joyce Chau, «lorsque la direction d’une usine explique clairement son système de rémunération, les salariés sont à même de le comprendre». Par ailleurs, les travailleurs doivent aussi connaître les mesures de protection en cas de conditions de travail dangereuses et savoir comment leur salaire mensuel et les prélèvements sociaux sont calculés. De plus, il est important que les salariés puissent exprimer leurs préoccupations librement à leurs responsables.
Les normes sociales comme la BSCI exigent ainsi une réflexion et des investissements qui se révèlent toutefois payants, comme le montrent les études réalisées: le travail devient plus efficace, la qualité s’accroît et les pertes de production diminuent. La réflexion et les investissements doivent également se faire chez les acheteurs européens. «Il existe une différence de taille entre les fabricants chinois et les acheteurs basés en Europe», explique Joyce Chau. «Votre système de management est extrêmement avancé, mais il est aussi et souvent très éloigné des contraintes quotidiennes rencontrées dans les pays de production.» Pour cette raison, les acheteurs doivent aussi pouvoir modifier leur angle de vue et se mettre à l’écoute de leurs partenaires, estime Joyce Chau. «Il peut arriver qu’une société ayant jusque-là une bonne réputation obtienne soudain des résultats d’audit médiocres. Ce ne sont pas les mauvaises conditions de travail qui sont en cause mais, par exemple, l’existence de nouvelles prescriptions ou réglementations exigeant une documentation supplémentaire.» En l’absence des documents requis, l’évaluation est défavorable.

Un engagement à long terme

«Nous, Européens, devons apprendre à connaître les réalités complexes qui prévalent sur place, déclare Jürg von Niederhäusern. Notre expérience des vingt dernières années montre que nous pouvons attendre une évolution positive sur cette base.» Cela exige des connaissances, des ressources financières et humaines, et un engagement à long terme. «Nous ne pouvons pas changer le monde du jour au lendemain.»

Plus de sécurité: les managers apprennent comment améliorer la sécurité au travail (photos: Matthias Willi, Daniel Grieser).

Auteur: Andreas Dürrenberger