Archives
26 août 2013

Tout sauf du plomb

Les amalgames sont vieux comme le monde. Ou presque…

Aïe: les caries terrorisent 10% de la population.
Aïe: les caries terrorisent 10% de la population.

On dit bien mentir comme un arracheur de dents. La preuve que la réputation barbare des dentistes vient au moins des barbiers du Moyen Age. Sauf qu’on a retrouvé des traces de dentisterie remontant au néolithique! Mais ces quenottiers semblaient presque plus doux que leurs descendants!

Des chercheurs italiens ont pu observer une dent ébréchée, retrouvée en Slovénie et vieille d’environ 6500 ans. Elle avait été colmatée à la cire d’abeille! L’ancêtre des plombages! Et c’était bien vu, parce que la cire d’abeille contient du miel et du propolis, aux vertus antibactériennes et anti-inflammatoires. C’est en tissant que l’homme se serait cassé cette dent. Pas à cause de caries, donc, dont l’origine sera d’ailleurs longtemps mise sur le dos non pas du sucre, mais des vers…

Outre le miel adoucissant, les premières fraises préhistoriques ne faisaient pas le « bzzz » qui terrorise aujourd’hui 10% de la population.

De petites perles taillées dans de l’os, du coquillage ou de la turquoise arrondissaient des trous de quelques dixièmes de millimètre. Le tout sans piqûre, mais avec des plantes anesthésiantes. Enfin, on le suppose. La fraise moderne apparaît au XIIIe siècle, mais marteau et burin font encore de la résistance. A tout bien choisir…

Au fil des années, on a tassé pas mal de choses dans les trous des dents cariées. Et les plombages n’ont peut-être même jamais contenu de plomb, ou alors de petites traces au début. Mais il s’agirait plutôt d’une expression de vocabulaire liée au fait de plomber, c’est-à-dire fermer hermétiquement.

Donc on rebouchait les trous avec des résines, du goudron, des pierres ou de l’ardoise pilée chez les Romains. Et de l’or, qui reste l’un des meilleurs matériaux d’obturation encore aujourd’hui, parole de la Société suisse des médecins-dentistes. Après le règne du roi des métaux est venu celui de l’argent. Moins cher et plus facile à travailler pour des amalgames utilisés depuis 1818. Ces fameux plombages gris contiennent aussi de l’étain, du zinc, du cuivre et surtout du mercure qui va inquiéter pour sa toxicité.

Du coup, on n’utilise aujourd’hui quasi que des amalgames en composites (résines synthétiques) ou des céramiques pour les restaurations de dents. Ils ont en plus l’avantage d’être couleur dent.

Auteur: Isabelle Kottelat

Photographe: Konrad Beck