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24 avril 2015

Toute (toute) première fois

Est-ce que l’Amérique, déjà, déteint sur nous? Et si oui: que nous lègue-t-elle? En zappant l’addiction aux caffe-latte, ma collection de nouvelles baskets et le goût d’entreprendre.

Le petit Balthazar sur un vélo photo
Premiers tours de roues pour Balthazar sur les trottoirs de New York. Il y en aura, des «premières».

Je me suis posé la question samedi, sous un soleil radieux, au moment même où, ça y est, Balthazar, mon cadet, s’en allait seul vers son destin. Enfin, kind of, comme on dit ici. Je venais de déboulonner les petites roues de son vélo. (Un Filliez bien équilibré n’a pas besoin de petites roues à son vélo).

C’est donc ici, sur le bitume new yorkais, que mon fils râpa ses premiers genoux si on peut dire. Ce n’est pas futile du tout. C’est une première. C’est fondamental. Comme l’ont été mes précoces tours de roue, jadis, aux Mayens de Conthey. Je le réalise maintenant seulement, mais les petits Helvètes que nous avons provisoirement déraciné vivent ici, aux Etats-Unis, quelques grandes étapes de leur vie. A 5 et 8 ans.

Débarrassons-nous, vite fait, de l’humiliation que représente, pour un enfant suisse, qui plus est de la montagne, d’avoir à traire une fausse vache dans un parc urbain pour se sentir comme à la campagne (voir photo ci-dessous).

La traite des vaches, version urbaine photo.
La traite des vaches, version urbaine.

Mais il y a toutes ces premières, qui marquent nos existences. Avant le vélo, pour Balthazar, il y eut le premier jour d’école de sa vie. Le premier sleep over de sa vie. La première rencontre avec le vrai Batman. Pas les premiers copains, tout de même, mais les premiers souvenirs clairs d’avoir la capacité de s’en faire.

Pour Romane: les playdate. Où, l’air de rien, on commence à papillonner. L’autre jour, elle a mis du démêlant dans ses cheveux. Maintenant, elle regarde Jessie sur Netflix comme nous, autrefois, Sauvés par la gong sur nos télévisions cathodiques. Les premières poésies à réciter. Oui, avec les intonations.

Ah, les promenades d’école. Pour moi, en Valais, le voyage commençait dans un bucolique Car postal. On allait au Christ-Roi . On jouait dans la terre. On partageait des joujoux-chips. Pour eux: c’est Prospect Park dans les school bus où ils ont rendez-vous avec un Ranger qui va leur montrer des raccoons (ratons laveurs).

Romane et Balthazar en balade à New York photo.
Romane et Balthazar en balade à New York.

Bien sûr, le pays-source est là, pas loin. Michelle, la postière, délivre régulièrement de jolies lettres écrites par les copains suisses. Michelle et son chariot bleu: ce que la factrice des PTT et son vélomoteur jaune ont été pour moi.

Une autre tonalité. Un autre accent. Un autre continent. Rien de fondamentalement différent. Rien d’exactement semblable non plus. La vie qui se déroule. Et bientôt l’addiction aux caffe-latte, les collections de nouvelles baskets. Et, j’espère, le goût d’entreprendre. Là, ma fille veut une ferme. Euh chérie, c’est loin le Kentucky?

Texte © Migros Magazine – Xavier Filliez

Auteur: Xavier Filliez

Photographe: Xavier Filliez