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15 décembre 2014

Traditions de fin d'année: deux milliards de fois santé!

S’ils se ressemblent tous un peu, les breuvages emblématiques des fêtes de Noël varient subtilement d’un coin à l’autre du globe. Panorama tout en modération.

A Noël, on ne boit pas uniquement 
du champagne.
A Noël, on ne boit pas uniquement du champagne. Photo: Getty Images

Deux milliards de personnes dans le monde fêtent Noël. Deux milliards d’individus «qui ne se connaissent pas, et qui ne se rencontreront jamais», remarque le sociologue français Cyril Lemieux. Et qui accomplissent «des rites à peu près similaires», se disent «des paroles analogues» et font «des choses du même type – comme partager un bon repas, boire du champagne et offrir des cadeaux aux enfants».

Comment, se demande encore le sociologue, expliquer «une telle synchronie entre tant d’individus», sinon par le fait que nous sommes des êtres sociaux» et qu’on l’oublie d’autant plus «que nous vivons dans des sociétés marquées par des idéologies individualistes». Certes. N’empêche, si à Noël tout le monde boit, tout le monde ne se précipite pas sur le champagne ou le vin chaud. Petit tour de quelques boissons emblématiques de Noël à travers le monde.

Etats-Unis: L’«eggnog», ou lait de poule

  • L’histoire: peut-être bien originaire de l’est de l’Angleterre, descendant du «posset» médiéval, sorte de petit-lait mélangé à de la bière et réputé efficace contre les fièvres ardentes. L’Atlantique franchi, le rhum s’en est mêlé. Contraction de egg and grog, un œuf et du grog.
  • Une recette possible: on bat les jaunes d’une dizaine d’œufs, on ajoute 200 g de sucre, un litre de lait, 50 cl de crème liquide, 250 ml de brandy, 500 ml de rhum, on mélange, on réserve. On bat les blancs des mêmes œufs en neige, on ajoute une cuillère à soupe de sucre, on bat et rebat encore, on ajoute les blancs au mélange précédent. On saupoudre de muscade râpée.
  • La version sans alcool: on remplace le rhum et le brandy par un supplément de lait et on parfume à l’extrait de vanille.

Antilles françaises: le shrubb

  • L’histoire: c’est au retour de la messe de minuit qu’on boit le shrubb, un punch macéré d’écorces d’agrumes, en dégustant par exemple un jambon caramélisé à l’ananas. L’inconvénient avec le shrubb c’est qu’il faut y penser dès novembre, macération oblige.
  • Une recette possible: faire sécher pendant quelques jours les pelures de deux oranges (si l’on n’habite pas sous les tropiques, on gagnera du temps on mettant les écorces au four). Les faire macérer 4 à 5 jours dans un litre de rhum. Retirer ensuite les écorces, ajouter au rhum 1 demi-litre de sirop de canne, une gousse de vanille fendue en deux, un bâton de cannelle et 4 pruneaux coupés en morceaux, et c’est reparti pour une macération. Le jour J, on filtre la liqueur dans laquelle on ajoutera une cuillère à café de café soluble.
  • Une autre recette possible (vidéo)

Belgique: la bière de Noël

  • L’histoire: à l’origine britannique, cette histoire a fini par devenir belge et remonte au début du XXe siècle. Quand les brasseurs gardaient leurs meilleurs orges et houblons pour produire en fin d’année une bière de fête. Plus forte et aux arômes plus puissants, qu’ils offraient à leurs meilleurs clients pour les récompenser de leur fidélité. Ce geste a fini par se transformer en filon commercial et les brasseries qui proposent une bière de Noël se comptent aujourd’hui par dizaines.
  • Une recette possible: le mieux pour se faire une idée, c’est encore de participer à un festival de bières de Noël. Par exemple celui d’Essen, dans la province d’Anvers, qui se tiendra les 20 et 21 décembre et proposera, assurent les organisateurs, «entre 150 à 170 brassins différents, dont 20 au fût. De vraies curiosités, des bières expérimentales et des bières de primeur seront aussi proposées à la dégustation.»

Suède: le glögg

  • L’histoire: entre toutes les variantes de vins chauds, il fallait bien en choisir une. Pourquoi pas le glögg suédois? Le roi de Suède Gustav Vasa (1496-1560) était déjà grand amateur de «Klaret», un vin chaud préparé avec du vin du Rhin. Dès 1590, le vin rouge remplace le vin blanc et le glögg est né. A une époque où peu à peu la plupart des pays européens abandonnaient le vin chaud – les épices étaient là surtout pour cacher le mauvais goût – les Suédois ont vaillamment continué.
En Suède, le glögg est une tradition depuis 1590.
En Suède, le glögg est une tradition depuis 1590. Photo: Stockfood
  • Une recette possible: placer dans un verre d’alcool – vodka, rhum ou cognac – deux ou trois bâtons de cannelle broyés, une cuillère à café de graines de cardamome également broyées, une dizaine de clous de girofle, les zestes d’un demi-citron, et un ou deux morceaux de gingembre. On laissera reposer le tout pendant douze heures. Puis on versera ce mélange préalablement filtré dans une casserole, où l’on ajoute un litre de vin rouge sec, un peu de sucre et de sucre vanillé. On chauffe, on retire juste avant ébullition.

Pologne: Grzaniec (bière chaude)

  • L’histoire: la tradition de la bière chaude remonte au Moyen Age et on lui attribuait maintes vertus thérapeutiques, notamment contre le rhume et les infections. On la trouvait alors surtout sur les tables aristocratiques et du haut clergé. Boisson très populaire dans la région montagneuse des Tatras, elle est présente aussi sur les marchés de Noël. L’intérêt principal d’un tel breuvage tient tout entier dans son nom: en polonais ça veut dire «chaud».
  • Une recette possible: battre 2 jaunes d’œufs mélangés à 8 cuillères à café de sucre roux, ajouter 3 clous de girofle, 1/2 cc de cannelle, 1 cc de gingembre, 1/2 cc de muscade. Mélanger, ajouter 1 demi-litre de bière – pour deux verres – cuire à feu doux, retirer avant ébullition.

© Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet