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12 mars 2012

Travail et patrie

Jean Ammann l'avoue: il a voté «oui» aux six semaines de vacances. Et il nous explique pourquoi.

Attention, casse-cou! J’écris cette chronique pour l’amour du risque: je vais traiter d’un objet des votations du 11 mars, l’article paraîtra au lendemain de ce scrutin, mais il va de soi qu’en raison des délais fixés par Gutenberg j’ignore tout du résultat des votations. Allez, je me lance: je pars du principe que la sixième semaine de vacances a été refusée par le peuple suisse, si sage, si besogneux, si brave.

Donc, nous estimons pour tout plein de bonnes raisons que quatre semaines de vacances, c’est largement suffisant; cinq semaines, c’est du luxe et six semaines, ce serait perdre le triple A: nous serions les Grecs des Alpes, la confédération hellénique de l’AELE (l’Association européenne de libre échange, soit quatre pays si l’on compte le Liechtenstein). Bref, six semaines de vacances, ce serait la fin de la Suisse, le début du franc très fort et les vaches laitières ne seraient plus bien gardées. Mais il n’en est rien: les Helvètes auront refusé cette sixième semaine de congé payé à une large majorité que j’estime – au pif – à 64%.

Pour ma part, quitte à passer pour une feignasse dans un pays de stakhanovistes, j’avoue que j’ai voté oui à l’initiative pour une sixième semaine de vacances. Ce fut douloureux: j’ai dû outrepasser mon amour du travail. Ce fut un tourment: que pourrais-je bien faire de toutes ces vacances, moi qui n’aime pas les sudokus?

Et puis je me suis fait violence: j’ai voté oui au nom du développement durable. Curieusement, c’est un argument que je n’ai jamais entendu dans la campagne, mais si l’on réfléchit un tout petit peu, il n’y a pas d’autre solution: le salut de notre société exige que nous produisions moins. Si l’on ne veut pas trop empiéter sur le capital des générations futures, il faut que les travailleurs de mon âge réduisent leur activité de termites ouvriers. Comment peut-on concevoir une économie durable dans un système en croissance perpétuelle? C’est un non-sens qu’une petite majorité de citoyens seulement a perçu.

Enfin, soyons bons perdants, soyons grands dans la défaite! De toute façon, ce n’est pas une surprise de découvrir que l’intelligence est minoritaire.

Auteur: Jean Ammann