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10 février 2014

Trois générations, un même employeur

Depuis trois générations, la famille Böni-Pappa œuvre au service de Midor, l’entreprise la plus ancienne de la M-Industrie.

Midor
En famille: Paul Böni, 
Heidi Pappa, Reto, 
Daniela et Andreas Böni (de g. à dr.) ont tous 
travaillé ou travaillent
 encore à Midor.

Baignée par les eaux du lac de Zurich, Midor a été la première entreprise productrice de Migros. Elle a en effet été rachetée en 1928, alors qu’elle s’appelait encore Alkoholfreie Weine AG Meilen, par Gottlieb Duttweiler, le fondateur de Migros.

Le but de ce dernier? Posséder sa propre fabrique afin de s’affranchir du diktat des prix imposé par ses fournisseurs d’alors. Rebaptisée depuis, cette filiale du groupe est désormais spécialisée dans les biscuits et les glaces.

L’histoire familiale des Böni-Pappa est intimement liée à celle de Midor. Aujourd’hui âgée de 78 ans, Heidi Pappa se souvient parfaitement de ses débuts dans l’entreprise en 1959.

Employée dans l’équipe du soir, elle était chargée de coller des images de Saint-Nicolas avec du sucre sur les pains d’épice, d’emballer des meringues tout juste sorties du four ou encore d’envelopper avec soin les fragiles merveilles de carnaval dans du papier.

«On ne faisait jamais la même chose bien longtemps, le travail était très varié, raconte Heidi. C’est ce qui m’a plu. Et nous nous entendions toutes très bien.»

Haie d’honneur du personnel pour les mariés

Heidi n’a donc rien trouvé à redire lorsque sa fille Daniela, qui a maintenant 57 ans, est entrée à Midor après son apprentissage de coiffeuse.

La jeune femme, d’abord employée à la cantine de l’entreprise, a ensuite trouvé une place au service qualité. Son travail consistait à contrôler, par exemple au moyen d’échantillons, le poids des sachets de biscuits.

Pour ce faire, elle devait se rendre dans tous les secteurs de l’usine et avait alors pris l’habitude de bavarder avec un jeune pâtissier nommé Paul Böni, aujourd’hui âgé de 63 ans, ce qui finit par agacer l’un de leurs chefs. «Mais un autre supérieur a pris notre défense, se souvient Paul. Il disait qu’il fallait laisser les amoureux tranquilles…»

Daniela et Paul se sont mariés au début des années 1980. «Une vraie cérémonie Midor», se rappelle Daniela, le visage rayonnant. Tout le personnel leur avait fait une haie d’honneur, les pâtissiers et les boulangers, tout de blanc vêtus, brandissant leurs fouets.

Au cours des années suivantes, les deux époux ont occupé différents postes au sein de l’entreprise. Daniela est passée par la pâtisserie, la blanchisserie, le bureau de poste et le standard téléphonique, tandis que Paul, chargé de mélanger les ingrédients des pâtes et de manœuvrer les machines permettant d’enrober les biscuits de chocolat, a également participé à la mise en place d’une installation de fabrication de gaufrettes ainsi qu’à la formation des apprentis.

Hormis quelques années sur un cargo, notre homme a consacré toute sa carrière à Midor. Une fidélité qu’il ne regrette pas un seul instant: «Ici, les collaborateurs sont traités de manière équitable, ils ont un emploi stable et bénéficient d’une excellente caisse de pensions. Et si l’on donne satisfaction, on est sûr d’évoluer dans l’entreprise.»

Une troisième génération loin de démériter

Pourtant, le couple a ressenti un léger malaise lorsque deux de ses trois fils, Reto et Andreas, ont à leur tour commencé leur carrière à Midor.

«Je me suis demandé si les gens n’allaient pas jaser, admet Paul. Et si l’on pensait qu’ils devaient leur place à l’histoire de notre famille?»

Mais cette inquiétude n’avait pas lieu d’être: les deux garçons ont fait leurs preuves dès le premier jour. Reto, 27 ans, assistant logistique de formation, charge des biscuits et d’autres friandises dans des camions ou des wagons de marchandises. Quant à Andreas, 30 ans, il est devenu chef d’équipe dans l’entretien des machines, une mission essentielle au bon fonctionnement de la fabrique.

«Nous sommes fiers que nos fils perpétuent la tradition familiale», déclare Paul non sans émotion.

Auteur: Michael West

Photographe: René Ruis