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30 mai 2016

Trois p’tits tours et puis s’en vont?

A quelques jours de l’Euro de foot 2016 en France, le pessimisme est de rigueur pour évoquer les chances de l’équipe suisse. Des raisons existent pourtant de croire, certes modestement, à une bonne surprise.

L'équipe de Suisse sur un terrain de foot.
L’enthousiasme de la population pour l’équipe de Suisse en vue de l’Euro 2016 est loin d’être à son comble (photo: Photo: Gabriele Putzu/Keystone)

«Inexplicable». C’est ainsi que le gardien Yann Sommer qualifie le manque d’enthousiasme aussi bien médiatique que populaire qui semble entourer la préparation de notre équipe nationale de football à quelques jours de l’Euro en France. Heureusement que les enfants sont là, au bord des terrains, pour manifester un peu de soutien. Mais le peuple et les médias peuvent se montrer aussi péremptoires que versatiles et il ne manquerait pas grand-chose, par exemple un résultat positif lors du premier match contre l’Albanie, pour raviver la ferveur patriotique.

N’empêche, les joueurs et leur coach ont beau se lamenter: la morosité qui entoure la Nati n’est ni complètement tombée du ciel ni si inexplicable que ça. Une qualification péniblement arrachée dans un groupe tout sauf redoutable, et des matchs de préparation plutôt misérables – deux défaites et aucun but marqué – n’incitent pas à l’optimisme.

Une défense centrale sans cesse remaniée et qui semble avoir pour plaisir principal de jouer à se faire peur, une attaque plus stérile que le désert de Gobi, une absence criante de fond de jeu, de projet et de cohérence: voilà de quoi freiner les ardeurs des secoueurs de cloches les plus enragés.

A quoi s’ajoutent des rumeurs sans cesse démenties et sans cesse remises sur la place publique de dissensions qui existeraient entre un clan dit de «souche» et un clan «balkanique». L’avantage de cette ambiance tristounette, au moins, c’est que la Nati, partie comme elle l’est, ne pourra plus que décevoir... en bien.

«C’est à l’équipe nationale de se faire aimer des supporters, pas le contraire»

Portrait de Simon Meier
Simon Meier

Simon Meier, journaliste sportif, suit l’équipe de Suisse pour le quotidien «Le Matin».

Le scepticisme qui règne autour de l’équipe suisse est-il justifié?

Nous ne sommes pas en Argentine, au Brésil, ou en Angleterre, nous ne sommes pas dans un pays où le football est une religion. Je ne crois donc pas que les supporters et le peuple suisse aient un devoir d’aimer absolument leur équipe nationale. C’est plutôt à l’équipe nationale de se faire aimer, comme elle avait su magnifiquement le faire il y a dix ans avec Kobi Kuhn.

Certains voient cette équipe ne même pas franchir le premier tour...

Quand même: en plus des deux premiers de chaque groupe, les quatre meilleurs troisièmes seront également qualifiés.

Autrement dit, il suffirait de battre l’Albanie le 11 juin à Lens lors du premier match pour être déjà quasiment sûr de passer.

Je ne dis pas pour autant que la Suisse va briller jusqu’en demi- finale.

Des Albanais qui seront sans doute ultramotivés, non?

On connaît les liens intimes entre les deux équipes. Pour l’Albanie, ce sera le premier match de son histoire dans une phase finale. Ses ressortissants sont fiers d’être là, fiers de défendre le drapeau avec l’aigle à deux têtes. Mais on peut se rassurer avec des éléments objectifs: l’ossature de cette équipe d’Albanie est composée de joueurs qui auraient probablement joué avec la Suisse si elle avait voulu d’eux. Sur le papier, la Nati paraît quand même supérieure.

Quelles seraient les autres raisons d’être optimiste?

Il y a quelques jours encore j’aurais répondu, un peu comme tout un chacun au bistrot, que raisonnablement, ce tournoi s’annonce très compliqué pour nous. Derrière, c’est la panique, au milieu, on ne sait pas trop, et devant, ça ne marque pas. Mais après avoir été au contact des joueurs en camp d’entraînement à Lugano, j’ai presque envie de les croire lorsqu’ils expliquent que ces dernières années, ils ont toujours répondu présent aux moments décisifs. Et puis cette équipe compte quand même quelques bons joueurs. Si les éléments-clés comme Xhaka, Shaqiri, Sommer sont à la hauteur, on peut envisager un joli parcours.

Dans un groupe pourtant bien compliqué...

On a déjà évoqué le contexte albanais. Puis, il y a la Roumanie, qui possède statistiquement la meilleure défense d’Europe. Comme on a beaucoup de peine à marquer, il faudra éventuellement viser sur ce match le zéro à zéro. Reste la France qui sera peut-être déjà qualifiée à ce moment-là et qui fera jouer les remplaçants. Pas sûr que ce soit une bonne nouvelle d’affronter des réservistes qui auront envie de prouver qu’ils méritent de jouer la suite du tournoi.

Comment avez-vous trouvé l’ambiance dans l’équipe? Qu’en est-il des clans qui s’y seraient formés?

L’ambiance n’est pas si mauvaise. Certes, il y a des groupes, mais comme dans toutes les équipes. Je ne crois pas à cette histoire de tension entre les balkaniques et les autres.

Il faut rappeler que dans les années 1980 l’équipe nationale était bien plus divisée:

les Suisses romands tiraient la gueule parce que le sélectionneur Paul Wolfisberg, Lucernois bon teint, favorisait les «Totos», comme on disait. C’est un faux problème.

Le sélectionneur Petkovic est également très contesté.

Je fais partie de ceux qui ont applaudi sa nomination. J’en avais un peu soupé des années Hitzfeld, qui n’étaient pas très excitantes. Petkovic se présentait à priori avec des idées plus ouvertes et plus offensives en terme de jeu. Mais c’est vrai qu’après deux ans, on reste sur sa faim, on n’a pas vu grand chose de ce genre. Le vrai test est d’ailleurs encore à venir, et c’est justement cet Euro. Petkovic sera jugé là-dessus.

Texte: © Migros Magazine | Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet