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21 mars 2016

Trop de cancres parmi les maîtres des chiens

Selon un récent sondage, un nouveau propriétaire de chien sur cinq ne suit pas la formation complète théorique et pratique pourtant obligatoire depuis 2008.

La formation théorique et pratique pour les propriétaires de chiens a été rendue obligatoire en 2008. (Photo: Keystone)

Des cancres ou alors des innocents péchant par ignorance? Un récent sondage publié par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) l’affirme: près d’un nouveau propriétaire de chien sur cinq n’a pas suivi la formation théorique et pratique pourtant obligatoire depuis 2008.

A Berne, on entend bien plancher sur la question en collaboration avec les cantons, habilités à faire appliquer la loi. «Il est vrai que la proportion de cours non suivis peut être encore améliorée, relève Nathalie Rochat, porte-parole de l’OSAV.

Nous souhaitons vraiment que l’information arrive aux détenteurs qui n’ont pas encore fait les cours obligatoires afin qu’ils les suivent.»

D’ici à la fin de l’année, son office et les autorités d’exécution vont évaluer le rapport et présenter d’éventuelles mesures visant notamment à améliorer le déroulement de l’attestation de compétence, assure-t-elle. Mais pourquoi les maîtres rechignent-ils à suivre ces cours? Divisée en deux parties, l’une théorique, l’autre pratique, comprenant chacune quatre heures d’enseignement, la formation est censée avant tout servir le maître et son fidèle compagnon. Et elle semble se révéler fort utile, même pour les plus aguerris. A l’instar d’Anita Frossard, propriétaire de deux chiens, dont Willy, setter anglais récupéré à la SPA et avec lequel elle a dû suivre les quatre heures de pratique. «Je croyais que je faisais juste et j’ai réalisé que j’avais encore plein de choses à apprendre. Les gens ne se rendent pas compte des problèmes qui peuvent surgir.»

«Ces cours sont essentiels à la bonne intégration de l’animal»

Pierre-François Gobat, vétérinaire cantonal neuchâtelois.

Près d’un propriétaire de chien sur cinq ne suit pas les cours de formation pourtant obligatoires, cela vous surprend?

Oui et non. Il est vrai que ce chiffre est impressionnant, mais selon moi, il concerne avant tout les cours théoriques que les futurs acquéreurs de chiens sont censés avoir suivis avant l’achat de l’animal. Leur contrôle est très difficile, car les prestataires n’ont aucun retour à nous fournir. Les cours pratiques de quatre heures dispensés au propriétaire et à l’animal sont quant à eux très bien suivis dans notre canton, puisque le taux de participation est de plus de 95%.

Comment expliquez-vous qu’autant de monde ne suive pas ces cours?

L’achat d’un premier chien relève souvent du coup de cœur et bien des personnes n’ont aucune conscience des exigences à remplir.

Il y a donc un certain laxisme de la part des autorités dans le contrôle?

Je dirais plutôt qu’il n’existe pas de moyen de contrôle fiable. Car même si l’on obligeait les vendeurs à exiger un certificat théorique de la part des acheteurs, il serait impossible d’opérer une surveillance complète quand on sait que la moitié des chiens achetés chaque année ont été importés.

Certaines voix se sont élevées pour dénoncer l’inutilité de ces cours, notamment dans le cas de l’acquisition d’un deuxième chien. Faut-il étudier toutes les pistes, y compris leur suppression?

Je ne le crois pas. Ils sont au contraire essentiels et cela sur plusieurs points d’abord parce queles cours pratiques permettent la détection précoce des chiens problématiques, puis parce qu’ils offrent au maître l’occasion d’apprendre les rudiments pour intégrer correctement son chien dans la société, enfin parce qu’ils servent à mettre en contact le chien avec d’autres chiens et sont ainsi essentiels à sa socialisation.

Tout cela en quatre petites heures. Le programme n’est-il pas un peu ambitieux?

Il est vrai que pour qu’une formation soit complète, elle devrait durer une dizaine d’heures, mais nous savions qu’il ne serait pas possible d’exiger autant. C’est pourquoi ces cours doivent impérativement être répétés lors de l’acquisition d’un nouveau chien, chaque animal ayant un profil différent. Cela permet d’éviter au propriétaire des erreurs de comportement qui pourraient avoir de graves conséquences pour l’entourage et l’animal. Je suis convaincu que le bienfait de ces cours se mesurera sur le moyen et le long terme.

L’application de la loi est à la charge des cantons et certains seraient plus laxistes que d’autres en termes de sanctions. Quelle est la politique à Neuchâtel?

Nous effectuons un suivi systématique des attestations pratiques et amendons de 200 à 400 francs les propriétaires récalcitrants à suivre les cours, mais cela n’arrive que rarement. Certains cantons pratiquent une autre politique, ne demandant l’attestation de cours que lorsqu’un problème avec un chien se présente. C’est une autre façon de faire et chaque canton est libre.

L’introduction de ces cours a-t-elle sensiblement réduit les cas de morsures?

A Neuchâtel, nous avions déjà opté pour une prévention et une répression accrue à partir de 2002. Lorsque les cours ont été rendus obligatoires, nous avions ainsi déjà réduit de moitié les cas de morsures dans le canton. Aujourd’hui, nous comptons très peu de cas. Pour l’année 2015, 50 morsures ont été déclarées sur un total de 10 000 chiens, ce qui représente 0,5%. Nous pourrons difficilement descendre plus bas.

Texte © Migros Magazine – Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey