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21 octobre 2013

Les Suisses sont-ils trop gros?

Les chiffres de la santé publique sont impitoyables: le surpoids et l’obésité dans notre pays n’arrêtent pas de progresser. Malgré une meilleure alimentation et une plus grande pratique du sport.

Un personne photograhie ses pieds sur la balance, la vue gênée par un ventre prohéminant.
Malgré les statistiques de l’OFSP, 83% des Suisses se considèrent comme en bonne santé. (Photo: Plainpicture/Hollandse Hoogte/Iris Loone)

Aïe. Les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) font mal: 51% des hommes et 32% des femmes de notre pays sont en surpoids, voire obèses. Des chiffres en constante augmentation depuis que l’OFSP mène ce genre d’enquête, soit 1992.

Le paradoxe veut que dans le même temps les Confédérés s’adonnent à davantage d’activités physiques, fument moins et commencent, certes encore timidement, à surveiller leur alimentation. Ne sont-ils pas désormais 19% à respecter la fameuse règle des cinq fruits et légumes par jour?

Autre surprise: si les Suisses perdent leur ligne, ils n’en gardent pas moins le moral, 83% se jugeant en bonne santé et 92% vantant leur qualité de vie. Alors que le surpoids et l’obésité – médecins et diététiciens le martèlent– augmentent les risques de diabète, de cholestérol, d’hypertension, de maladies cardiovaculaires ou psychiques.

Cette double et contradictoire augmentation de l’obésité et des activités physiques, le responsable de l’étude pour l’OFSP, Marco Sterni, tente de l’expliquer par la longueur du processus: entre le moment où une personne en surpoids décide de changer de mode vie et celui où des résultats tangibles apparaîtraient, il peut se passer un certain temps.

Le grand écart entre le constat alarmant des statistiques médicales et l’optimisme de la population peut sembler en revanche plus troublant. Le surpoids et l’obésité se calculent de façon pourtant précise, par l’indice de masse corporelle.

Pour une personne mesurant 1 m 80, le surpoids est atteint à partir de 81 kilos et l’obésité à partir de 97. Pour une personne de 1 m 60, la barrière sera située à 65 et 77 kilos. Rien n’y fait pourtant: les Suisses ne se sentent pas gros.

A tort?

Quatre questions à Maude Bessat

Maude Bessat est diététicienne aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Maude Bessat, diététicienne aux Hôpitaux universitaires de Genève.
Maude Bessat, diététicienne aux Hôpitaux universitaires de Genève.

Comment expliquez-vous qu’en Suisse 51% des hommes et 32% des femmes soient en surpoids mais que 83% s’estiment néanmoins en bonne santé?

Par le fait que l’obésité est une maladie chronique dont les effets délétères se voient à moyen et long termes. Par exemple, le diabète, l’hypertension artérielle, les dyslipidémies
(ndlr: une concentration anormalement élevée ou diminuée de lipides dans le sang), apparaissent plus tard. Il est difficile de motiver les patients en prévention «sans maladie», car l’obésité n’est pas vécue par les gens comme telle alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la reconnaît comme maladie.

Dans le même temps les Suisses fument moins, pratiquent davantage le sport et surveillent mieux leur alimentation. Ils devraient maigrir, non?

Je ne suis pas sûre que les Suisses mangent mieux. Ils sont informés et savent «en théorie» ce qu’ils devraient manger, mais la pratique reste difficile. Tout le monde travaille, est stressé, a peu le temps de cuisiner; le nombre de familles monoparentales participe aussi à cette difficulté de s’organiser pour avoir des repas équilibrés.

De nombreux autres facteurs de type psychologique influencent notre manière de manger et l’alimentation ne se résume de loin pas à ce que l’on ingurgite.

S’il suffisait de manger moins et de bouger plus, ça se saurait.

Il faudrait commencer par définir ce qui est «manger moins» et « bouger plus».

Comment expliquer, s’agissant de surpoids, la différence entre hommes et femmes?

Les femmes font davantage attention à leur «image corporelle, «avec le piège également des régimes stricts qui sont néfastes à moyen terme. Le fait d’être «costaud» pour un homme passe souvent mieux du point de vue social.

Les habitudes alimentaires diffèrent également, les femmes mangent en général plus de fruits et légumes et sont plus nombreuses à assumer les tâches culinaires; si elles vivent seules, elles vont moins au restaurant.

Comment inverser la tendance?

La prévention doit commencer dès le plus jeune âge et des mesures simples telles que

favoriser l’allaitement, boire de l’eau ou ne pas forcer un enfant à finir son assiette doivent être encouragées.

Des mesures sanitaires d’ordre politique devront être prises. Le coût de l’obésité est un problème majeur de santé publique.

Auteur: Laurent Nicolet