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7 novembre 2016

Trump ou Clinton: qui est le plus positif pour nous?

Le résultat de l’élection présidentielle américaine va tomber dans quelques heures, mettant ainsi fin à un insoutenable suspense. Mais quelles seront les conséquences de la victoire de l’un ou l’autre candidat pour notre petit pays?

Hillary Clinton aurait la faveur des Suisses, même si les enjeux de l’élection américaine semblent loin de leurs préoccupations.

Nous voilà arrivés au dernier round de la présidentielle américaine, un combat où tous les coups, y compris sous la ceinture, étaient permis. Sur le ring, les candidats attendent le verdict des urnes avec impatience. Qui sortira vainqueur de ce pugilat? Hillary Clinton ou Donald Trump? Le suspense est à son comble.

En Suisse, les acteurs de notre place financière observent d’un œil attentif les élections étasuniennes, misant sur la championne démocrate ou le challenger républicain en fonction de leurs présumés impacts sur les affaires. Logique quand on sait que l’Amérique est le deuxième plus important partenaire commercial de notre pays, après l’Allemagne.

Cette fébrilité, à quelques heures du dénouement, on la retrouve aussi du côté des économistes qui, fidèles à leur réputation, ne sont pas avares en prédictions, même si celles-ci s’avèrent parfois contradictoires. Mais de cela, on a l’habitude.

Il semble pourtant que Hillary Clinton ait les faveurs de la cote sous nos latitudes. Pourquoi? Parce que, comme l’a confié Fabrizio Quirighetti, responsable des investissements chez Syz à Genève, au Temps: «Un protectionniste (Donald Trump, ndlr) à la tête de la plus grande économie au monde, cela ne pourrait être qu’une mauvaise nouvelle pour la Suisse.»

Quant à la population helvétique, elle semble poser un regard plutôt curieux et amusé sur cette confrontation à l’issue encore incertaine. Il faut dire que les enjeux paraissent très loin de ses préoccupations quotidiennes…

«Il y a toujours une grande différence entre un candidat et un gagnant élu»

Daniel Warner, politologue américano-suisse.

La personnalité du président des Etats-Unis peut-elle influencer notre quotidien, ici en Suisse?

La Suisse, et même l’Europe, ne seront pas au premier rang des priorités du prochain président. La politique étrangère n’a jamais été un sujet majeur durant la campagne et les débats. Le futur président aura à se consacrer prioritairement à des considérations nationales, mais la politique étrangère peut toujours surgir à l’avant-plan de façon inattendue. Et puis, l’Amérique est devenue la nation incontournable, indispensable depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un rôle de leader qui ne changera pas.

Quid de la Suisse?

Si les gens fuient le dollar en raison de l’instabilité de la monnaie américaine et des marchés financiers, la Suisse continuera à jouer son rôle traditionnel d’île de stabilité. Si les tensions se poursuivent avec la Russie, la Suisse continuera à servir de site important pour les réunions comme lors de la guerre froide.

Qui alors de Hillary Clinton ou de Donald Trump est le meilleur candidat pour notre pays?

En tant que secrétaire d’Etat, Hillary Clinton a emmagasiné une expérience énorme en matière de relations extérieures. Elle comprend certainement le système multilatéral et connaît la neutralité suisse et ses dirigeants, en particulier Micheline Calmy-Rey. Donald Trump est un personnage singulier, inconnu. En tant qu’homme d’affaires, son expérience est centrée sur la conclusion de contrats, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec des négociations diplomatiques. Et il n’a encore construit aucune relation de confiance avec les dirigeants mondiaux. L’élément de surprise pourrait peut-être jouer en sa faveur, mais cela irait à l’encontre de toutes les expériences antérieures.

Avec Hillary Clinton, la politique et l’économie américaines seront plus ouvertes qu’avec Donald Trump qui prône le repli sur soi et veut «rendre l’Amérique aux Américains»...

Cela semble exact, mais Hillary Clinton a changé de position sur le Partenariat Trans-Pacifique (TPP). Elle est sensible aux mouvements populistes aux Etats-Unis et a aussi changé plusieurs de ses positions pour satisfaire les partisans de Bernie Sanders. Elle n’est pas non plus considérée comme une fervente partisane du multilatéralisme. Donald Trump, lui, n’a pas développé une politique étrangère cohérente et ses commentaires sur l’Amérique First tendent à indiquer qu’il sera moins interventionniste dans les affaires étrangères.

Ce qui inquiète avec Donald Trump, c’est son imprévisibilité...

Il y a toujours une grande différence entre un candidat et un gagnant élu. Pendant la campagne, les candidats doivent répondre aux caprices du public. Une fois en poste, ils deviennent plus réalistes. Et puis, la composition du Congrès influera nécessairement sur la conduite du futur président.

En résumé, la candidate démocrate est gage d’une certaine continuité, alors qu’avec le candidat républicain, on sauterait un peu dans l’inconnu. C’est ça?

La situation paraît être celle-là, mais Hillary Clinton a été souvent plus belliqueuse en matière de politique étrangère que Barack Obama et, en cas de victoire, elle se retrouvera probablement face à un Congrès très hostile. Si Trump gagne et que les Républicains continuent d’avoir la majorité dans les deux chambres du Congrès, il pourrait y avoir un programme républicain typique, dans la continuité des administrations républicaines précédentes. De toute façon, la marge de manœuvre du futur président sera limitée par le Congrès, c’est une chose que Clinton comprend et que Trump devra apprendre...

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Auteur: Alain Portner