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7 novembre 2011

Turin pour capitale

Le chef-lieu du Piémont est au coeur des festivités marquant les 150 ans de l’unification italienne. L’occasion de redécouvrir le passé fastueux de l’ancienne cité industrielle.

Turin
Vue aérienne de la cité depuis la Mole Antonnelliana.

Les drapeaux rouge-blanc-vert aux fenêtres et les cocardes tricolores ornant les vitrines des commerces sont là pour le rappeler: la Péninsule fête en 2011 les 150 ans de son unité et Turin est au coeur de la fête. Normal, l’ancienne cité industrielle a été la première capitale de l’Italie. Entre 1861 et 1864. Ensuite ce sera Florence, puis Rome, bien sûr, dès 1870.

Jusqu’en novembre, de nombreuses manifestations ont lieu dans la ville, principalement aux Officine Grandi Riparazioni, les anciens ateliers de réparation des chemins de fer, chefs-d’oeuvre de l’architecture industrielle turinoise. Les festivités débordent sur 2012 et se déroulent dans la magnifique Reggia di Venaria Reale notamment, ancienne demeure de la maison de Savoie.

Un riche patrimoine architectural

La maison de Savoie, justement. C’est de cette illustre dynastie que descend le premier roi d’Italie, Victor-Emmanuel II. Et c’est à cette prestigieuse maison que Turin doit son faste architectural. Au XVIe siècle, la ville devient en effet capitale du duché de Savoie, aux dépens de Chambéry (F). La cité sera ensuite capitale du royaume de Piémont-Sardaigne,toujours dirigé par la famille de Savoie. Jusqu’à son accession au titre de capitale du royaume d’Italie, en 1861.

Ambiance très cosy au Caffè Torino.

Son glorieux passé a laissé des traces sur les façades, et pas des moindres. Turin est marquée par l’architecture baroque. Pour remonter le cours de l’histoire, c’est facile, tous les édifices sont situés au centre de la ville (950 000 habitants) et ce dernier se parcourt aisément à pied, sous les arcades, de 18 kilomètres en tout. On commence par la Piazza San Carlo, appelée le «salon de Turin» en raison de ses élégantes proportions. En son centre trône, sur son cheval, Emmanuel- Philibert de Savoie, qui fit de la ville la capitale du duché, en 1563.

Sous les arcades, des boutiques chic ainsi que les cafés historiques, les épiceries fines et les confiseries. En Italie, Turin est célèbre pour son chocolat et elle a d’excellentes raisons. Le cacao y a fait son entrée à la fin du XVIe. Associé à l’eau puis au lait, il est d’abord consommé par la cour. Au XIXe, il fait son entrée dans les maisons bourgeoises. On le savoure encore dans le très cosy Caffè Torino, ou au Caffè San Carlo, véritables institutions turinoises. On y déguste aussi le fameux bicerin, boisson faite d’une couche de chocolat chaud, de café et de crème fraîche.

Un chocolat chaud, spécialité turinoise.

C’est dans ces lieux que se mange aussi le gianduiotto. Praliné turinois associant chocolat et... noisettes. Un mélange inventé en raison du prix exorbitant du cacao. Et qui a fait fortune puisqu’il est devenu l’une des spécialités chocolatées de la ville. La promenade se poursuit en gagnant le Palais Carignano. C’est dans cet élégant bâtiment de briques qu’est né celui qui allait devenir le premier roi du royaume, Victor-Emmanuel II. Et le monument accueillit le premier parlement italien.

Cap sur Piazza Castello, entourée de ces édifices royaux, propriétés de la maison de Savoie. Le Palazzo Madama, résidence, au XVIIIe siècle, de Christine de France, qui fut ensuite le siège du Sénat italien; le somptueux Palazzo Reale, dans lequel les souverains séjournèrent jusqu’en 1865, ainsi que ses jardins dessinés par Le Nôtre, l’architecte de Versailles; sans oublier l’église San Lorenzo, à la façade austère mais à l’intérieur baroquissime, et le dôme, rare témoignage de la Renaissance.

Le saint suaire original présenté tous les vingt ans au public

On peut y admirer une copie du saint suaire, le linceul qui aurait enveloppé le corps du Christ. L’original, présenté tous les vingt ans au public, est conservé très précieusement dans une urne climatisée. Et si l’on veut remonter plus loin que le maison de Savoie, on peut quelques mètres plus loin admirer la Porta Palatina, datant de l’époque romaine. Enfin se balader dans le Quadrilatère, damier fait de charmantes petites ruelles. Partie romaine, la plus ancienne de Turin, elle a été revalorisée ces dernières années pour devenir un quartier vivant et estudiantin.

A parcourir le centre piétonnier de Turin, on en oublierait presque le passé très industriel et industrieux de la ville et les fumées des usines planant sur la plaine du Pô. «C’est vrai que si les usines Fiat sont toujours là, à Mirafiori, beaucoup d’autres ont fermé; en trente ans, Turin s’est beaucoup transformée. Elle est devenue une ville plus accueillante», commente Laura de Nardo, Turinoise et guide touristique. Pour autant, le chef-lieu du Piémont est moins bling bling que sa grande voisine Milan: «C’est plus tranquille, moins cher aussi, il y a moins de trafic», poursuit Laura.

le Musée national du cinéma
Bâtiment emblématique de Turin, la Mole Antonelliana abrite le Musée national du cinéma.

Postindustrielle, Turin reste toutefois bel et bien la patrie de Fiat, d’Agnelli et de la berline italienne. A l’occasion des 150 ans de l’unification, notamment, le Musée national de l’automobile a rouvert ses portes cette année après quatre ans de travaux et un lifting à 33 millions d’euros. De la calèche aux modèles les plus futuristes, le musée adresse un hymne à la vitesse et à la technologie automobile en présentant quelque deux cents modèles d’une prestigieuse collection. L’établissement a été entièrement relooké par l’architecte genevois François Confino, auteur également de la muséographie de l’excellent Musée du cinéma de Turin. Il y en a pour tous les goûts dans la première capitale d’Italie.

Auteur: Céline Fontannaz

Photographe: Pierre-Yves Massot /Arkive