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28 octobre 2013

Un amoureux de Lavaux et du Dézaley

Cumulant de nombreux prix pour ses millésimes, Jean-François Chevalley évoque avec passion ce vignoble en terrasses unique au monde.

Jean-François
 Chevalley au millieu des vignes, une feuille de vigne à la bouche, le lac en arrière plan.
Jean-François
 Chevalley est
 visiblement à l’aise dans son
 domaine!

Commune de Puidoux, hameau Le Treytorrens. Dans les vignes de Jean-François Chevalley, ce n’est pas l’été en pente douce. «Chaque année, je dois refaire un mur, sourit le propriétaire-vigneron. La déclivité est telle que la différence de surface avec les données des améliorations foncières peut atteindre 25%.» Le jovial quinquagénaire possède ce mélange d’érudition terrienne et de fierté modeste bien vaudoises. «Je suis la 22e génération sur le domaine: ma famille est ici depuis 1434», précise-t-il, alors qu’un pâle coucher de soleil embellit encore le panorama du haut-lac.

En tout cas, l’avenir paraît assuré: Jean-François Chevalley et son épouse ont trois enfants. Et son cadet veut reprendre le domaine depuis longtemps. «Il avait 8 ans lorsqu’il l’a dit pour la première fois. Et il n’a pas tellement changé d’avis depuis.»

Un travail très exigeant sur bien des aspects

Du raisin du cépage de Jean-François Chevalley prêt à être récolté.
Du raisin du cépage de Jean-François Chevalley prêt à être récolté.

Tant mieux. La tâche du vigneron est devenue complexe puisque, en plus de conserver «comme priorité le travail de la vigne, il doit être un bon œnologue, un bon gestionnaire et ne pas avoir le contact trop revêche pour accueillir la clientèle et participer à l’essor de l’œno- tourisme». Et pourquoi pas un peu graphiste aussi: l’étiquetage des vins du domaine (85% de blancs et 15% de rouges en production intégrée) vient d’être rafraîchi de jolie manière, reprenant le sceau d’un arrière-grand-père, président du Tribunal cantonal, et remettant à l’honneur le cheval des armoiries pour cette famille d’officiers de cavalerie.

Enseigne avec un chevalier en armure tridimensionel.
L'enseigne reprend le symbole des armoiries de la famille Chevalley.

«Je fais moi-même partie des Milices vaudoises et possède deux chevaux que j’essaie de monter régulièrement. Ma femme et mes enfants font aussi de l’équitation», ajoute Jean-François Chevalley, qui avoue également un amour indéfectible pour le bleu Léman qu’il admire tout autant de sa terrasse que de ses arpents. A l’évidence, le coût de production du Dézaley reste très élevé: quasiment le double de celui d’autres régions. «Je forme régulièrement des apprentis et, lorsqu’il fait beau, je les taquine en leur disant que ce serait plutôt à eux de me payer pour bénéficier d’une vue pareille, nous confie le vigneron. Mais ceux-ci me répondent souvent qu’ils préfèrent s’en passer et se diriger vers des vignobles plus mécanisés, là où le travail est moins pénible à effectuer.»

Une ancienne variété de vigne sauvée de l’abandon

On l’aura compris, le vigneron a ce coin de Pays vaudois dans le sang. Comme il aime à dire, il vend «du vin de terroir, pas du chasselas ou du Plan Robert », même s’il est assez fier d’avoir sorti de l’oubli ce vieux cépage rouge du coin. «J’avais planté une parcelle dans le but d’avoir du matériel végétatif. Je l’ai vinifié

Suite au succès que je remporte, je vais en planter davantage.

Et comme il fonctionne également comme pépiniériste autorisé, il s’apprête à en proposer des greffons.

La longue histoire viticole familiale permet de se rappeler que, dans les années 50, pieds de pinot gris et autres chardonnay aujourd’hui plébiscités étaient arrachés faute de demande. «Les gens n’en voulaient pas.

«Le vin est aussi un produit sensible aux effets de mode et la subtilité du chasselas n’est pas forcément bien comprise à l’heure de ces vins de cépage du Nouveau Monde,

sans doute plus faciles d’accès, mais qui ont chaque année le même goût.» Jean-François Chevalley ne ménage ni son temps ni sa peine pour promouvoir sa production, se rendant notamment à plusieurs grosses foires de l’autre côté de la Sarine, «entre trente à quarante jours par an», durant lesquels il profite aussi de livrer personnellement nombre de restaurants avec lesquels ils travaille depuis longtemps.

Puis, en hiver, il retrouve souvent le plaisir de la taille, cette «charpente de la vigne», qui lui offre du temps pour une «solitude réflexive sur l’année qui s’est écoulée». Et il avoue préférer mille fois parcourir les rudes pentes du vignoble plutôt que de remplir une paperasse «hélas de plus en plus abondante». Un vigneron, pas un bureaucrate.

Auteur: Pierre Léderrey, Jeremy Bierer