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15 septembre 2014

Un campus 100% vert

Les 70 hectares d’espaces verts de l’Université de Lausanne sont gérés de manière écologique, sans aucun produit chimique. Tour du propriétaire avec l’un des «Monsieur Jardinier» de la RTS: Patrick Arnold, chef du groupe Parcs et jardins du service Unibat.

Bâtiment de l'unil entouré de verdure
Les bâtiments de l’Unil sont entourés d’espaces verts particulièrement respectueux de l’environnement.

Le campus de l’Université de Lausanne a toujours été un poumon vert, relève Patrick Arnold, le jardinier en chef des lieux. Ici, on n’a jamais procédé à des soins intensifs.» Autrement dit, les 70 hectares de verdure (l’équivalent de 70 terrains de foot) dont il a la charge ont toujours été traités via des méthodes douces. «Notre gestion écologique d’aujourd’hui n’est finalement que la suite logique de ce qui a été entrepris par mes prédécesseurs.» Et de citer l’exemple des moutons qui pâturent sur le site depuis plus de vingt ans déjà...

Patrick Arnold, technicien paysagiste

En 2008, cet engagement durable s’est traduit par l’abandon total et définitif des produits chimiques et l’obtention du label de la fondation Nature & Economie . «En plus, nos 12 hectares de forêt sont certifiés FSC-PEFC, notre petite vigne est enregistrée en bio et nous avons signé la Charte des jardins, par laquelle nous nous engageons moralement à œuvrer de manière à favoriser la biodiversité», ajoute ce technicien paysagiste. Autant d’actions dont pourraient s’inspirer, du moins en partie, collectivités publiques, entreprises et particuliers.

Mais trêve de discours, place maintenant à la visite de ce «domaine exemplaire» en compagnie du chef du groupe Parcs et jardins du service Unibat qui distille aussi ses précieux conseils le dimanche lorsqu’il joue les «Monsieur Jardinier» sur les ondes de la Radio suisse romande.

Prairies fleuries
«Sur le campus, il y a environ 7 hectares de prairies fleuries. Elles s’intègrent bien dans le paysage et ne nécessitent que peu d’entretien. Si nous avions un gazon traditionnel, ce serait dix à quatorze passages par année, alors que là nous ne faisons que deux fauches. Et surtout, ces prairies fleuries favorisent la biodiversité. D’autant qu’on ne fait jamais les foins avant le 15 juin et qu’on laisse des îlots de verdure intacts pour les insectes et les oiseaux nicheurs.»

Prairies fleuries: ne nécessitent que deux coupes par année et favorisent la biodiversité.

Îlot de vieux bois
«Nous avons créé une zone de non-intervention humaine, une réserve naturelle au milieu de notre forêt. Cet îlot de vieux bois couvre un peu plus de 2 hectares. Il a fallu réaliser trois passerelles ainsi qu’un kilomètre de nouveaux sentiers afin d’éloigner promeneurs et coureurs de cet espace protégé où vivent de nombreuses espèces de chauves-souris et où niche le milan noir. Les travaux ont été achevés ce printemps. Il ne manque plus que la signalétique.»

Îlot de vieux bois: accueille de nombreuses espèces de chauves-souris et le milan noir y niche.

Arbres fruitiers
«L’on recense une centaine de fruitiers sur le site. Nous privilégions d’anciennes variétés indigènes pour une question de conservation et de biodiversité. Pour toutes les nouvelles plantations, sauf si l’on est proche d’un bâtiment, nous optons pour des vergers haute-tige. C’est intéressant pour la nidification des oiseaux. Afin d’avoir un meilleur suivi, nous sommes en train de faire l’inventaire des arbres, de mettre en place un relevé arboricole par GPS pour chaque sujet.»

Rosiers botaniques
«Nous devions canaliser les gens, les inviter à emprunter le cheminement piétonnier sans mettre de barrières. Le choix s’est porté sur des rosiers botaniques. Ce sont des épineux qui ne sont pas manipulés génétiquement ni greffés, et qui sont donc beaucoup plus résistants. Ça ressemble à des églantiers, la floraison est moins spectaculaire que celle des rosiers traditionnels, mais ces végétaux assez rustiques ne demandent qu’un minimum d’entretien et aucun traitement.»

Tondeuses écolos
«Deux nouveaux cheptels, appartenant à des moutonniers externes, ont débarqué ce printemps: des Roux du Valais, très rustiques, qui ont failli disparaître au début des années 80, et des moutons d’Ouessant, une race naine. Les premiers vont travailler surtout sur les grandes pâtures, les seconds plutôt autour des bâtiments. Ils sont donc parfaitement complémentaires. A l’heure actuelle, une quarantaine de bêtes (ndlr: sans compter les petits) paissent ici, alors qu’il en faudrait idéalement le double.»

Tondeuses écolos: une quarantaine de moutons paissent sur le campus.

Espèces envahissantes
«Nous avons éradiqué facilement le buddleia – l’arbre à papillons – ainsi que l’ambroisie. Le gros problème, c’est la renouée du Japon. Nous avons essayé plusieurs méthodes: faucher une fois par année, couvrir… Sans succès. Tout le monde cherche LA solution, mais personne ne l’a encore trouvée! Comme nous savons où se trouvent les spots à supprimer, nous mandatons un professionnel pour qu’il fasse six à huit fauchages par année. Depuis, il semble bien que la pression diminue et qu’il y a toujours moins de plantes à couper…»

Terrains de sport
«Nous avons quatre terrains naturels et un synthétique. L’idée, ici aussi, c’est d’utiliser des engrais organiques. Nous avons commencé sur 50% des surfaces et là nous sommes en train de passer à 100%. La différence par rapport aux engrais chimiques, c’est que nous obtenons un gazon d’un vert moins éclatant et qu’il y a un problème d’odeur et de poussière lors de l’épandage. Le mieux est donc d’intervenir juste avant une pluie. Mais au final, le résultat est très satisfaisant avec des coûts inférieurs au traitement traditionnel pour un travail pratiquement équivalent.»

Plantes vivaces
«Chaque année, on crée de nouveaux massifs de vivaces avec des plantes produites localement. Surtout à des endroits stratégiques: axes principaux, entrées du campus, etc. Ça embellit le site et favorise encore une fois la biodiversité puisque nous privilégions les plantes mellifères. Entre un massif de ce type-là et un gazon, il y a clairement une plus-value!»

Plantes vivaces: embellissent le site et favorisent la biodiversité.

Parchet de vigne
«Avec ses 400 plants de chasselas, cette vigne est un peu anecdotique. D’autant qu’elle ne s’avère pas idéalement située, coincée entre forêt et rivière. Cela fait trois ans qu’elle est enregistrée en culture biologique. Son entretien nécessite donc des traitements assez doux. Bon, le chasselas n’est pas le cépage le plus facile à gérer en bio. Aujourd’hui, si c’était à refaire, nous nous orienterions plutôt vers une variété plus résistante, ce qui faciliterait évidemment la gestion des traitements.»

Parchet de vigne: depuis trois ans enregistré en culture biologique.

Déchets verts
«Notre compostière accueille tous nos déchets verts, à l’exception des plantes envahissantes et des déchets de coupes de platanes (ndlr: c’est une mesure de précaution pour lutter contre une maladie fongique, le chancre coloré du platane) qui partent à l’incinération. En matière de compost, nous sommes ainsi autosuffisants. Quant au bois que l’on sort de la forêt, il est broyé et les copeaux obtenus sont répandus sur la piste finlandaise du campus et autour de nos arbres.»

Déchets verts: en matière de compost, le campus est autosuffisant.

Patrick Arnold est intarissable lorsqu’il s’agit de parler de son terrain de jeu. Au passage, il a encore souligné le rôle écologique, notamment en termes de biodiversité, des hôtels à insectes, des murs de pierre sèche, des ruches ou encore des toitures végétalisées que l’on trouve également sur le campus vert de l’Université de Lausanne. «Et nous allons aussi créer bientôt des biotopes pour les batraciens en collaboration avec des biologistes.» Quand on vous disait qu’il était intarissable…

© Migros Magazine – Alain Portner

Auteur: Alain Portner

Photographe: Mathieu Rod