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20 janvier 2014

Un chien pour la vie

Pour que vieillesse ne rime pas avec solitude, une fondation prend en charge provisoirement ou définitivement les animaux des seniors qui doivent s’en séparer. Une démarche originale qui trahit un réel besoin.

Jeanine Huwiler, 81 ans, rend régulièrement visite à «Kiwi», chienne dont elle a dû se séparer. Elle est aujourd’hui hébergée chez Martine Dompierre (à dr.)
Jeanine Huwiler, 81 ans, rend régulièrement visite à «Kiwi», chienne dont elle a dû se séparer. Elle est aujourd’hui hébergée chez Martine Dompierre (à dr.)

Que faire de Médor lorsque son maître sera trop vieux pour s’en occuper? Où placer Mistigri lorsque sa maîtresse se verra contrainte d’entrer en EMS? Et comment imaginer reprendre un chien lorsqu’on sait qu’on ne lui survivra pas?

Face à ces inquiétudes, nombreux sont les seniors qui renoncent à prendre un animal de compagnie. C’est justement pour que vieillesse ne rime pas avec solitude qu’est née la Fondation ASA (Aide senior animaux).

Tout a commencé dans un cabinet de vétérinaire à Nyon. Celui de Gilles Altwegg. Face aux seniors qui se succèdent le cœur serré pour faire euthanasier leur chien ou leur chat malade, une évidence se dessine: «On voyait ces personnes âgées repartir avec pour tout compte un collier et une laisse en se disant:

Voilà, je n’aurai plus jamais de chien, 
ma vie est finie,

raconte son épouse Micheline Altwegg. Quand on a 80 ans et qu’on a toujours vécu avec un animal, c’est très dur. Ces personnes n’osent plus en reprendre de peur de partir avant et, souvent, on les retrouve quelques mois plus tard en EMS.»

L’histoire se poursuit lors d’un repas entre amis avec deux médecins généralistes de la région et leurs épouses. Tous arrivent à la même conclusion: il est urgent de créer une structure permettant de prendre en charge les animaux de compagnie des aînés qui ne peuvent plus s’en occuper. Mais aussi d’offrir la possibilité à ceux qui le désirent d’en accueillir. Quelques conférences pour faire connaître le projet et une récolte de fonds plus tard, ASA voit le jour en février 2012.

Basée uniquement sur le bénévolat, la fondation assure provisoirement ou définitivement un foyer aux animaux des aînés via un réseau de familles d’accueil et d’adoption.

Christine Regard, membre du comité d'ASA.
Christine Regard, membre du comité d'ASA.

Parfois il s’agit de garder un chien pour une ou deux semaines suite à une hospitalisation, d’autres fois, c’est pour un départ en EMS et il faut alors trouver une famille adoptive très rapidement,

explique Christine Regard, membre du comité d'ASA.

Stéphanie Barrat, membre du comité d'ASA et chargée de communication.
Stéphanie Barrat, membre du comité d'ASA et chargée de communication.

Avec quelques surprises à la clé pour les sept drôles de dames, comme se sont baptisées les bénévoles qui composent le comité d’action. «La semaine dernière, un monsieur m’a appelée en catastrophe pour que nous trouvions une famille d’accueil à son golden retriever le lendemain, car il devait se faire hospitaliser, raconte Stéphanie Barrat, membre d’ASA et chargée de communication. J’ai passé toute la journée au téléphone et quand je l’ai enfin rappelé en fin de journée pour lui annoncer que tout était arrangé, il n’a plus jamais répondu.»

Des déconvenues comme celle-là, elles en ont eu quelques-unes, mais cela ne suffit pas à entacher leur enthousiasme. «Il y a eu tellement de belles histoires, poursuit Micheline Altwegg, que ce sont avant tout celles-là que nous retenons.»

Il faut dire que la petite entreprise ne connaît pas la crise. En moins de deux ans d’existence, ASA a déjà trouvé un nouveau foyer à 9 chiens, 18 chats et 4 tortues, et de nombreuses demandes sont en cours. «Nous avons été surpris par l’ampleur du phénomène», reconnaît Micheline Altwegg. Si son rayon d’action est pour l’heure limité à Nyon et à sa région, la fondation pense à s’étendre et planche sur une oasis pour chats qui accueillerait les félins en fin de vie, animaux plus difficiles à réacclimater que les chiens.

«J’ai pleuré de joie quand on m’a annoncé que «Kiwi» était adoptée»

Jeanine Huwiler et Kiwi.
Jeanine Huwiler et Kiwi.

La porte-fenêtre s’ouvre sur une petite boule blanche bondissante. Kiwi, coton de Tulear de 13 ans, fonce dans le jardin vers une silhouette bien connue. Celle de Jeanine Huwiler, son ancienne propriétaire venue lui rendre visite en cette fin d’après-midi. «Je ne marche presque plus et avec moi Kiwi ne courait plus, elle était devenue bouboule. Aujourd’hui, elle est à nouveau toute belle!» dit-elle en la prenant dans ses bras.

Agée de 81 ans et souffrant des genoux, cette retraitée genevoise a dû se rendre à l’évidence l’été dernier: impossible de s’occuper plus longtemps de la chienne qu’elle a elle-même héritée d’une amie. Ayant entendu parler d’ASA par une voisine, elle est entrée en contact avec l’association qui lui a proposé de placer Kiwi chez Martine Dompierre, à Eysins. D’abord provisoirement, le temps d’une opération des genoux, puis définitivement. «Au début, cela a été dur, mais je sais qu’elle est très bien dans sa nouvelle famille. C’est angoissant de ne pas savoir où son chien va finir, alors quand ASA m’a appelée pour m’annoncer que Kiwi était adoptée par Mme Dompierre, j’ai pleuré de joie.»

Cette séparation a aussi été l’occasion d’une nouvelle rencontre. Désormais, Jeanine Huwiler rend régulièrement visite à Kiwi chez sa nouvelle propriétaire. «J’ai perdu mon chien mais j’ai gagné une amie! sourit-elle. Et puis, quand j’en ai gros sur le cœur, je téléphone pour prendre des nouvelles.»

© Migros Magazine - Viviane Menétrey

Auteur: Viviane Menétrey

Photographe: Jeremy Bierer