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23 janvier 2012

Un dîner qui compte

Stéphane Garelli
Stéphane Garelli

Le 20 juin 1790 se tient le dîner le plus célèbre de l’histoire américaine. Celui qui invite est Thomas Jefferson, l’un des pères fondateurs de la nation et futur président. Autour de la table se trouvent James Madison, un autre futur président, et Alexander Hamilton, premier secrétaire d’Etat au Trésor. Sujet de la discussion: la dette de certains Etats du nord de la jeune nation. Pour soutenir l’effort de guerre de George Washington, ils ont fait des dettes qu’ils ne peuvent plus repayer. Ils sont au bord de la faillite. D’autres Etats, comme la Virginie et la Géorgie, ont été moins prodigues et restent insensibles à la détresse de leurs collègues. Est-ce que cela vous rappelle la situation de l’Europe?

Comment sortir de l’impasse? En demandant au nouvel Etat fédéral de racheter ces dettes par la création de Bons du trésor américain. Autrement dit, en affirmant la solidarité de tous face à la dette de chacun. Deux cents ans plus tard le débat est le même en Europe, à une grande différence près: la proposition de créer des Bons du trésor européen continue à être violemment combattue par l’Allemagne et d’autres pays comme la Hollande. Autrement dit pas de solidarité de tous face à la dette; pas question de garantir les errances des Grecs par l’épargne besogneuse des Allemands. Politiquement cela passe, économiquement c’est une erreur. Et l’euro continue d’être attaqué. Ce fameux repas a créé le consensus qui allait remettre les finances américaines sur le droit chemin (un des aspects de l’accord fut d’ailleurs de choisir la nouvelle capitale sur les rives du Potomac, la future Washington…). En 1803, les Américains purent même acheter la Louisiane à la France en s’endettant à 6% auprès de la banque Barings de Londres. Leur crédibilité était retrouvée. Aujourd’hui, il y a eu 25 sommets européens depuis le début de la crise en 2008 – et encore plus de dîners – sans résultats remarquables. En fin de compte, les peuples et les marchés veulent savoir qui est ultimement responsables de leur destin. Henry Kissinger résumait la situation ainsi: «Quand je veux appeler l’Europe, je ne sais pas quel numéro de téléphone faire…»

Auteur: Stéphane Garelli