Archives
17 octobre 2016

Un Erythréen à Courtepin

En août dernier, Mengsiteab Ambasajer, originaire d’Erythrée, a commencé un apprentissage chez Micarna à Courtepin (FR). Il est le premier à prendre part au programme Maflü, visant l’intégration professionnelle de jeunes migrants, un projet né d’une collaboration entre l’entreprise de la M-Industrie et le canton de Fribourg.

Mengsiteab Ambasajer
Mengsiteab Ambasajer est heureux de suivre une formation chez Micarna.

Mengsiteab Ambasajer a aujourd’hui 29 ans, une femme et deux enfants: un garçon de 5 ans et une fille de 3 ans. Il vit avec sa famille à Fribourg et suit une formation CFC d’opérateur de machines automatisées chez Micarna, à Courtepin (FR). Réservé mais sûr de lui, il raconte, dans un français fraîchement acquis, son parcours jusqu’ici.
Un long chemin semé d’embûches
Il y a de cela dix ans, Mengsiteab, alors étudiant à l’école secondaire, fuyant un service militaire forcé aussi pénible qu’arbitrairement prolongeable, quittait avec sa femme sa ville natale de Senafe en Erythrée pour un avenir incertain mais meilleur, espérait-il. Des mois, puis des années s’écoulent entre l’Ethiopie, le Soudan, puis la Libye, où il passe quatre ans en prison pour entrée illégale et absence de papiers d’identité. Mais son long périple vers le nord est loin de prendre fin. Traversant la Méditerranée, il gagne l’Europe, par l’Italie d’abord, puis la Suisse. Là, il reste plusieurs mois dans un camp au Tessin avant d’être finalement transféré à Fribourg.

Grâce à Caritas et au soutien de l’Etat de Fribourg, il suit durant deux ans un cours de français à l’école d’intégration professionnelle. «Au début, sans aide, je ne comprenais pas grand-chose, j’allais au cours et je rentrais chez moi. Mais en répétant les exercices à la maison le soir, après un an, j’ai eu un déclic», avoue-t-il. Après une tentative d’apprentissage d’électricien avortée pour des raisons de santé, Caritas, sentant son potentiel, lui parle du projet Maflü. Trois jours de stage à Micarna suffisent à convaincre Mengsiteab. Ses connaissances en français, sa motivation et ses compétences lui permet­tent donc de suivre une formation CFC sans passer par un préapprentissage et d’intégrer l’entreprise.
Une vie d’apprenti presque comme les autres
Désormais, comme n’importe quel apprenti, ses semaines sont rythmées par ses journées à Micarna et ses cours à l’école professionnelle. Lorsqu’il travaille, il se lève à 4 h 30 du matin pour prendre son service à Courtepin à 6 h. Timbrage, vestiaire et rituel quotidien de nettoyage pour accéder aux salles de production: des habitudes que notre migrant a rapidement adoptées. Et non sans plaisir: «Travailler sur les machines, préparer la viande, changer les films, gérer les différents programmes, le contact avec l’équipe, j’aime tout pour l’instant.» Lorsque, à 16 h, il finit sa journée de travail, comme un employé normal, Mengsiteab rentre chez lui, joue avec ses enfants ou discute avec sa femme.

Pour l’instant, peu de place est accordée aux loisirs ou aux contacts sociaux en dehors de sa famille. Car l’intégration ne se fait pas si aisément. Mais l’espoir est là. Ses enfants sont scolarisés et apprennent vite. Ils parlent déjà mieux le français que lui et s’amusent avec les voisins du quartier. Bientôt, grâce à la formation qu’il suit actuellement, il aura un métier et un avenir. Malgré les difficultés qu’il admet rencontrer, il ne cache pas sa reconnaissance. «C’est une chance que j’ai de pouvoir être ici, j’ai été bien accueilli et je remercie Caritas, la Suisse et Micarna pour l’opportunité qui m’a été offerte.»
Un exemple à suivre
Si pour l’instant le cas de Mengsiteab reste encore rare, il peut sans aucun doute servir d’exemple. Au premier octobre, un deuxième nouvel arrivant a commencé un préapprentissage à Micarna. Celui-ci aura droit à un programme de formation intensif. « C’est un travail de collaboration, nous assure Benoît Berset, responsable du développement du personnel et chef du projet Maflü. Tout le monde y gagne quelque chose. Nous avons besoin de personnel qualifié et intéressé et nous jouons un rôle social en offrant un futur à ces migrants.» Et il conclut: «Pour s’intégrer, les candidats doivent pouvoir s’identifier à nos valeurs et s’adapter à notre fonctionnement.» Motivation, compétences et intégration sont en définitive les premières marches vers l’indépendance.

Auteur: Estelle Dorsaz

Photographe: Gregory Collavini