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20 avril 2015

Un grand moment de solitude?

Tout le monde n’a pas le courage de se rendre seul au restaurant, au cinéma ou de partir en voyage. Hervé Magnin, psychothérapeute, décrypte ce sentiment de honte qui nous habite parfois lorsqu’on est aperçu seul en société.

Une femme assise seule à la table d'un restaurant photo
Tout le monde n’a pas le courage de se rendre seul au restaurant. (Photo: Plainpicture/ Mielek)

Non, non, je ne suis pas seul! J’attends une copine…» N’avez-vous jamais ressenti un certain malaise lorsque, seul dans un endroit que l’on fréquente généralement à plusieurs, vous croisez un visage familier? Une situation si désagréable qu’elle empêche certaines personnes de réaliser des activités en solo, par exemple un repas au restaurant ou une séance de cinéma.

Pourquoi cette désagréable sensation? D’abord parce que les plaisirs en monôme ont encore mauvaise réputation dans notre société, avance le psychothérapeute français Hervé Magnin. «Pensez à la seule expression «plaisir solitaire», qui renvoie directement à la masturbation… une pratique taboue dans notre société, aujourd’hui encore!» S’adonner trop souvent à des activités seul serait donc parfois jugé comme une forme d’égocentrisme.

L’autre raison, c’est l’importance que l’on attribue au regard des autres. «La norme, dans notre société, c’est encore le couple, la famille, poursuit le comportementaliste spécialiste de la solitude… Une personne seule, c’est forcément louche, imagine-t-on. Passerais-je pour quelqu’un d’asocial? Une personne incapable de se faire des amis?»

Une peur qui peut se transformer en handicap

Si de tels questionnements vous passent par la tête, il s’agit alors de réévaluer la situation avec une certaine distance. «On ne croit souvent qu’à moitié à ses pensées paranoïaques... Qui ne sont que des prétextes pour éviter une telle situation!» Mais avec pour résultat, malheureusement, de rester emprisonné dans cette situation de blocage…

Nous ne sommes pas tous égaux face à ces angoisses. Si certains ne voient aucun problème à réaliser tous types d’activités seuls, pour d’autres le blocage est si puissant qu’ils préfèrent renoncer à certaines envies plutôt que d’avoir à affronter leurs peurs. «Des cas pour lesquels on peut parler de handicap!» Et la situation peut très vite se transformer en un cercle vicieux... «Les personnes qui souffrent de solitude sont souvent craintives à se montrer seules en société. En restant chez elles, elles se privent pourtant de l’opportunité de faire de nouvelles rencontres!»

Peu importe de trouver le bon partenaire pour un projet qui nous tient à cœur, le plus important est de ne pas y renoncer, conseille Hervé Magnin. A commencer par les voyages! Si plusieurs types de peurs peuvent entrer en jeu – par exemple en termes de risques à se retrouver seul dans un pays étranger – le jugement d’autrui face aux vacances en solitaire représente également un frein important. «Ce n’est pas une honte de voyager seul, affirme le psychothérapeute, lui-même grand adepte de cette pratique. Au contraire, on passera plutôt pour un aventurier!»

Une expérience qui, selon lui, peut se transformer d’ailleurs en un véritable rite initiatique. «On en revient plus fort! Notre estime de soi est renforcée, car l’on sait désormais que l’on est capable de se débrouiller seul.» Et c’est parfois l’image même de la personne qui se voit modifiée. «Les voyageurs solitaires, une fois de retour, ont l’impression que le regard que porte leur entourage sur leur personne a changé... Je crois surtout que l’on se sent nous-mêmes plus forts. Et que cela se remarque de l’extérieur!»

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin