Archives
19 janvier 2015

Un grand tour de Vienne

La Ringstrasse, célèbre boulevard qui forme un cercle autour du centre-ville de la capitale autrichienne, fête cette année ses 150 ans. A la découverte de ce symbole de la vitalité de la métropole à l’apogée de l’empire austro-hongrois.

Opéra d'Etat de Vienne
Vienne compte pas moins de cinq opéras. Ici, l’Opéra d’Etat. (Photo: WienTourismus / Christian Stemper)

Et si c’était elle, la plus belle avenue du monde? Au diable Paris et ses célèbres Champs-Elysées. La Ringstrasse, à Vienne, a bien d’autres atouts en main. Comme son nom l’indique, le boulevard forme un «cercle» autour du centre historique de la cité, pour une longueur totale de 5 km.
Sa construction débute en 1858, lorsque l’empereur François-Joseph donne ordre de raser les fortifications qui enserraient le centre-ville. Apparaît alors un terrain vierge, idéalement situé entre la cité intérieure majoritairement occupée par la résidence impériale et autres palais aristocratiques, et à l’extérieur par les faubourgs de la petite bourgeoisie. Le premier tronçon de la nouvelle avenue est inauguré en 1865, il y a tout juste 150 ans. Un anniversaire qui sera marqué par de nombreux événements.

La Ringstrasse vers 1880: le Parlement, l’Hôtel de Ville (en construction), puis l’église votive et l’Université (de g. à dr.) (Photo: Imagno/Austrian Archives)

Bien plus que le boulevard en lui-même, ce sont les bâtiments construits sur ses côtés qui en font une attraction sans pareille. Notre balade débute devant la mythique salle de concerts Musikverein , inaugurée en 1870. C’est ici qu’a lieu chaque année le concert du Nouvel An de l’Orchestre philharmonique de Vienne, diffusé dans 72 pays et pour une audience d’environ 50 millions de téléspectateurs. «La salle est réputée pour avoir la meilleure acoustique au monde!» annonce fièrement notre guide Gabriela Steiner.

Une résidence princière transformée en hôtel

C’est dans l’hôtel Imperial , situé à quelques mètres seulement du Musikverein, que les grands chefs d’orchestre ont l’habitude de descendre. Le grand bâtiment fut d’abord la résidence du prince de Wurtemberg, avant d’être transformé en 1873, dix ans après sa construction, en un hôtel. La faute à la Musikverein qui obstruait depuis la vue sur l’église Saint-Charles, située à l’arrière du bâtiment.

Gabriela Steiner, guide viennoise.

A l’époque déjà, les grands compositeurs viennois aimaient s’y retrouver. Un certain Johann Strauss faisait ainsi partie des habitués. Tout comme le célèbre écrivain germanophone Thomas Mann qui aurait rédigé une partie de son œuvre depuis le café de l’hôtel. Aujourd’hui encore, la suite royale accueille tous les grands noms de passage à Vienne. De la reine Elisabeth II à Madonna, en passant par Walt Disney ou Charlie Chaplin, tous ont marqué leur passage par une griffe dans le livre d’or.

Et le concierge connaît bien sûr moult anecdotes croustillantes à propos de ces clients pas tout à fait comme les autres. «George W. Bush avait demandé à être logé dans la suite royale, raconte Manfred Grassauer. Même s’il était à l’époque président des Etats-Unis, nous n’avons pu répondre à sa demande parce que les Rolling Stones avait déjà effectué une réservation pour cette même date.» Vienne, chef-lieu de l’Autriche, mais surtout capitale mondiale de la musique!

De style néogothique, l’Hôtel de Ville a été conçu par l’architecte Friedrich von Schmidt. (Photo: Getty Images)

A un jet de pierre d’ici se situe l’Opéra d’Etat (la ville compte au total cinq opéras!). Il fut l’un des premiers bâtiments à voir le jour sur la Ringstrasse. Si sa façade grandiose attire aujourd’hui en masse les touristes, elle fut pourtant très critiquée lors de son inauguration en 1869. «On surnommait cette construction le crapaud», raconte avec amusement Gabriela Steiner. On n’aimait guère son style architectural néo-Renaissance. Mais surtout, on ne supportait pas que son entrée se situe au même niveau que la rue.

Il manquait quelques marches d’escaliers à gravir, pour être sûr d’être vus de tous lorsqu’on se rendait à l’opéra!»

Le rendez-vous de la culture et du gratin

Toute la Ringstrasse était d’ailleurs le lieu où il fallait se montrer. «On aimait y déambuler en bonne compagnie et bien vêtu.» La construction du boulevard marque d’ailleurs l’intégration de la bourgeoisie à la vie sociale, politique et économique de la métropole. Si l’avenue concentre les grands édifices d’Etat, elle accueille de nombreux palais privés, notamment de la bourgeoisie juive qui obtient dès 1860 ses pleins droits civiques.

La capitale autrichienne abrite de nombreux lieux culturels, parmi lesquels le Musée Leopold. (Photo: Laif)

Sur cet énorme chantier, la culture n’a pas été oubliée. Bien au contraire! A l’image des bâtiments jumeaux que sont le Musée d’histoire de l’art et le Muséum d’histoire naturelle. «Ils abritaient dès leur construction la collection de la famille impériale comprenant peintures, sculptures et autres trésors, poursuit la guide. On estimait que l’art était un très bon outil pour éduquer le peuple!» Aujourd’hui, c’est un complexe entièrement dédié à la culture sur quelque 60 000 mètres carrés! Dans le Museumsquartier , l’on se cultive… et s’amuse. C’est dans ses cafés et bars que la jeunesse viennoise aime se retrouver.

Une visite à ne pas manquer: le palais Hofburg. (Photo: Getty Images)

La liste des bâtiments majestueux qui bordent la Ringstrasse est longue. A l’image de l’Hôtel de Ville néogothique ou du célèbre Parlement inspiré de l’architecture grecque. Sans oublier bien sûr la Hofburg , «le plus grand palais au monde!» Le château compte plus de 2600 pièces, réparties en dix-huit ailes.

Les appartements impériaux peuvent encore être visités aujourd’hui. Ceux-là mêmes qui ont accueilli Elisabeth de Wittelsbach, plus connue sous le pseudonyme de Sissi. «La véritable histoire de l’impératrice est bien moins romantique que celle du personnage interprété par Romy Schneider au cinéma», nuance notre guide. Pourtant, à déambuler entre les nombreuses merveilles architecturales que compte la ville de Vienne, on aurait presque envie de croire aux contes de fées!

Texte © Migros Magazine – Alexandre Willemin

Auteur: Alexandre Willemin