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13 avril 2017

Jonathan Nott, un maestro allegro

Entre passion musicale et méditation, le Britannique Jonathan Nott a pris la direction de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR). Avec finesse, sincérité et conviction.

Jonathan Nott en action
Jonathan Nott dirige désormais l'Orchestre de la Suisse romande.

Une vie sans fausse note

Penché en avant, le souffle puissant et cadencé, il vit la musique avec tout son corps. Comme s’il tenait Schubert, Schoenberg, Mahler à pleines mains…

La musique est une sorte de méditation, un mélange de spiritualité, d’architecture, d’inspiration et de risque»,

dit Jonathan Nott, chef d’orchestre britannique. A 54 ans, il est comblé: il vient d’accepter la direction de l’OSR (Orchestre de la Suisse romande) à Genève. Avec le sourire.

Il faut juste être assez courageux pour ouvrir les portes devant nous et prendre des risques. Je n’ai pas de plan de carrière.»

Bien sûr, Jonathan Nott au nom prédestiné aime la musique depuis l’enfance. D’abord le piano à 5 ans, puis la flûte. Il entre dans un chœur à 7 ans, passe tout son temps libre à chanter dans la magistrale cathédrale de Worcester. Après des études de musicologie, très vite il multiplie les directions d’orchestre. A Londres, Munich, Paris...

Mais depuis janvier, il partage sa vie entre Genève – quatorze semaines par année – Tokyo et la Junge Deutsche Philharmonie de Francfort. Son temps libre? Celui qui «n’a jamais de silence dans la tête» le consacre à sa famille, installée à Lucerne, ses trois enfants, sa Lamborghini, mais n’écoute pas beaucoup de musique pour le plaisir.

Ça devient vite du travail, parce que je ne peux pas m’empêcher d’analyser comment c’est construit!»

Une journée avec Jonathan Nott

Jonathan Nott en séance de reiki
Jonathan Nott pratique le reiki depuis huit ans.

6 h 00: séance de reiki
«Je commence la journée avec un double expresso et une séance de reiki! Depuis huit ans que je pratique, je sens que j’ai beaucoup plus d’énergie. C’est une forme de méditation, qui m’a guéri, changé en profondeur.»

Vue d'oiseau sur l'orchestre en train de répéter au Victoria Hall
Répétition au Victoria Hall

10 h 00: répétition au Victoria Hall
«Mon travail est de permettre une atmosphère où chaque musicien peut donner le meilleur. J’invite chacun à s’exprimer, tout en donnant la structure et l’inspiration. Avec l’orchestre, on est une famille, ce n’est pas qu’un job. En musique, on se parle d’âme à âme.»

Jonathan Nott en action
Pour Jonathan Nott, diriger, c'est conduire l'énergie des autres.

11 h 00: expérience totale
«Le but de la musique est de soigner le monde, c’est une expérience totale qui vous transforme. Diriger un orchestre demande beaucoup d’énergie, si je donne la mienne, je m’épuise. Alors je conduis l’énergie des autres, comme un courant, je déplace les sons. La musique qui coule doit avoir la puissance d’un Titanic et la fluidité d’un jet d’eau.»

Jonathan Nott en train de faire des annotations sur une de ses partitions.
Jonathan Nott est toujours accompagné des ses partitions quand il voyage.

14 h 00: partitions
«Je voyage toujours avec mon sac noir et mes partitions. Je peux travailler à l’hôtel, dans le train, partout. Quand j’analyse une œuvre, je mets des couleurs pour délimiter les thèmes, les groupes d’instruments et trouver l’arc qui traverse le tout. Une partition, pour moi, c’est comme lire un livre à travers le brouillard.»

Jonathan Nott en train de discuter avec un musicien.
Jonathan Nott est toujours en dialogue avec ses musiciens.

18 h 00: derniers accords
«Avec mes musiciens, je discute d’une fausse note ou de la manière de donner un coup d’archet. Quand on est 3e clarinette ou 2e violon, on ne peut pas avoir une vue d’ensemble. Avant le concert, je leur dis aussi dans quelle couleur on va jouer. J’essaie de ne jamais refaire deux fois la même chose.»

Jonathan Nott en train de nouer sa chemise devant un miroir, concentré
Se reconnecter avec le ch'i donne à Jonathan Nott la sérénité dont il a besoin avant le concert.

19 h 00: en loge
«Avant d’entrer en scène, je me reconnecte avec le ch’i, l’énergie universelle. J’essaie d’être le plus ouvert, le plus calme possible. Quand je visualise que tout se passera bien avec les musiciens, le concert est réussi. Sinon, ça ne donne rien.»

Texte: © Migros Magazine / Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Guillaume Mégevand