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16 juin 2014

Un monde qui ne tourne pas rond

Martina Chyba à propos du Mondial de football.

Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.
Martina Chyba, journaliste et productrice à la RTS.

Je dors mal, ça c’est normal. Mais l’autre nuit, j’ai fait un épouvantable cauchemar. J’ai rêvé que le monde avait complètement changé.

Il était désormais financé uniquement par des oligarques à fortune suspecte issus des pays de l’ancienne Union soviétique, ou par des pétromonarchies du Golfe qui imposaient au monde comment il fallait s’habiller, comment il fallait se nourrir et comment il fallait se comporter avec les femmes. Dans ce monde, il n’y avait plus d’idées, que du pétrole et du gaz à tous les étages. Ce monde était gouverné de manière autocratique par des vieillards semi-liquides et corrompus qui s’accrochaient au pouvoir jusqu’à la mort et que personne n’osait contester.

On passait son temps à faire construire des bâtiments somptueux, des temples immenses par des esclaves que l’on tuait à la tâche, comme pour les pyramides il y a 4000 ans. Et seuls ceux qui avaient payé les vieillards semi-liquides étaient autorisés à faire commerce dans les alentours de ces temples, les autres étaient chassés sans pitié.

Il s’agissait d’un monde d’hommes. La plupart beaux et riches. Ils exhibaient tout le temps leurs abdominaux tellement parfaits que ceux de Ryan Gosling faisaient Daniel Brélaz à côté. Ils se déplaçaient dans des Maserati ou des machins de ce genre et trimbalaient sur le siège passager des femmes-trophées plus carrossées, plus maquillées et plus vulgaires que leurs voitures ou leur vocabulaire. Les homosexuels étaient persécutés et obligés de faire semblant d’aimer les mêmes femmes que les autres.

Dans ce monde, il y avait aussi des gens qui pensaient que les Noirs étaient des singes. Des gens qui pensaient que ça se faisait de lever le bras comme dans les années 30. Des gens qui se peignaient le visage pour se battre avec des gens qui se peignaient le visage d’une autre couleur. Et qui buvaient beaucoup d’alcool pour se donner du courage. Oui il paraît que tout ça c’était une grande fête.

C’est à ce moment-là que je me suis réveillée trempée de sueur (bon ça c’était peut-être aussi les hormones, je vous parlerai de ces questions-là une autre fois). J’ai ouvert grand les yeux et je me suis dit zut flûte crotte. Ce monde existe vraiment.

C’est celui du football. Bons matches.

© Migros Magazine - Martina Chyba

Nos chroniqueurs sont nos hôtes. Leurs opinions ne reflètent pas forcément celles de la rédaction.

Auteur: Martina Chyba