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19 novembre 2012

Un nouvel écrin pour l’art contemporain

Plus grand, plus beau et plus accueillant: le Migros Museum für Gegenwartskunst a rouvert ses portes à Zurich après deux ans de travaux.

Heike Munder
Heike Munder, directrice du Migros Museum, souhaite prouver que l’art contemporain n’a rien d’élitaire.

Cet été, le Wall Street Journal expliquait à ses lecteurs comment Zurich était parvenue ces dernières années à devenir un des centres mondiaux de l’art contemporain et comment l’espace Löwenbräu avait joué un rôle majeur dans ce développement. Il est vrai que cet «unique art ecoystem», selon la formule du titre américain, n’a que peu d’équivalents. Accueillant à la fois des institutions culturelles (Kunst­halle, Migros Museum für Gegenwartskunst), des galeries parmi les plus influentes du marché (Hauser & Wirth, Eva Presenhuber) ainsi qu’une librairie et une maison d’édition spécialisées, le complexe ouvert en 1996 dans une ancienne brasserie du Ve arrondissement de Zurich a su attirer toujours plus de collectionneurs et d’amateurs d’art sur les bords de la Limmat.

Malgré son succès toutefois, l’espace n’a jamais vraiment pu envisager son avenir avec sérénité du fait des nombreux changements de propriétaires du bâtiment. Ces incertitudes appartiennent désormais au passé puisque la Fédération des coopératives Migros, la ville de Zurich et la Fondation de la Kunsthalle ont décidé, c’était au début de cette décennie, de s’unir pour racheter le site.

Aujourd’hui, après de longs mois de travaux dirigés par les architectes Gigon/Guyer et l’atelier Ww, l’espace rebaptisé Löwenbräukunst (site en allemand) a rouvert cet automne ses portes.

«Les espaces rénovés du Migros Museum für Gegenwartskunst nous ouvrent des perspectives très prometteuses en matière d’exposition, explique la directrice Heike Munder. Nous disposons désormais de deux niveaux d’une superficie totale d’environ 1300 m2.» Ainsi, le rez-de-chaussée est réservé à la présentation de la collection du Migros Museum für Gegenwartskunst (site en allemand et anglais) (lire ci-contre) alors que l’étage supérieur accueille les expositions temporaires. Enfin, un espace est dédié à la médiation culturelle (symposiums, conférences, etc.).

«La nouvelle zone d’accueil est également beaucoup plus spacieuse, poursuit Heike Munder. Et le visiteur nous trouve aussitôt qu’il a franchi les portes de l’espace Löwenbräukunst.»

Cette œuvre de Jimmie Durham est exposée au rez-de-chaussée.
Cette œuvre de Jimmie Durham est exposée au rez-de-chaussée.

Tout est fait pour rendre l’art contemporain accessible

Depuis sa création, le Migros Museum für Gegenwartskunst a toujours œuvré pour rendre l’art contemporain accessible au plus grand nombre, notamment en organisant des visites guidées en français, anglais et allemand, en mettant sur pied des ateliers pour les écoles et en publiant des catalogues d’expositions.

Heike Munder:

Nous sommes certes une institution privée, mais fonctionnons à dire vrai presque comme une entité publique, car au final ce lieu appartient aux millions de coopérateurs Migros. De plus, nous avons aussi le mandat, en plus de présenter l’art international de 1960 à nos jours et de soutenir les jeunes artistes, de faciliter la formation du public.

Dans les faits pourtant, la visite d’un musée d’art contemporain peut en laisser plus d’un perplexe. «Cette forme de création n’est toutefois pas plus intellectuelle ou élitaire qu’une autre, rétorque la directrice. Il se trouve que l’on a tendance à aimer plus facilement ce que l’on connaît déjà. Notre but n’est toutefois pas de montrer ce qu’on a déjà vu mille fois ailleurs. Ce serait beaucoup trop ennuyeux.»

Les artistes aiment exposer au Migros Museum

Et si certains visiteurs aiment préparer leur venue en se renseignant au préalable sur les artistes, d’autres préfèrent se laisser surprendre. Heike Munder:

Il ne faut pas vouloir toujours tout comprendre tout de suite, mais plutôt savoir se montrer curieux

La première exposition du nouveau Migros Museum présentera The Visitors de l’Islandais Ragnar Kjartansson. Alliant musique et performance, l’installation vidéo qui recouvre l’ensemble des cimaises introduit le spectateur dans une villa située au nord de l’Etat de New York et où les propriétaires pratiquent le chamanisme depuis les années 1970. Chaque pièce de la maison met en scène des amis de l’artiste interprétant un gospel féminin nihiliste composé par Ragnar Kjartansson.

Cette installation a été spécialement élaborée pour le Migros Museum.

Les artistes aiment venir ici, car ils savent que nos collaborateurs feront tout pour répondre à leurs besoins et n’hésiteront pas à faire et refaire sans relâche le travail jusqu’à l’obtention d’un résultat satisfaisant.

Cette grande disposition crée un sentiment de confiance et, surtout, participe à l’excellente réputation dont jouit sur la scène internationale le Migros Museum für Gegenwartskunst, un espace à (re)découvrir sans tarder.

Auteur: Daniel Sidler, Pierre Wuthrich

Photographe: Gian-Marco Castelberg, Nathalie Bissig