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11 février 2013

Un petit air de haute montagne

Deux téléphériques et un chemin damé relient Loèche-les-Bains à Kandersteg, via le mythique col de la Gemmi. Avis aux marcheurs, cette rando d’hiver tutoie les sommets!

Gemmi
Un décor de rêve qui a inspiré Guy de Maupassant: Une averse de soleil tombait sur ce désert blanc éclatant et glacé, l’allumait d’une flamme aveuglante et froide; aucune vie n’apparaissait dans cet océan des monts (...)»
Une poignée de minutes en téléphérique suffit pour grimper au col de la Gemmi (2346 m).
Une poignée de minutes en téléphérique suffit pour grimper au col de la Gemmi (2346 m).

Le soleil réveille les géants de pierre qui dominent de leur masse imposante Loèche-les-Bains. A l’ombre encore pour quelques tours d’horloge, la station thermale sort gentiment de sa torpeur. A neuf heures pile, une sonnerie annonce la fermeture des portes du téléphérique. Celui-ci s’élève tout en douceur avec une dizaine de passagers silencieux à son bord. En fond sonore, un journaliste alémanique débite les nouvelles du jour d’une voix monocorde…

Une poignée de minutes aura suffi pour grimper au col de la Gemmi (2346 m). Dehors, ciel bleu et température relativement douce. Avant de démarrer la randonnée, nous faisons un crochet par la terrasse de l’Hôtel Wildstrubel.

Des grands noms des Alpes

Une plate-forme métallique s’avance dans le vide. En face de nous, le large et spectaculaire horizon des Alpes valaisannes avec la Pointe-Dufour, le Cervin, le Weisshorn, ou encore la Dent-Blanche. Et en bas, tout au fond de l’abîme, pas plus grands que des Lego, les toits enneigés de Loèche-les-Bains.

Le Cervin, la Dent- Blanche, le Weisshorn ou encore la Pointe- Dufour sont visibles depuis la terrasse de l’Hôtel Wildstrubel.
Le Cervin, la Dent- Blanche, le Weisshorn ou encore la Pointe- Dufour sont visibles depuis la terrasse de l’Hôtel Wildstrubel.

Chaussés de bons souliers de marche, un bonnet vissé sur la tête, nous voilà fin prêts à démarrer cette course de haute montagne. Un panneau jaune sur lequel est sobrement inscrit «Piétons» indique le départ. Large, fraîchement damée et dûment balisée, la piste descend en pente douce jusqu’au Daubensee, lac invisible que l’on sait être là puisqu’il figure sur notre carte. Des rochers, de la neige et pas de végétation: rien ne pousse en cette saison, excepté les pylônes d’une ligne à haute tension.

Au pied des montagnes, toutes bernoises ici, une vaste plaine que Guy de Maupassant décrit ainsi dans sa nouvelle intitulée L’auberge: «Une averse de soleil tombait sur ce désert blanc éclatant et glacé, l’allumait d’une flamme aveuglante et froide; aucune vie n’apparaissait dans cet océan des monts; aucun mouvement dans cette solitude démesurée; aucun bruit n’en troublait le profond silence.»

Une plate-forme métallique s’avance dans le vide.
Une plate-forme métallique s’avance dans le vide.
Panorama époustouflant.
Panorama époustouflant.

Perdus au milieu de cette steppe aride et inhospitalière, nous nous sentons tout riquiqui, comme si nous avions été rétrécis. Deux petites fourmis perdues sur une nappe immaculée. Une dameuse approche. Les hoquets de son moteur diesel nous ramènent à la réalité. Plus loin, des bancs sont posés sur la neige. Brève halte pour s’hydrater et avaler une barre vitaminée. Après un mini-raidillon, plongée dans un vallon encaissé qui nous engloutit.

A certains endroits, les skieurs de fond côtoient les marcheurs.
A certains endroits, les skieurs de fond côtoient les marcheurs.

Soudain, au détour d’un virage, apparaît le Berghotel Schwarenbach (2061 m), une bâtisse de pierre qui regarde passer les hivers depuis 1742, impassiblement. «A l’origine, c’était un poste de douane», nous précise Peter Stoller, l’actuel propriétaire des lieux. Jadis, des caravanes de mulets traversaient le col pour acheminer des marchandises (fromage, vin, épices…) du canton de Berne à celui du Valais, de l’Allemagne à l’Italie, et inversement.

Lorsque le temps se met au gris

Entre l’apéritif et le dessert, le temps a résolument changé. Un stratus bas et têtu s’est installé à hauteur de sommets. Tout est gris, à l’exception de trois choucas noirs et insouciants qui jouent avec les courants ascendants. Un autre décolle d’un pin chétif pour les rejoindre. Après avoir franchi la frontière cantonale sans encombre et sans même nous en apercevoir, nous croisons un groupe de promeneurs aux joues écarlates. «Grüezi!» comme on dit ici.

Des petites fourmis sur une nappe immaculée.
Des petites fourmis sur une nappe immaculée.

La vallée s’élargit au fur et à mesure que nous avançons. La présence d’un remonte-pente laisse augurer un retour prochain à la civilisation. Une bonne grimpette et nous voilà effectivement à Sunnbüel (1934 m). Un vent glacial se lève à cet instant, faisant danser la gigue aux sapins et soulevant des vagues de poudreuse. L’écume fouette nos visages. Encore quelques pas et nous atterrissons dans le ventre d’une télécabine en partance pour «Ogiland». Un car nous conduit ensuite jusqu’à la gare de Kandersteg. Terminus, tout le monde descend de son… nuage!

Auteur: Alain Portner