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3 septembre 2012

Un poisson bien élevé

En tant que plus grand commerçant de détail, Migros introduit le nouveau label ASC, qui garantit que les poissons et les fruits de mer proviennent d’une production responsable.

Un travailleur tient un poisson de chaque couleur dans ses mains
Les tilapia, à la robe tantôt noire, tantôt rouge. Migros
les achète à un élevage en Indonésie certifié par ASC. (Photo: DR)

Le tilapia et d’autres espèces de poissons adaptées à l’élevage ne cessent de gagner en importance. La consommation de poisson est en pleine croissance dans le monde et constitue déjà la principale source de protéines pour près de 950 millions de personnes. Cette forte demande ne peut plus être couverte par la pêche sauvage. Aujourd’hui, selon l’Organisation de Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 87% des stocks de poisson sauvage sont déjà surexploités ou en passe de l’être.

L’aquaculture semble donc être la solution, toutefois elle n’est pas sans inconvénients. Les produits chimiques et les antibiotiques polluent les eaux, notamment. Pour l’alimentation, les éleveurs recourent à des farines et à des huiles de poisson provenant d’espèces sauvages, ce qui entraîne à son tour une surpêche. C’est pour lutter contre ces effets négatifs de l’aquaculture qu’a été créé l’Aquaculture Stewardship Council (ASC), à l’initiative du WWF (lire entretien), qui a élaboré des standards qui garantissent un élevage durable du poisson.

En tant que partenaire de l’ASC, Migros a introduit dans son assortiment deux premiers produits labellisés ASC à base de tilapia surgelé. Le distributeur franchit ainsi un pas supplémentaire afin de tenir la promesse formulée dans le cadre du programme Génération M: d’ici à 2020, l’ensemble de l’approvisionnement en poisson et fruits de mer de Migros devra provenir de sources durables. Concrètement, tous les produits porteront un label tel que MSC, ASC ou Bio ou seront issus d’espèces considérées comme «recommandables» ou «acceptables» par le WWF (lire encadré).

Sandra Hinni (Photo: DR)
Sandra Hinni (Photo: DR)

«Aujourd’hui, environ 90% de notre assortiment satisfait déjà à ces exigences», se félicite Sandra Hinni, spécialiste de la pêche durable à la Fédération des coopératives Migros. Cela signifie-t-il que la promesse est sur le point d’être accomplie? «Non, tempère l’experte, car couvrir les 10% manquants est un défi énorme. Les espèces sauvages surexploitées varient sans cesse. Nous devons donc réagir et adapter notre assortiment en permanence. Et l’introduction du label ASC n’en est qu’à ses débuts.» Selon Sandra Hinni, l’avantage du nouveau label ASC est qu’il «ne se limite pas aux animaux et à l’environnement, puisqu’il englobe aussi des standards sociaux tels que des salaires justes et des directives sanitaires dont bénéficient les travailleurs».Pour l’aquaculture, l’ASC représente une amélioration à plus d’un titre. Ainsi, la qualité de l’eau est constamment surveillée afin d’empêcher toute surfertilisation. L’emploi de farines et d’huiles de poisson provenant d’espèces surexploitées est proscrit, tout comme le recours préventif aux antibiotiques. Les directives sont le fruit de négociations impliquant de nombreux acteurs – organisations environnementales, producteurs, commerçants – et représentent donc un compromis. C’est pourquoi le label ASC est moins strict que le label Bio, par exemple. Sandra Hinni en est malgré tout convaincue: «L’élevage bio ne peut pas couvrir la totalité de la demande de poisson, les quantités ne sont pas suffisantes. L’ASC permet quand même d’assurer la durabilité des élevages.»

D’ici à la fin de l’année, d’autres produits portant le label ASC apparaîtront sur les rayons Migros, parmi lesquels du pangasius, du saumon et des moules.

Chris Ninnes, directeur de l’Aquaculture Stewardship Council (ASC)

Chris Ninnes (Photo: Frank van Beek)
Chris Ninnes (Photo: Frank van Beek)

Pourquoi avoir créé l’ASC?

L’aquaculture peut contribuer à nourrir la population mondiale, toujours plus nombreuse, mais cela doit se faire de manière responsable. Aujourd’hui, près de la moitié de tous les poissons et fruits de mer consommés sont déjà d’élevage. Il est urgent de lutter contre les effets négatifs de ce secteur alimentaire.

Quels sont vos points forts?

En tant qu’organisation indépendante et transparente, l’ASC offre un programme de certification digne de confiance dans le monde entier. La certification n’est pas réalisée par l’ASC lui-même, mais par des organes de contrôle indépendants. Le logo ASC sur l’emballage annonce clairement que le poisson est issu d’un élevage durable.

Pour plus d’information: www.asc-aqua.org (lien en anglais).

Auteur: Andreas Dürrenberger