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13 avril 2015

Un psy dans mon téléphone

Les applications proposant des consultations et des exercices relevant de la psychologie foisonnent. Les professionnels restent sceptiques et déconseillent leur utilisation sans le contrôle d’un thérapeute en chair et en os.

Un homme discute avec un smartphone dessin
Une application peut-elle remplacer un psy?

Stop Anxiété», «RespiRelax», «5 minutes de détente», «Pensées positives», on en passe et des plus explicites. Les applications, gratuites ou payantes, à télécharger sur son smartphone et qui se targuent de psychologie, foisonnent désormais.

Les thérapeutes, les vrais, en chair et en os, voient la chose d’un œil plutôt sceptique:

D’un côté, certes, ça démocratise une sorte d’approche de la connaissance de soi»,

explique Carlos Iglesias, président de l’Association vaudoise des psychologues, «mais de l’autre il n’y a aucune base scientifique, aucune base statistique, un peu comme les tests qu’on trouve dans les magazines».

L'application Pensées positives dessin.
L'application Pensées positives.

Des applications psychologisantes, il en existe pourtant de toutes les sortes. Il y a par exemple celles qui proposent un monitoring des humeurs. Une espèce de journal de bord intime censé permettre de suivre au jour le jour ses états d’âme, de façon plus précise qu’un thérapeute ne voyant son patient que de temps à autre.

Le problème, rétorque Carlos Iglesias, c’est qu’on «perd le côté humain». Une grande partie du travail des professionnels s’effectue «justement sur la relation», et consiste à «déceler ce que la personne n’arrive pas à analyser elle-même dans son introspection». Noter simplement ses humeurs – «se dire, voilà j’ai été triste cinq jours, puis heureux un jour» – comporte divers risques. D’abord de «s’appliquer un mauvais traitement, qui ne correspondrait pas à la pathologie». Ensuite «de banaliser ce qu’on ressent», faussement rassuré par l’usage d’une application. Et surtout «de rester seul dans sa souffrance». Mais, concède le psychologue, s’en servir comme «d’un outil pour aller en discuter avec son thérapeute, pourquoi pas?»

L'application How are you dessin.
L'application How are you.

Carlos Iglesias se montre plus indulgent avec les applications qui proposent au quotidien des exercices pratiques autour de la respiration et de la cohérence cardiaque.

Par exemple, on doit suivre une petite balle, on inspire quand qu’elle monte et on expire quand elle redescend.»

Ce qui permettra de «réguler la fréquence cardiaque» et donc normalement de «diminuer l’état émotionnel de stress». Mais à condition là encore d’être utilisées à l’intérieur d’un cadre défini en accord avec un thérapeute.

L'application Stop Anxiété dessin.
L'application Stop Anxiété.

D’autres applications encore exploitent le filon «pensée positive» et proposent de contempler des images apaisantes de nature inviolée ou de s’immerger dans la lecture de pensées profondes tirées de la sagesse antique. «Souvent du gadget, tranche Calos Iglesias, cela rappelle les pensées philosophiques imprimées sur chaque jour du calendrier, je doute de leur efficacité sur des personnes souffrant d’un vrai mal-être.» Au contraire d’un vrai travail sur soi.

Si l’on souhaite néanmoins emprunter cette voie, le mieux est de consulter un psychothérapeute, «de choisir avec lui quelles applications utiliser et comment les utiliser». L’application ainsi comprise peut devenir «un outil de médiation, pour les personnes par exemple qui ont de la peine à pouvoir parler directement de leurs problèmes». 

Texte © Migros Magazine – Laurent Nicolet

Auteur: Laurent Nicolet

Photographe: Illumueller.ch