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9 septembre 2013

Un remède difficile à avaler

Chaque jour ils boivent leur urine ou s’en répandent sur le corps, le visage et les cheveux. Les adeptes de l’urinothérapie y voient un médicament miracle, efficace pour garder la forme et soigner des maux de toutes sortes. Les scientifiques ont des doutes.

Sigrid Guggenheim, coach-thérapeute à Lausanne et adepte de l'urinothérapie.
Sigrid Guggenheim, coach-thérapeute à Lausanne et adepte de l'urinothérapie. (photo LDD)

Deux à trois verres. C’est la quantité d’urine qu’a pris l’habitude d’avaler chaque jour Sigrid Guggenheim, coach-thérapeute à Lausanne:

J’en utilise aussi pour masser tout mon corps, mes cheveux, mon visage, les dents.

En Occident, on nomme généralement cette pratique «urinothérapie». Une tradition vieille de plusieurs millénaires qui tire ses racines de la médecine ayurvédique en Inde. Là-bas, on l’appelle «amaroli». Ses partisans lui confèrent des propriétés curatives très larges. Elle permettrait de venir à bout de nombreuses maladies et de maintenir un bon état de santé. Sigrid Guggenheim a bu son urine pour la première fois il y a neuf ans. Et elle n’a plus aucun doute sur son efficacité:

J’ai pu d’abord ôter des taches tenaces sur mes dents, dues à la fumée de cigarette, raconte-t-elle. Je soigne aussi de petits maux comme des rhumes, des migraines ou des douleurs au dos. Parfois on peut se contenter d’appliquer des compresses. Mais généralement il est plus efficace d’avaler l’urine.

La femme de 52 ans affirme aussi être venue à bout d’une rougeole ou d’une rubéole grâce à l’amaroli. «Comme je n’ai pas eu besoin de consulter un médecin, je ne connais pas la nature exacte de la maladie...»

John Goetelen, coach et naturopathe à Chêne-Bourg, croit aux bienfaits de l'urinothérapie.
John Goetelen, coach et naturopathe à Chêne-Bourg, croit aux bienfaits de l'urinothérapie. (photo LDD)

Coach et naturopathe à Chêne-Bourg (GE), John Goetelen, conseille parfois l’urinothérapie à ses patients. S’il ne doute pas de l’efficacité de cette méthode, ses attentes sont un peu moins ambitieuses. «Il n’y a que sur la durée que le traitement peut fonctionner, nuance-t-il. Je le recommande donc en cas de maladies chroniques, par exemple de l’arthrose, de l’asthme ou de l’eczéma.»

Difficile de savoir précisément combien de personnes pratiquent l’amaroli. De vagues statistiques indiquent qu’ils seraient cinq millions en Allemagne à boire de l’urine ou s’en oindre. Deux millions aux Pays-Bas. En Suisse aussi le phénomène n’est pas négligeable. «Cela représente quelques pour-cent des personnes qui se soignent par les médecines douces, estime John Goetelen.»

Le voyage de l’eau

Mais comment cela fonctionne-t-il? Les défenseurs de cette pratique ont tous plus ou moins la même hypothèse. «Pendant son voyage au cœur des cellules, l’eau corporelle est en contact avec toutes les informations du corps, affirme John Goetelen. Lorsqu’elle ressort sous forme d’urine, elle permet une lecture de notre état de santé général. Le fait de l’avaler déclenche des capteurs d’information dès la bouche, informations qui induisent dans le corps une réponse adaptée.»

Des hypothèses qui n’ont jamais pu être vérifiées scientifiquement. «Pour admettre son efficacité, il faudrait sélectionner 2000 personnes qui souffrent de la même maladie, explique Joseph Eigenmann, urologue à Fribourg. Puis on demanderait à la moitié d’entre elles de pratiquer l’urinothérapie. Ensuite, on saurait effectivement si ce traitement a pu leur être bénéfique en comparant leur état de santé à celles qui n’ont pas bu de leur urine.»

«Cette pratique est très controversée»

L’amaroli ne donne droit à aucun remboursement des caisses. «Cette pratique est très controversée, indique Christophe Ruby, spécialiste à la Fondation suisse pour les médecines complémentaires. Les thérapies reconnues se focalisent sur des soins pratiqués sur le corps ou qui sont prescriptives. Nul besoin du travail d’un professionnel pour suivre une urinothérapie...»

Une chose est certaine: le liquide est un indicateur de notre état de santé général. «Au Moyen Age déjà les médecins observaient la couleur de l’urine des patients, raconte Joseph Eigenmann. Puis on s’est mis à la goûter, ce qui permettait de diagnostiquer certaines maladies.»

L’urine contient de nombreux éléments. A 95% elle est formée d’eau, mais elle contient aussi plusieurs minéraux, de l’urée, de la créatinine et différents acides. Sa consommation ne présenterait donc aucun danger, estiment les médecins. «L’urine d’une personne en bonne santé est stérile, explique l’urologue. Je ne peux pas l’assurer, à défaut d’analyses précises à ce sujet, mais, a priori, l’amaroli ne représente pas de risque pour la santé. On peut d’ailleurs répandre de l’urine sur une plaie si l’on n’a rien d’autre sous la main. Le liquide nettoiera la blessure mais ne pourra pas la désinfecter.»

Auteur: Alexandre Willemin

Photographe: François Maret