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1 juillet 2013

Un tube depuis cinquante ans

Mibelle, le fabricant Migros de produits d’hygiène et de cosmétiques.

machine 
à pétrir
1) Tous les 
nouveaux 
dentifrices naissent dans cette machine 
à pétrir 
revisitée.

Même le dentifrice le plus apprécié de Suisse a dû commencer modestement. Sans doute dans un petit mélangeur semblable à celui que l’ingénieur chimiste Detlef Seidel possède dans son laboratoire (lire en page 35). «C’est une machine à pétrir qui a été transformée pour nos besoins», explique le responsable du développement des soins bucco-dentaires chez Mibelle, à Buchs (AG), une entreprise spécialisée dans la fabrication de produits de soins corporels tels que shampooings, lotions et, justement, dentifrices.

En matière de dentifrice, tous les arômes sont imaginables

Près de huit cents produits – la moitié d’entre eux étant destinés à l’étranger – sont inventés chaque année dans les laboratoires du service de développement de Mibelle. C’est ici que sont mis en contact – et en petites quantités – pour la première fois des ingrédients comme le monofluorophosphate de sodium, des arômes ainsi que des édulcorants artificiels.

La production de dentifrice doit se faire dans un environnement aussi dé- saéré que possible, sinon le produit commencerait à mousser. D’où le couvercle posé au-dessus de la cuve, qui crée une pression sous vide.

Pour mettre au point de nouvelles recettes de dentifrice, l’équipe de Detlef Seidel peut tirer profit de longues années d’expérience. «La marque Candida existe depuis soixante-quatre ans», s’enthousiasme l’ingénieur chimiste.

La recette des variétés Candida Peppermint et Candida Fresh Gel, les plus vendues, n’a guère changé au cours des dernières décennies: «L’abrasivité est aujourd’hui un peu plus modérée. Quant aux arômes, ils tendent à être plus frais, même si, en théorie, tous les goûts sont imaginables», poursuit le spécialiste. Candida lance d’ailleurs régulièrement des éditions limitées aux saveurs inédites, comme l’actuelle version Mojito, fruit d’une collaboration avec plus de six mille usagers de la plate-forme Migipedia. Le résultat offre un goût rafraîchissant de menthe et de citron vert. Effet punch garanti, même sans alcool!

Mais avant qu’un dentifrice se retrouve sur les rayons, encore doit-il être testé. Chaque nouveauté est donc essayée par Detlef Seidel et d’autres collaborateurs de Mibelle.

Si l’échantillon est approuvé en interne et lors de tests auprès de clients, il passe chez Amira Nassar, chargée de la transposition à l’échelle industrielle. Le défi de cette ingénieure en denrées alimentaires consiste à découvrir comment les différents ingrédients se comporteront une fois utilisés en grandes quantités. «Il y a une différence entre ajouter deux ou trois cuillerées d’une poudre ou 100 kilos», résume-t-elle. Si, en général, les proportions sont conservées, l’ordre des opérations est parfois adapté, car il peut influer sur la consistance du produit final.

Un dentifrice doit présenter un très haut degré de viscosité, c’est-à-dire être épais et s’écouler difficilement. Si tel n’est pas le cas, il dégouline de la brosse à dents, un effet aussi peu apprécié qu’une confiture trop liquide sur la tartine du matin.

A chaque fois, Amira Nassar dresse un procès-verbal minutieux de chaque étape. «Nous faisons deux ou trois tests par jour, précise-t-elle encore. Si tout se déroule comme prévu, nous remettons des échantillons au laboratoire d’essais ainsi qu’au département de développement.»

Un produit adapté à la muqueuse buccale très sensible

Un critère important est le pH du dentifrice. «Le pH doit être en bonne adéquation avec les dents, qui sont très sensibles.» Amira Nassar procède donc à des mesures selon les directives du département de développement.

Les échantillons permettent aussi de réaliser d’autres tests complexes dans des laboratoires en Suisse et à l’étranger. De plus, les effets de chaque dentifrice Candida sont validés cliniquement. Enfin, des enquêtes portant sur l’aspect, la consistance, la saveur, l’arrière-goût et la sensation en bouche sont menées auprès de panels de consommateurs. Ce n’est qu’une fois que tous les résultats sont positifs que la production à grande échelle peut démarrer.

«Au stade du développement, nous fabriquons des quantités d’un kilo environ. Sur nos installations pilotes, nous passons ensuite à 125 kilos. Dès que la recette et l’ordre des opérations ont été fixés, le feu vert est donné pour des quantités allant jusqu’à 1700 kilos», précise Amira Nassar, qui travaille depuis cinq ans chez Mibelle.

Jusqu’à cent septante tubes de dentifrice à la minute

Les deux grands mélangeurs sont maintenant prêts dans le département des produits semi-finis, où s’affaire le chef d’équipe Dominik Baur. Son collaborateur Adis Malanovic contrôle les matières premières qui arrivent par cuves géantes d’une contenance de plus de 1700 kilos. Un parfum de menthe et de chewing-gum aux fruits flotte dans l’air. Les centrifugeuses ronronnent doucement, les moteurs tournent.

A l’aide d’une sorte d’aspirateur, le technologue en denrées alimentaire prélève les liquides en attente dans des récipients blancs. Les poudres, elles, sont directement acheminées vers la cuve en inox par des conduites. Une fois mélangé et homogénéisé, l’ensemble donne une masse visqueuse qui doit encore être conditionnée.

«Cette machine produit 170 tubes à la minute», détaille Dominik Baur, tandis que derrière lui un bras robotisé prélève d’une boîte en carton dix formes cylindriques en plastique d’une contenance de 125 ml, pour les déposer dans les supports d’un convoyeur. Une buse souffle alors dans les formes pour éliminer les éventuelles particules de poussière.

A l’aide d’un détecteur optique, les cylindres sont tournés correctement, de sorte que l’étiquetage demeure bien lisible.

Puis vient l’étape du remplissage: «Les tubes sont soulevés et remplis à niveau. Aucune bulle d’air ne doit rester emprisonnée à l’intérieur», explique le chef d’équipe. L’extrémité ouverte est alors chauffée, pressée et aussitôt estampillée de la date limite d’utilisation et du numéro de référence.

Ainsi fermés, les tubes sont acheminés sur un tapis roulant robotisé ultrarapide. Par lots de vingt-quatre unités, les tubes prennent place dans un présentoir ouvert préimprimé, comme on en voit sur les rayons Migros. Un simple carton recouvre et protège ces boîtes durant le transport jusqu’aux magasins, où les produits Candida font un tube depuis plus de soixante ans.

Photographe: Nik Hunger