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27 avril 2013

Un vent de fraîcheur souffle sur la scène politique suisse

Jeunesse et affaires publiques font rarement bon ménage. Preuve en est la faible participation des moins de 25 ans lors des scrutins. Mais parmi eux, certains s’illustrent par leur engagement précoce et passionné.

Mathias Reynard
Le conseiller national valaisan Mathias Reynard a été élu à l’âge de 24 ans. (Photo: Keystone/Alessandro Della Valle)

Un tout petit 32%. C’est la proportion des 18-24 ans qui ont fait entendre leur voix lors des dernières élections fédérales en octobre 2011. Ce n’est pas le record du plus faible taux de participation, mais c’est bien en dessous quand même des 49%, tous âges confondus (voir graphique). Et pour les autres votations populaires, les chiffres ne sont jamais vraiment plus réjouissants…

Participation aux élections selon l'âge.
Participation aux élections selon l'âge.

C’est un fait, les jeunes Suisses ne s’intéressent guère à la politique. «Un problème qui n’est pas propre à notre pays, précise Pascal Sciarini, professeur au Département de science politique de l’Université de Genève. Dans la plupart des Etats, la participation augmente avec l’âge jusqu’à un certain seuil, au moment où augmente la fréquence des maladies mentales. Si les jeunes se déplacent moins aux urnes, c’est avant tout pour des questions d’intégration sociale. Cette dernière va de pair avec l’âge: lorsqu’on a un emploi, des enfants, des biens matériels… on se sent plus souvent concernés par les objets soumis en votation.»

Il faut compter avec un effet de génération

Et au-delà de l’âge des citoyens à l’heure de se rendre au bureau de vote, il faut compter aussi avec un effet de génération. «Les personnes qui ont été politisées à l’époque de Mai 68 ou vers la fin de la guerre froide ont pris davantage goût à la politique que ceux qui ont grandi pendant des années plus calmes politiquement parlant, complète Lionel Marquis, maître d’enseignement à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne.

Les jeunes participeront certainement davantage à la vie politique quand ils seront plus âgés. Mais pas autant que les générations qui ont connu des périodes d’histoire bien plus mouvementées!»

L’engagement politique, une histoire de famille

Pourtant, parmi ces jeunes, quelques-uns sauvent l’honneur en affichant leur passion pour la politique, au point de rallier très tôt un parti et de se porter candidats en période d’élection. Mais qui sont ces courageux? «Ils sont le plus souvent issus de milieux très politisés, notamment leurs parents,poursuit le politologue. L’engagement politique est assez largement une histoire de famille!»

Pascal Sciarini, professeur au Département de science politique de l’Université de Genève. (Photo: LDD)
Pascal Sciarini, professeur au Département de science politique de l’Université de Genève. (Photo: LDD)

Un âge précoce qui leur permet parfois quelques facilités. «Comme ils sont peu nombreux, cela leur assure une certaine visibilité. Et donc de se faire connaître plus rapidement des électeurs, indique Pascal Sciarini. La preuve en est que vous consacrez un article à leur sujet!»


Le politicien, le sage de notre société

Mais leur jeunesse ne leur apporte pourtant pas que des avantages: pas si facile de paraître crédible quand on a à peine 20 ans et qu’on siège déjà au sein d’un législatif. «La politique reste vécue comme une histoire d’expérience, explique Lionel Marquis. Un politicien est considéré un peu comme un sage, c’est-à-dire quelqu’un qui a de la bouteille et qui connaît les rouages du système. On fera donc plus facilement confiance à quelqu’un plus âgé, estimant qu’il commettra moins d’erreurs. Mais l’essentiel, pour qu’un système puisse fonctionner, c’est qu’il représente toutes les catégories de la population, donc qu’il y ait un bon mélange entre les générations.»


Mathias Reynard (PS)

conseiller national valaisan, 25 ans

Il est le benjamin sous la coupole fédérale. Mathias Reynard a été élu pour siéger au Conseil national en 2011, à l’âge de 24 ans. «Etre jeune, c’est une chance pour se lancer en politique, raconte le Valaisan. Cela m’a permis notamment de prononcer le discours d’ouverture au Parlement.»

Mais parfois, le député sent aussi que son bas âge laisse douter certains de ses compétences. «Cela me met une énorme pression et me pousse à connaître les dossiers sur le bout des doigts. Un peu comme les politiciennes qui sentent aujourd’hui encore qu’elles doivent prouver qu’elles sont autant compétentes que les hommes.»

La politique n’a jamais été une histoire de famille chez les Reynard. «A la maison on parlait beaucoup de l’actualité avec mes parents, mais pas vraiment de politique. Mon grand-père était bien conseiller communal, inscrit dans les rangs du PDC. Mais c’était avant ma naissance, cela ne m’a donc pas influencé.»

L’élément déclencheur, il l’a à l’âge de 15 ans lorsqu’un camarade de classe acquis aux thèses UDC lui explique sa vision de la politique. «Mes idées étaient à l’opposé des siennes! J’ai donc voulu défendre mon point de vue. Aujourd’hui encore, il est un très bon ami. Nous travaillons une vigne et faisons du vin ensemble. Mais il a rejoint entre-temps les rangs PDC…»

En plus de son mandat au Palais fédéral, Mathias Reynard enseigne au Cycle d’orientation de Savièse. Et il profite de cette fonction pour éveiller l’intérêt de ses élèves de 14 ans pour la politique.

La société est toujours plus individualiste et basée sur la réussite personnelle. Je me bats pour faire passer à mes élèves le message que s’ils ne s’occupent pas de la politique, c’est la politique qui s’occupera d’eux. Il sera alors trop tard pour se plaindre!


Kevin Grangier (UDC)

Vice-président des jeunes UDC et porte-parole adjoint de l’UDC Suisse, 28 ans.

Kevin Grangier (Photo: Edouard Curchod/Tamedia Publications)
Kevin Grangier (Photo: Edouard Curchod/Tamedia Publications)

La première campagne à avoir marqué Kevin Grangier, c’était lors de la votation populaire à propos du premier paquet des bilatérales en mai 2000. «J’ai toujours été très intéressé par la politique extérieure, raconte le démocrate du centre. A l’époque déjà, je soutenais les accords bilatéraux mais me dressais contre la ratification de l’accord de libre-circulation des personnes avec l’Union européenne.»

C’est donc tout logiquement qu’il rejoint les rangs UDC. «Je n’ai eu aucune hésitation. Seule l’UDC partageait déjà à l’époque le même point de vue que moi à propos de la Suisse et de son indépendance.» Kevin Grangier participe alors en 2002 à la fondation de la section vaudoise des jeunes UDC. Quatre ans plus tard il est membre du comité directeur de l’UDC Vaud, puis accède en 2008 au poste de porte-parole adjoint du parti au niveau national.

«J’ai été très bien accueilli au sein de l’UDC. Les partis sont toujours à la recherche de relève et l’accueillent à bras ouverts. Et puis cela fait partie de la philosophie de l’UDC de lui faire confiance. Le meilleur exemple est notre président, Toni Brunner, 38 ans, le benjamin des présidents de parti du pays!»

Si Kevin Grangier affirme que son âge n’a jamais été un handicap, il admet quand même que les manières de faire de la politique évoluent. «Les politiciens déjà en place depuis plusieurs années sont très ancrés localement, que ce soit dans leur village, leur canton ou au sein d’associations. La nouvelle génération développe en revanche une communication plus globale, se sert davantage d’internet et des réseaux sociaux. Il faut dire que nous sommes désormais bien plus plus mobiles. Nous prenons l’habitude de voyager entre plusieurs cantons pour concilier famille, études et travail.»

Auteur: Alexandre Willemin