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20 février 2012

Un vieux débat

Le 11 mars, le peuple se prononcera sur l’introduction du prix unique du livre.

Un couple en train de lire
Des prix plus bas encouragent la lecture. (Photo Getty Images)

Une entente sur les prix favorise-t-elle la diversité et la qualité des livres? Les défenseurs de l’objet soumis à votation en sont convaincus et craignent, en cas de rejet, la mort des petites librairies. Selon eux, le marché suisse du livre serait protégé dans son ensemble si les éditeurs fixaient à l’avance les prix de vente.

Les opposants voient, eux, la chose d’un autre œil. Dans un marché dominé à 80% par des livres étrangers, ancrer un tel cartel dans la loi n’encouragerait ni la qualité ni la diversité du livre en tant que bien culturel. La réglementation aurait pour seul effet d’aider les grandes maisons d’édition, étrangères pour la plupart, à engranger des bénéfices supplémentaires.

Le débat n’est pas nouveau. Le prix unique du livre a déjà existé par le passé. Il a été supprimé il y a tout juste cinq ans en Suisse alémanique après une enquête de la Commission de la concurrence, suivie par une décision du Tribunal fédéral. En Suisse romande, le cartel des prix a été aboli au cours des années 1990 déjà, remplacé aujourd’hui par un cartel vertical.

Aujourd’hui, chaque libraire suisse peut définir lui-même ses prix. Libre à lui, par exemple, d’accorder des rabais et de permettre aux jeunes sans grandes ressources d’accéder avantageusement au plaisir de la lecture. Des livres bon marché se vendent mieux, et cela ne réjouit pas seulement les commerçants: les auteurs et – surtout – les lecteurs en profitent aussi.

Des changements structurels inévitables

Les défenseurs d’une entente brandissent eux aussi l’argument d’une baisse des prix. La réglementation permettrait de diminuer le prix des livres à petit tirage, tandis que les ouvrages à grande diffusion tendront à coûter davantage. En d’autres termes: le surplus de bénéfice réalisé sur les best-sellers, vendus plus cher, financera les livres plus confidentiels.

Reste qu’à elle seule, une entente sur les prix ne parviendra guère à stopper les bouleversements structurels en cours dans la profession, comme le montrent les exemples des pays voisins. En Allemagne, les prix fixes n’ont pas réussi à empêcher l’érosion des marges des commerçants, et nombre de libraires ont dû fermer boutique. Ils ont connu le même sort que les petits disquaires du coin de la rue: leurs anciens clients passent désormais commande sur internet où les prix sont inférieurs.

Heureusement, la valeur d’un livre se mesure à son contenu et non pas à son prix. Il y a cinq ans, en tout cas, le Conseil fédéral avait déjà estimé qu’aucune corrélation ne pouvait être établie entre une offre variée et une réglementation des prix.

Auteur: Daniel Sidler