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13 mai 2013

Un week-end à Lille chez les Ch’tis

Désormais à un saut d’Airbus de la Suisse romande, Lille est une cité qui vaut largement le détour. Eclectique, vivante, branchée, elle est parvenue à renaître de ses cendres industrielles sans pour autant renier cette convivialité du Nord qui fait tout son charme.

La Grand-Place,
 en plein centre
 de la cité
 de 220 000
 habitants.
La Grand-Place,
 en plein centre
 de la cité
 de 220 000
 habitants. (photo Keystone)

Chef-lieu du Nord-Pas-de-Calais, région marquée au fer rouge par les déclins simultanés du textile, du charbon et de la sidérurgie, Lille a la réputation d’être une ville triste où il pleut souvent.

Vérification faite, tout cela n’est que clichés et calembredaines! Son climat n’a certes rien de méditerranéen, mais cet inconvénient, qui n’en est plus un en plein été, se trouve largement compensé par son étonnante vitalité culturelle et la légendaire cordialité de ses habitants.

Comme l’écrit Bruno Vouters, journaliste à la Voix du Nord: «Chez les Ch’tis, c’est un fait, on met trop de genièvre dans le café, trop de mayonnaise sur les frites, de bagages sur le toit, d’outils dans l’appentis, de courses dans le chariot, de légumes dans le potager, de formules dans les discours, de chaleur dans les poignées de main ou d’accent sur les hein.»

Cette générosité et cette exubérance bon enfant, qui faisaient d’ailleurs tout le sel du film Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon, demeurent donc bien vivantes au pays du chicon et de la chicorée, de la bière et des estaminets. Manque que le patois picard pour s’y croire!

«On peut encore l’entendre dans les campagnes et aussi en fin de soirée», rigole Audrey Chaix de l’Office du tourisme de Lille.

La visite commence bien sûr sur la Grand-Place, véritable cœur de cette cité de 220 000 habitants (1,1 million pour le Grand Lille qui englobe entre autres Tourcoing, Roubaix et Villeneuve-d’Ascq).

La Grand-Place de Lille. (photo Andia / Visum)
La Grand-Place de Lille. (photo Andia / Visum)

Trois styles architecturaux s’y côtoient: renaissance flamande, franco-lillois et classique français. La Vieille Bourse, l’une des plus belles bâtisses de l’endroit, accueille dans sa cour intérieure bouquinistes, joueurs d’échecs et, parfois même, danseurs de tango.

A la découverte des anciens quartiers de la ville

Audrey Chaix nous guide à travers le dédale du Vieux-Lille avec ses boutiques nombreuses et variées (ne manquez sous aucun prétexte le salon de thé Meert et ses délicieuses gaufres qu’appréciait tant le général de Gaulle!) ainsi que ses maisons de briques et de pierre soigneusement liftées. «Tout se fait à pied ici.» A condition d’avoir de bonnes chaussures, car toutes ces jolies ruelles sans exception sont pavées de mauvaises intentions pour les hauts talons.

Le carillon du beffroi de la chambre du commerce égrène les notes de l’Ode à la joie de Beethoven. Tout à côté, il y a le Carlton dont l’une des suites a servi de décor aux frasques d’un certain… DSK! Et plus loin, mais ça n’a rien à voir, le nouveau quartier Euralille qui symbolise en quelque sorte la reconversion de l’ancienne agglomération industrielle en métropole tertiaire.

Une place aussi pour l’art contemporain

Géantes et à pois, les tulipes de l’artiste japonaise Yayoi Kusama ont poussé au milieu de ces bâtiments de verre, de béton et d’acier en 2004, année où la «capitale des Flandres» s’est métamorphosée en «capitale européenne de la culture». Si cet événement a laissé peu de traces visibles, il a en revanche frappé les esprits et permis de dynamiser la politique culturelle de cette municipalité de gauche dirigée par Martine Aubry. En témoignent ses riches musées ou encore ses «Maisons Folies», usines désaffectées réhabilitées en centres dédiés aux arts vivants.

Les tulipes géantes et à pois de l’artiste japonaise Yayoi Kusama. (photo Getty)
Les tulipes géantes et à pois de l’artiste japonaise Yayoi Kusama. (photo Getty)

Cette ville n’a pas pour autant renoncé à son héritage textile. La preuve à la rue du Faubourg-des-Postes où une pépinière pour jeunes créateurs (le «Jardin de Mode») et des boutiques-ateliers tenues par des stylistes prometteurs (les «Maisons de Mode») ont été inaugurées début 2007 en présence de leur marraine Agnès b. Un lieu incontournable donc pour les lectrices de Vogue.

Le marché de Wazemmes est l’un des plus grands de France. (photo Fotofinder)
Le marché de Wazemmes est l’un des plus grands de France.(photo Fotofinder)

Les autres se consoleront à Wazemmes, quartier populaire et multiethnique qui grouille de bazars et magasins discounts, et vit au rythme de son immense marché trihebdomadaire (mardi, jeudi et dimanche). Ou alors, ils iront reposer leurs pieds en compote au bois de Boulogne, le poumon de la city du plat pays qui abrite en son sein une citadelle (la première signée Vauban), un zoo gratuit et des animations pour les petits.

Eclectique, branchée, conviviale, Lille n’a décidément rien à envier aux autres destinations européennes. De par sa taille et sa modestie, elle est peut-être même plus agréable à arpenter que d’autres métropoles bien mieux cotées. Bref, on n’a pas trop envie de la quitter!

Pour les amateurs de 2CV, Tradi'Balade organise des visites de Lille à bord de ces voitures mythiques. Vidéo: Maxime, l'un des chauffeurs de Tradi'Balade raconte sa ville (vidéo: Alain Portner)

Auteur: Alain Portner