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11 novembre 2013

Villeneuve: une balade au royaume des châtaigniers

La châtaigneraie de Montolivet, au-dessus de Villeneuve, vient d’être entièrement réhabilitée. Le lieu offre aux promeneurs l’or de ses feuillus, la magie d’un chemin forestier bien caché et un panorama spectaculaire.

Le travail du garde forestier Martin von der Aa et de son équipe a permis de rendre ses lettres de 
noblesse à la plantation.
Le travail du garde forestier Martin von der Aa et de son équipe a permis de rendre ses lettres de 
noblesse à la plantation.
Des châtaignes.

Ils sont deux à nous attendre à la gare de Villeneuve (VD): Annik Morier-Genoud, municipale en charge du tourisme, et Martin von der Aa, garde forestier. Un comité d’accueil de choix, pour une visite qui ne l’est pas moins: la réhabilitation de la châtaigneraie de Montolivet a exigé beaucoup de persévérance et un travail de titan. Et toute la contrée en tire une très grande fierté.

Annik Morier-Genoud, municipale de Villeneuve en charge du tourisme, est sous le charme de Montolivet.
Annik Morier-Genoud, municipale de Villeneuve en charge du tourisme, est sous le charme de Montolivet.

Mais pour avoir la chance de découvrir le lieu, un trajet sinueux s’impose d’abord qui, partant de Valleyres, permet de traverser les vignes de Villeneuve les plus hautes en altitude.

Paresseux, nous optons pour notre part pour un transfert motorisé. Nous laissons la voiture au Crépon, juste à côté des caves du vigneron mélomane Christophe Schenk. Puis nous grimpons un joli petit chemin moussu et abrupt – gare aux glissades par temps humide! – pour arriver à un embranchement en pleine forêt. Celui de droite, bordé de fougères folles et de ronces sauvages, nous tend les bras.

Tout en piétinant les hautes herbes, Martin von der Aa nous explique que la région ne comporte pas moins de 40 kilomètres de sentiers pédestres à entretenir. Son équipe et lui effectuent deux passages par année – soient environ 600 heures de travail, qui ne suffisent pourtant pas à dompter la frénésie végétale lors de périodes pluvieuses et chaudes, comme celles, fréquentes, de ces derniers mois.

Mais nous voilà arrivés devant plusieurs souches imposantes: celles d’anciens châtaigniers, plantés il y a plusieurs générations.

Imaginez: à l’époque, il y avait des châtaigniers tous les 10-12 mètres, raconte le garde forestier avec enthousiasme. Les gens cultivaient la châtaigne pour se nourrir, le bois, très durable et très apprécié, servait entre autres à fabriquer des piquets de vigne, et le petit bétail des propriétaires pâturait sous les arbres.

Dès l’après-guerre pourtant, avec le développement des échanges commerciaux, les habitants du coin ont peu à peu abandonné leurs plantations. L’herbe a disparu et la forêt a repris ses droits, hêtres et frênes occultant la lumière dont les châtaigniers restants avaient besoin.

Coup d’envoi de la réhabilitation

«Ces dernières années, les gens ramassaient quelques châtaignes en se promenant, et se disaient que c’était bien dommage que tout soit en train de disparaître, raconte Martin von der Aa. Mais les subventions que nous avions essayé d’obtenir étaient trop modestes pour qu’on puisse se lancer dans de grands travaux.»

Par beau temps, l’endroit offre un magnifique panorama à 180 degrés.
Par beau temps, l’endroit offre un magnifique panorama à 180 degrés.

En 2009, toutefois, Villeneuve effectue des démarches pour que la région soit intégrée au Parc naturel régional Gruyère Pays-d’Enhaut. Cette valorisation des monts de la commune permet alors la mise en place d’un projet destiné à réunir les vingt-deux propriétaires des différentes parcelles composant les châtaigneraies de Montolivet et Chenaux – toutes proches l’une de l’autre – et de leur proposer une réhabilitation du lieu.

«Certains ont été immédiatement enthousiastes, se souvient Annik Morier-Genoud. D’autres ne se rappelaient même plus qu’ils avaient une forêt, et d’autres encore ont été tout de suite prêts à vendre ou donner leur parcelle à la commune.»

Après évaluation du coût des travaux, le parc naturel a demandé une aide financière au Fonds suisse pour le paysage, qui lui a accordé 32% de la somme. Le reste a été financé par des subventions cantonales et fédérales, ainsi que par les propriétaires, la vente du bois coupé sur le terrain, la commune et le parc. Résultat: l’an passé, l’endroit a été débroussaillé, les hêtres et frênes coupés, le pâturage recréé. La forêt s’est à nouveau transformée en champ, dans lequel 142 jeunes arbres ont été plantés, «tous de provenance régionale».

On peut toutefois s’étonner que des châtaigniers, arbres particulièrement sensibles au calcaire, poussent ainsi sur un sol très calcaire, justement… C’est que juste ici, le glacier du Rhône a déposé de riches poches d’alluvions, qui représentent le meilleur des terreaux pour ces arbres exigeants. Afin de garantir la pérennité de ces derniers, le projet a d’ailleurs soutenu la création d’une association des propriétaires qui a pour but, entre autres, d’organiser les travaux d’entretien.

Tout en devisant, nous avons ouvert une barrière clôturée et sommes arrivés dans la châtaigneraie tant attendue. Sur un grand pâturage, quelques majestueux centenaires encore fièrement dressés et les petits arbres plantés il y a un an se côtoient en une sereine harmonie. Face à nous, une vue à 180 degrés sur le lac… à peine visible ce jour-là, car noyé dans le brouillard. «Mais la vue est simplement extraordinaire par beau temps, certifie Annik Morier-Genoud. C’est d’ailleurs ce qui fait la magie de ce lieu: chaque visite de la châtaigneraie est différente et chaque saison a son charme, car le panorama change sans arrêt.»

Récolte des fruits soumise à autorisation

Avec ou sans vue, l’endroit vaut déjà à lui seul une promenade. Les souverains de ce royaume, 25 mètres de haut au moins, sont de toute beauté et sèment de splendides fruits brillants. Mais interdiction d’empocher ces goûteux joyaux! Certains châtaigniers se trouvent en effet sur des parcelles privées, et la récolte de leurs fruits est soumise à l’autorisation des propriétaires.

Les promeneurs doivent attendre que la commune ait posé des bornes pour délimiter ses propres parcelles – et indiquer ainsi aux gourmets quelles châtaignes peuvent être ramassées. Tout au moins celles des arbres anciens, car il faudra attendre entre cinq et sept ans pour pouvoir récolter les fruits des petits plants.

Aménagements forestiers

Quittant la châtaigneraie à regret, nous rejoignons le sentier qui s’enfonce dans la forêt et permet d’accéder à une route forestière pour ensuite, à flanc de coteau, rejoindre un sentier balisé. De là, la vue plonge sur les feuillages et un grand espace dégarni: «L’an passé, un coup de vent a renversé ici toute une partie de forêt. Nous avons installé deux téléphériques pour pouvoir évacuer et valoriser les troncs», explique Martin von der Aa. Qui nous montre aussi, plus loin, une digue de protection contre les laves torrentielles, qu’il s’agit de ne pas laisser se remplir de bois et de terre: «Si des matériaux passaient par-dessus, ils risqueraient d’envahir directement le hameau de Valleyres.»

La région de Villeneuve comporte quelque 40 kilomètres de sentiers pédestres à entretenir.
La région de Villeneuve comporte quelque 40 kilomètres de sentiers pédestres à entretenir.

Il est temps de reprendre le chemin caillouteux qui mène au parking. Mais avant d’y arriver, on passe devant deux superbes fermes rénovées, nichées au cœur des pâturages de Gotale. Une odeur d’humus monte du sol et la lumière se fait plus douce, légèrement rosée et nimbée de brume. «C’est un vrai coin de paradis, ici, vous ne trouvez pas?» sourit le garde forestier. Le soir, en automne, on peut même entendre le brame du cerf.»

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Christophe Chammartin