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29 février 2016

Une balade entre fourchette et raquettes

Entre Champoussin et Les Crosets (VS), un tracé permet de joindre l’agréable à... l’agréable. Une randonnée facile pour les amateurs de paysage hivernal, de panorama époustouflant et de relais gourmands.

La balade offre une vue à couper le souffle.

Beaucoup de gens viennent ici, à Champoussin, pour manger une assiette sur les terrasses ensoleillées. «C’est un véritable balcon avec vue, qui propose des activités douces pour toute la famille», lance Alex Gex, accompagnateur de montagne et fin connaisseur de la région. Gourmandise et panorama, voilà une combinaison qui donne envie de chausser ses raquettes illico!

Mais ce jour-là, au départ de Frâchette, on démarre à pied. Le chemin est large et bien damé, la pente faiblement inclinée dans un décor enfin hivernal. Oui, l’hiver, le vrai, semble être là, avec ses épicéas aux manches lourdes, les stalactites de glace qui pendent aux branches. Ciel bleu à peine voilé et soleil sur les épaules, la rando s’annonce sous de bons augures.

Après quelques dizaines de mètres, une première bifurcation: à droite, le chemin des crêtes, avec ses passages plus techniques en direction de la Croix de l’Aiguille et une vue imprenable sur Champoussin (VS). A gauche, le sentier forestier, moins escarpé et plus décontracté. Ce sera la piste du jour.

Très vite, on sent une présence, comme un regard insistant. Une sorte d’escorte rocheuse, massive, qui ne lâche pas le randonneur et réapparaît à chaque détour de sapins. C’est la chaîne des Dents-du-Midi, prolongée par celle des Dents-Blanches, que l’on gardera en point de mire pendant toute la balade. Majestueuses, hiératiques, élégantes.

La montée prend un peu de dénivelé, le temps de deux lacets, et on débouche soudain sur le sommet de la bosse, en bordure des pistes de ski, juste en face de la pointe de l’Au et de ses tire-fesses. Laissant les skieurs à leurs grandes traversées, on bifurque à gauche avec appétit sur le sentier des röstis. Voilà une perspective qui remet du carburant dans les mollets! D’autant que le chemin descend tranquillement, toujours large et damé. Quelques promeneurs, quelques chiens au pelage dense, saint-bernard, husky. Une mésange à tête noire frétille sur une branche, tandis qu’une trace en ligne droite parle d’un chevreuil pressé de rejoindre le couvert.

On va manger la poudreuse? C’est trop beau!»

s’exclame Alex Gex. Au détour d’une colline intacte, l’envie est grande de chausser enfin les raquettes et de prendre les chemins de traverse. Sortir du rail et brasser la poudre. C’est chose faite!

L’animal qui plaît aux familles

Après cette épopée sauvage, on rejoint le Relais, hôtel-restaurant des Crosets (VS). Qui vaut le détour à lui tout seul. Pour sa carte aux röstis originaux – à la mexicaine, à la forestière, solitaires… – et pour son parc aux alpagas: à 1800 m d’altitude, à côté des pistes de ski, on se retrouve nez à nez avec ces étranges lamas des Andes, têtes joufflues posées sur un long cou et yeux de braise.

«C’est un animal qui plaît aux familles. Les enfants peuvent entrer dans l’enclos des bêtes pour les nourrir et les caresser»,

explique Kurt Jenni, propriétaire des lieux depuis seize ans, qui a joué la carte exotique pour attirer du monde en toutes saisons. Un parc qui s’anime de mini-cochons, de kangourous, de poules et de poneys en été.

Le parc aux alpagas de l’hôtel-restaurant Le Relais est très apprécié des enfants, qui peuvent entrer dans l’enclos et nourrir les bêtes.

Après un repas ravigotant, on repart, raquettes aux pieds. Retour sur Champoussin (VS) par les hauts. On traverse les pistes de ski, on longe les écuries désertes pour suivre un chemin en dévers mal balisé cette année. Mais les toits du village au loin donnent la direction. Joyeuse descente où les raquettes s’envolent, avant de rejoindre un sentier qui mène à la ferme de Gaby, plantée au pied des pistes de ski.

Blaise Perrin fabrique du fromage au feu de bois à la ferme de Gaby.

Une halte dans cette chèvrerie s’impose. On y trouve mets au fromage bien sûr, mais aussi un petit musée alpin à l’étage: un intérieur d’autrefois y est reconstitué, avec son berceau à dentelles, son coin cuisine, un chaudron, l’étable avec godillots et seillons, et même quelques pages jaunies de l’almanach valaisan de 1913! Au sous-sol, la fromagerie artisanale accueille les visiteurs pendant les mois d’activité.

A la belle saison, on a une cinquantaine de chèvres et on fait le fromage au feu de bois.

Avec 160 000 litres de lait de vache, on fabrique 3000 meules à raclette en quatre mois d’été», explique Blaise Perrin, agriculteur, qui a repris les lieux il y a cinq ans.

L’endroit invite à rester. Mais le dernier tronçon nous attend, une descente dans la combe, un petit pont qui enjambe la rivière et un ultime reck en forêt pour rejoindre le couvert de Frâchette. Le ciel est définitivement fermé, les Dents emballées dans un foulard de fumée. Mais qu’importe, puisque le soleil est dans nos sacs à dos, garnis de tommes et de bûches fleuries…

Texte: © Migros Magazine | Patricia Brambilla

Auteur: Patricia Brambilla

Photographe: Laurent de Senarclens