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30 juillet 2012

Une biodiversité exceptionnelle au bord du chemin

A la croisée entre l’Entlebuch et l’Emmental se cache une flore hors du commun entre tourbe et karst. Une découverte qui s’effectue le long d’une randonnée facile de cinq heures.

Des touristes photographient le paysage
Des fleurs à perte de vue

Dans le bus qui nous amène à Sörenberg (LU), les discussions sont animées. Un groupe de seniors en goguette, quelques locaux et nous, coincés debout contre la porte. Au loin, l’on aperçoit le but de la randonnée du jour: la chaîne de montagnes de Schrattenflue, un massif unique, fait de karst, dans lequel se cachent quelque 250 grottes. Le paysage, la route qui serpente, les coups de klaxon intempestifs du car postal, les imposantes fermes aux inévitables géraniums, ce voyage est tout un poème.

Une belle ferme à deux pas de la Schrattenflue.
Une belle ferme à deux pas de la Schrattenflue.

Mais déjà, nous voici au point de départ de la randonnée. En face de nous, le Rothorn est impressionnant. Son domaine skiable et ses itinéraires d’hiver sont connus loin à la ronde. Juste derrière, se trouvent les lacs de Brienz et de Thoune. Il s’agit aujourd’hui de monter à 1400 mètres, pour une balade à flanc de montagne en direction de l’ouest, le passage des gorges de l’Emme, que nous longerons jusqu’à Schangnau, dans l’Emmental bernois. Le tout dure environ 5 h 45. Nous décidons de prendre le «raccourci» (recommandé dans la description), en utilisant la télécabine jusqu’à la station de Rossweid, un paradis pour les enfants, avec une immense place de jeu, un petit train, des chèvres, des oies...

Mais il est temps d’attaquer notre but du jour. Nous rejoignons l’itinéraire N° 2 Trans Swiss Trail, sous un magnifique soleil. Toute la région (environ 400 km²) est placée sous la protection de l’Unesco, pour sa zone marécageuse riche d’une flore exceptionnelle (d’importance internationale) et sa tourbière. Les premiers kilomètres nous rassurent immédiatement: nous n’aurons pas les chaussures mouillées, car le sentier est recouvert de copeaux de bois. Là où les marécages sont plus hauts, des planches et des ponts permettent de les franchir.

Mais quelle est donc cette fleur?

Tout au long du chemin, la riche flore déploie son tapis de couleurs vives.
Tout au long du chemin, la riche flore déploie son tapis de couleurs vives.

Très vite, nous regrettons d’être partis sans ouvrage sur la flore, car nous découvrons sans cesse des plantes dont le nom nous échappe. Cependant la linaigrette se reconnaît partout facilement. C’est un véritable festival de couleurs vives!

Arrivés à la maison de montagne Sal- widili, nous y sommes accueillis par des dizaines d’enfants en colonie de vacances. «Cet après-midi, nous allons nous promener avec des lamas! raconte fièrement Anja. Et puis vendredi, on ira chercher de l’or dans la rivière!» Le programme a l’air chargé, pourtant, il ne semble pas contenir de randonnées. «Ah non, ça c’est trop fatigant!»

Perplexes, nous poursuivons, contournant la Schrattenflue. En face, tel un immense cirque alpin, le Hohgant nous accueille. Un bruit assourdissant nous fait lever les yeux, juste le temps d’apercevoir quatre avions de combat en entraînement, qui volent en escadrille: c’est quasiment la patrouille suisse que nous avons en démonstration exclusive! L’aéroport militaire de Meiringen (BE) se situe juste de l’autre côté de la montagne. Nous passons devant un camp de scouts tessinois juste au moment où la cloche du repas sonne. Après le cri de ralliement traditionnel, l’on n’entend plus que le tintement des couverts. D’ailleurs, nos estomacs se manifestent également, mais point de banc à l’horizon. Nous poursuivons, dans l’espoir d’en dénicher un. Espoir déçu, nous nous rabattons sur un tronc d’arbre à l’entrée des gorges, alors que le ciel se couvre. Durant ces deux premières heures, nous n’avons rencontré que deux cyclistes (cet itinéraire peut aussi s’effectuer en VTT) et quelques marcheurs. Nous n’aurons pas le temps de terminer nos sandwichs, voici qu’il pleut des cordes.

Bien à l’abri dans un hôtel de montagne

Le café-restaurant Kemmeriboden-Bad est réputé pour ses meringues.
Le café-restaurant Kemmeriboden-Bad est réputé pour ses meringues.

Nous courons jusqu’à KemmeribodenBad nous réfugier, détrempés, dans l’immense bâtisse. La serveuse nous regarde d’un air désolé: «Ce n’est pas près de s’arrêter. Qu’est-ce que vous buvez?» C’est l’occasion de découvrir l’histoire de cet hôtel de montagne, qui fut un temps une station thermale. Pour rejoindre le village de Schangnau, il reste un peu plus de deux heures, à longer la grande Emme. La rivière a donné son nom à la vallée et à son fameux fromage (d’ailleurs, vous pouvez goûter au fromage aux noix de Schangnau). Quant à la petite Emme, elle coule dans l’Entlebuch et se jette dans la Reuss à Emmenbrücke, à quelques kilomètres de Lucerne. Vaincus par la pluie qui ne cessera plus, nous montons dans le car postal pour les derniers kilomètres.

La rivière Emme qui a donné son nom au fameux Emmental.
La rivière Emme qui a donné son nom au fameux Emmental.

Un regret néanmoins: que cette randonnée s’effectue principalement sur route, à l’exception de quelques passages sur des chemins de terre, notamment en forêt.

Davantage d’informations sur la biosphère de l’Unesco sous: www.biosphaere.ch (lien en allemand)

Auteur: Mélanie Haab

Photographe: Christof Schürpf