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1 février 2016

Une doula au cœur gros comme ça

Rachel Nerny est doula à Froideville (VD). Un travail qu’elle accomplit avec passion, tout en gérant de front vie familiale, rencontres périnatales, cours d’athlétisme et aide à l’enseignement.

Rachel Nerny: «La doula a pour mission de soutenir les parents avec bienveillance, écoute et respect lors de 
la grossesse, à 
l’accouchement et durant la période postnatale.»
Rachel Nerny: «La doula a pour mission de soutenir les parents avec bienveillance, écoute et respect lors de la grossesse, à l’accouchement et durant la période postnatale.»

Doula. Ce nom était donné en Grèce antique à l’esclave chargée de s’occuper de la maison et de sa maîtresse. Il est maintenant attribué aux accompagnantes en périnatalité – et Rachel Nerny, à Froideville (VD), le porte avec fierté depuis quelques mois. «Depuis toute petite, j’ai toujours adoré m’occuper des enfants. Je faisais semblant d’allaiter mes poupées et, à 6 ans, je proposais parfois de changer les couches de ma petite sœur. J’ai deux sœurs et trois demi-frères et sœurs et j’ai toujours baigné dans ce monde-là.» Néanmoins, après une formation «qui ne lui permet pas d’être sage-femme», la jeune femme se tourne vers un apprentissage d’horticultrice. Où les soins aux plantes compensent plus ou moins ceux aux bébés, et qui lui permet malgré tout de boucler son travail de fin d’études en proposant un dossier sur… l’accouchement – «Le thème était libre, alors j’en ai profité!»

Mais à la naissance de sa première fille, en 2005, elle reçoit «la claque de sa vie»:

J’avais 23 ans et j’étais la première de mon entourage à avoir un enfant. Je me suis sentie incroyablement seule, sans soutien et sans écoute.»

La situation empire avec une fausse couche, et la souffrance d’un deuil qui se heurte à l’incompréhension et l’indifférence de son entourage. «C’est là que je me suis dit: il faut faire quelque chose, ce n’est pas possible que les femmes restent seules dans ce genre de situations!»

Une vraie révélation

Enceinte de sa deuxième fille, Rachel Nerny découvre alors la formation de doula. Une véritable révélation pour la jeune maman. «Chaque mot que je lisais, chaque description de ce travail me correspondait totalement, c’était incroyable.

J’ai ensuite commencé les cours et ça a été un éblouissement.

C’est bien simple: avant, l’hiver me donnait toujours le blues. Mais depuis que je me suis lancée dans ce travail, je n’ai plus jamais souffert de la saison froide! J’ai aussi bien plus confiance en moi et dans ma capacité de communication.»

Soutien émotionnel et pratique

Mais en fait, en quoi consiste son travail? «La doula a pour mission de soutenir les parents avec bienveillance, écoute et respect lors de la grossesse, à l’accouchement et durant la période postnatale, résume Rachel Nerny. La naissance est un moment charnière. Un simple petit souci peut changer complètement la relation au bébé, au mari, entre les enfants, et la doula est là pour rassurer et aider tout le monde à trouver un équilibre émotionnel qui leur permettra d’aller de l’avant.» La formation de doula dure un an, et consiste en cinq modules avec des examens. Mais en sus des connaissances académiques de base, il faut également avoir accompagné deux mamans durant leur accouchement, suivi des cours de préparation à l’accouchement, avoir soi-même des enfants et s’être posé beaucoup de questions personnelles sur ses relations aux autres.

On l’a bien compris, le travail de la doula n’a donc rien à voir avec celui d’une sage-femme. Elle n’effectue pas de gestes médicaux, mais va pouvoir être utile à différents niveaux, que ce soit dans le quotidien pratique – tâches ménagères, courses, massages à la future maman, etc.–, dans l’information concrète tout comme dans le soutien émotionnel de toute la famille. Rachel Nerny rêve d’ailleurs que doulas et sages-femmes puissent collaborer étroitement et se compléter, chacune à leur niveau d’accompagnement. Et que les frais d’engagement d’une doula soient bientôt pris en charge par les assurances complémentaires…

Une disponibilité à 200%

Etre doula n’est pas non plus un métier à part entière et la jeune femme allie donc sa grande disponibilité aux parents à son travail quotidien de maman auprès de ses trois puces de 10, 7 et 3 ans, son métier d’aide à l’enseignement et ses cours d’athlétisme aux enfants du village. Elle anime par ailleurs de nombreuses rencontres autour de la périnatalité et va lancer prochainement des cafés deuil, destinés aux parents qui ont perdu un bébé.

Selon les règles de l’association suisse des doulas, elle doit aussi être disponible 24 h/24 durant les deux semaines avant et après l’accouchement des femmes qu’elle accompagne. «Ce n’est pas vraiment un travail, puisque c’est une passion! Mais c’est clair qu’il faut être bien organisée.» Ses secrets de superwoman? Une précieuse belle-­maman qui habite à côté, et une préparation des repas à 7 h 30, «qu’il suffit ensuite de réchauffer à midi, comme ça on mange quand même équilibré». Mais aussi une excellente communication au sein de la famille. La bienveillance et le respect chers à la jeune femme semblent d’ailleurs déjà avoir fait des émules: «Maman, je peux faire entrer ma copine? demande son aînée alors qu’on termine l’entretien. Elle pleure devant chez nous parce que des garçons lui ont lancé des boules de neige.»

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Christophe Chammartin