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11 juillet 2016

Archéologie et botanique: une égyptologue au jardin

Esther Wolff, spécialiste de la grande civilisation du Nil, a conçu avec ses collègues une exposition qui évoque ce glorieux passé à travers l’analyse des végétaux. On y apprend que pour les anciens Egyptiens, les jardins avaient une grande importance car ils étaient l’expression d’un art de vivre luxueux pour l’élite.

Esther Wolff est passionnée depuis l'enfance depuis l’enfance par Champollion et les civilisations antiques.

Les végétaux ont aussi une histoire

Esther Wolff est égyptologue, passionnée depuis l’enfance par Champollion et les civilisations antiques. «L’Egypte antique fourmille de représentations poétiques laissant beaucoup de place au romanesque. Comme petite fille unique dévoreuse de livres, je ne pouvais qu’être séduite», sourit la jeune femme dans la petite salle à tout faire du personnel du musée de botanique à Lausanne. C’est que depuis mai, cette Franco-Suisse née en Alsace et débarquée en Suisse à 28 ans fait partie des quatre commissaires d’une exposition très originale, Le Jardin des pharaons . «Moi qui n’y connais rien en botanique, j’apprends une foule de choses grâce à mes collègues: par exemple l’une est archéobotaniste , alors qu’un autre est spécialisé en paléobotanique et climatologie. C’est passionnant.»

Voilà la grande originalité de cette exposition qui se taille un joli succès depuis son ouverture en mai: la reconstitution d’un jardin égyptien, avec du papyrus et de la mandragore, complétant un parcours à l’intérieur du musée. On peut y découvrir les très rares guirlandes de fleurs trouvées dans les tombes égyptiennes et on y explique le travail des archéobotanistes qui décodent les restes des végétaux du passé. Enfin, l’expo compare les civilisations égyptienne et européenne dans leurs contextes culturel et climatique.

Mais, au fait, que représentait les jardins pour les Egyptiens de l’Antiquité? «La période faste se situe au moment de la 18e Dynastie, celle de Toutânkhamon. Elle est liée à la magnificence de Thèbes, la ville du sud aride et de la Vallée des rois. Le jardin, très codifié, représente l’expression d’un art de vivre luxueux pour l’élite. D’ailleurs lorsque Ramsès II redonne à Memphis, la ville du nord, sa place de capitale, le prestige des jardins somptueusement ordonnés contre le chaos décroît.»

Une journée avec Esther Wolff

8 h 00 Au boulot«J’arrive en général au musée vers 8 h 30. Je vérifie mes e-mails, je réponds aux demandes de conférences par rapport à notre exposition.»

9 h 00 Entre collègues«Je prends un café avec mes collègues du musée botanique vers 9 h 30. Comme nous sommes quatre commissaires venant d’horizons scientifiques très différents, nous avons surtout une sorte de médiation culturelle où nous relayons des questions sortant de notre sphère de compétence. C’est très enrichissant.»

10 h 00 Gardiennage«Le musée est une petite structure, du coup je suis également mise à contribution pour assurer le gardiennage de l’exposition. Je contrôle que tout soit en ordre, je replace quelques objets, nettoie un peu par-ci par-là. Par contre, ce n’est pas moi qui arrose les plantes...»

Dans la droite ligne de l’expo, Esther Wolff a écrit «Le jardin des pharaons» avec le directeur des Musée et jardins botaniques François Felber.

15 h 00 Visites guidées«Nous organisons régulièrement des visites guidées qui peuvent durer près d’une heure et demie. Cette exposition plutôt originale marche bien et nous recevons pas mal de demandes. Il y a aussi les mardis botaniques où nous accueillons les amateurs de botanique mais aussi d’égyptologie.»

16 h 00 Etudes«Je suis en train de suivre un master en muséologie à Genève. Là c’est l’étape du mémoire, pour lequel je prends du temps chaque jour. Evidemment, s’il n’y a pas trop de monde à l’exposition, mon ordinateur n’est jamais très éloigné...»

19 h 00 A table«J’adore la gastronomie et j’ai mes petites adresses entre Morges, où j’habite, et Lausanne. Le Pinocchio, qui est si j’ai bien compris une institution du sud de la ville, reste aussi la cantine du musée. C’est un endroit où il fait bon rester un peu en terrasse.»

Texte: © Migros magazine | Pierre Léderrey

Auteur: Pierre Léderrey

Photographe: Mathieu Rod