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8 décembre 2014

Une épicerie utile à tous

Dans le cadre de son action de Noël, Migros soutient Caritas. Ses points de vente permettent aux bénéficiaires de subsides à l’assurance maladie de trouver des produits très bon marché. Et à nombre de jeunes en difficulté de se former.

Fabien Perret
Fabien Perret-Gentil, chef du secteur vente, donne un coup de main dès que le besoin se fait sentir.

C’est une fierté de pouvoir se réinsérer. Cela faisait un moment que j’attendais ça; j’ai des problèmes de santé depuis l’âge de 15 ans», raconte Mélanie. La jeune femme de 29 ans restera discrète sur les pépins qui l’ont conduite là, comme tout le monde ou presque à l’épicerie Caritas . Mais elle espère que le stage de six mois qu’elle effectue dans le cadre de l’assurance invalidité lui permettra enfin de décrocher ce qu’elle désire avec tant de force: la possibilité de faire un apprentissage et d’entrer dans la vie professionnelle.

Comme Nina* ou Aladdin, deux jeunes qui n’ont pas pu suivre un cursus scolaire normal, Mélanie fait partie de ceux que la chance a parfois boudés. Parmi les collaborateurs se trouvent aussi des chômeurs en emploi temporaire – et des bénévoles, aussi, à l’image de Felicitas qui, depuis quatorze ans, passe deux après-midi par semaine à la caisse du magasin. «Je suis là pour aider les autres. Je l’ai toujours fait; j’ai commencé à 18 ans, en allant voir des malades à l’hôpital», raconte l’octogénaire.

Felicitas, caissière bénévole depuis quatorze ans.
Felicitas, caissière bénévole depuis quatorze ans.

Je suis là pour aider les autres. Je l’ai ­toujours fait; j’ai ­commencé à 18 ans, en allant voir des ­malades à l’hôpital

La clientèle qui dévalise les rayons que l’équipe de l’épicerie Caritas de la Borde, à Lausanne, remplit sans relâche tout au long de la journée est tout aussi panachée. «Il y a des gens qui travaillent, mais ne gagnent pas assez pour nouer les deux bouts, ceux qu’on appelle les working poor, explique le gérant, Gérard Guillet. Il y a aussi beaucoup de familles monoparentales avec des enfants, des retraités, des migrants, des étudiants-­boursiers.» Et des gens qui, comme Abdelaaziz, sont confrontés à une situation provisoirement tendue. «Il y a neuf mois, j’ai subi une grosse opération du pied à cause d’une maladie des articulations, raconte ce cuisinier. Depuis, je suis en arrêt de travail et je dois vivre avec un salaire réduit. Comme j’ai une famille et deux enfants, je viens régulièrement faire les achats ici. Dans un autre magasin, cela me coûterait pratiquement le double.»

Tout l’indispensable à des prix fortement réduits

A l’aise dans son stage, Aladdin espère trouver un apprentissage.
A l’aise dans son stage, Aladdin espère trouver un apprentissage.

L’épicerie Caritas ouvre ses rayons à toute personne qui touche un subside à l’assurance maladie, soit près d’un tiers de la population. Seule condition à remplir: posséder une carte Caritas ou une carte Culture . Cette «démocratisation» lui a fait perdre l’étiquette de «magasin des pauvres» qu’elle a pu avoir à ses débuts. «Il y a dix ans, il ne fallait pas être trop visible», se souvient Françoise Crausaz, chargée de communication de Caritas Vaud. Mais l’exemple de la Borde, à Lausanne, juste à côté d’un magasin Migros et au-dessus d’un Denner, prouve que les choses ont changé. «De plus en plus de gens touchent des subsides à l’assurance maladie, et ils sont aussi de mieux en mieux informés», observe-t-elle. Cela se voit également sur le chiffre d’affaires, note Fabien Perret-Gentil, responsable du secteur vente de Caritas Vaud. «Entre 2008 et 2013, il a pratiquement doublé.»

L’épicerie offre tous les produits de base indispensables pour une famille à des prix 30% à 50% moins élevés que le commerce normal. Elle a aussi intégré les fruits et légumes frais, vendus au prix d’achat, afin de favoriser une alimentation saine et équilibrée. «C’est dans les populations financièrement fragilisées qu’existent les plus gros problèmes de malnutrition et d’obésité», explique Fabien Perret-Gentil.

Les achats sont effectués par la coopérative nationale. Elle se procure à moindre coût des produits de qualité, généralement de marque, qui ont été surproduits ou mal étiquetés. Elle les livre ensuite aux vingt-quatre épiceries du pays. Certains articles sont subventionnés à l’interne et sont ainsi vendus moins cher que leur prix d’achat. «Le but est de parvenir à un équilibre financier. Actuellement, nous sommes encore en déficit», note Fabien Perret-Gentil.

Contrairement à d’autres œuvres d’entraide, Caritas valorise le fait de vendre plutôt que de donner. «Cela permet aux gens de conserver leur dignité», souligne Françoise Crausaz. «Et l’acte d’achat leur laisse la liberté de choisir ce qu’ils veulent. Même si l’article ne coûte que 10 centimes», ajoute Gérard Guillet.

Avec Migros Vaud, Caritas réinvente l’épicerie mobile

Le canton de Vaud abrite cinq épiceries, à Lausanne, Renens, Morges, Vevey et Yverdon-les-Bains. Et dès janvier, Caritas Vaud va relancer un mode de vente qui avait disparu du paysage: l’épicerie mobile.

«Avec le soutien de Migros Vaud, nous réinventons le camion-magasin Migros, se réjouit Françoise Crausaz. Cela nous permettra de couvrir les grandes régions dans lesquelles nous n’avons pas d’épicerie.»

Un bus offert par les Transports publics fribourgeois (TPF) stationnera chaque semaine durant trois heures à Aigle, Bex, Moudon, Payerne, Nyon, Gland, Orbe, Cossonay et Echallens. Et il roulera au biogaz, en ne consommant que de l’huile recyclée, souligne la responsable de communication. Car Caritas veille aussi au développement durable.

Des vêtements et de la nourriture pour l’esprit, aussi

Le même principe s’applique dans tous ses magasins: les aliments qui arrivent en limite de date de consommation sont offerts à la Centrale d’alimentation de la région lausannoise (CARL) qui les distribue ensuite gratuitement aux associations d’entraide.

Et dans les boutiques Caritas, qui proposent des vêtements de deuxième main, tout ce qui ne peut pas être vendu part soit à l’étranger, soit dans le recyclage pour la création de nouveaux habits.

Ouvertes à tous, ces échoppes offrent un rabais aux détenteurs de la carte Caritas. Celle-ci peut être une simple carte d’achat pour l’épicerie ou une carte Culture. Cette dernière permet d’obtenir des réductions de prix pour des spectacles, des musées et d’autres activités culturelles ou de loisirs. Car si l’alimentation est vitale, l’esprit a, lui aussi, besoin de se nourrir.

* Nom connu de la rédaction.

Auteur: Michael West

Photographe: Christophe Chammartin