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2 mars 2017

Une femme, une décennie

Elles sont âgées de 10 à 100 ans… ou presque. Des représentantes du beau sexe évoquent leurs souvenirs, dévoilent leurs rêves et nous racontent ce qu’elles vivent au quotidien.

«On peut faire plus de choses que les garçons»

Morgane et Paloma Picard, 10 ans,écolières, Vers-chez-les-Blanc (VD)

Morgane: «J’aime bien être une fille, parce que je trouve que les garçons sont un peu foufous, de temps en temps. Et puis, je trouve qu’on peut faire plus de choses qu’eux: mettre des boucles d’oreilles, se maquiller, se faire une manucure, porter des sacs à main, et mettre des couleurs que j’aime beaucoup, comme du rose et du violet. Les garçons, eux, font plus de sport et de foot, mais bon, nous on ne veut pas se salir!»

Paloma:

Quand je serai plus grande, je ne serai plus sous la responsabilité des parents et je pourrai alors plus souvent me promener en ville, faire du shopping.

Je devrai aussi moins aller à l’école. Comme métier, j’aimerais faire pâtissière, parce que j’aime déjà faire toutes les recettes de pâtisserie. Je ferai des créations artistiques, entre autres avec de la pâte à sucre. Ce qui est bien, c’est qu’il n’y a pas des métiers différents pour les garçons et pour les filles: on peut tous faire les mêmes, comme on a envie.»

Morgane:

Moi, j’ai un projet: avec ma copine Lucie, on aimerait élever plein de chiots et recueillir ceux qui sont abandonnés.

On aimerait aussi être stylistes pour chiens. On a inventé un gilet parapluie: il y aura un petit bouton et quand on appuiera dessus, hop, le parapluie sortira!»

Paloma: «J’aurai aussi des enfants. Tu nous a eues quand, maman? A 35 ans? Alors moi, je les aurai à 36!»

Morgane: «Et moi à 30-31 ans! Quand j’étais petite, je pensais qu’on avait des enfants à 19 ans, je ne sais pas pourquoi. Mais 30-31 ans, ça me paraît bien.»

«Je me sens inférieure aux hommes»

Victoria Logan,20 ans, étudiante, Epalinges (VD)

«Je sais qu’en tant que fille, toutes les portes me sont ouvertes comme pour les hommes. Pourtant, j’ai tendance à me sentir aussi intelligente que les autres femmes – mais pas autant que les hommes. Je crois que ce sont les films, l’éducation, tout notre environnement qui nous influence ainsi. Mon père et mon grand frère ont été des figures très inspirantes et, enfant, j’étais très garçon manqué. J’ai toujours trouvé qu’ils avaient plus de fierté que nous, même si ma mère m’a toujours dit qu’il fallait que je fasse ce que j’avais envie de faire.

Je remarque régulièrement que, dans une conversation de groupe, ce sont les hommes qu’on écoute le plus. Les femmes se font plus discrètes, même si ce qu’elles disent sera aussi pris en compte. En revanche, quand tu es la seule fille au milieu de garçons, tu es écoutée attentivement, car ils se mettent en concurrence pour te plaire! Les hommes peuvent aussi parler de sexe comme ils veulent, par exemple, mais c’est toujours plus délicat pour les filles…

C’est difficile, pour nous, de savoir quel comportement adopter.

Pour ma part, j’ai envie d’être moi-même, sans barrières, mais j’ai l’impression qu’il faut quand même garder certaines limites, une certaine retenue, pour être acceptée. Il y a une volonté de considérer les deux sexes à égalité, mais on remarque que le regard sur l’un et l’autre est souvent différent.

Je suis actuellement des études en maths à l’EPFL, c’est une vie qui me plaît énormément et qui m’ouvre plein de possibilités. J’aimerais me lancer dans la recherche. Plus tard, je rêve d’avoir une famille et là, je pourrai enseigner et intégrer alors peut-être une vie plus régulière.»

«Les allusions sexistes me pèsent»

Charlotte Fahrni, 30 ans, collaboratrice au Théâtre Sévelin 36, Lausanne

«Quand j’étais petite, je voulais défendre les plus défavorisés, les minorités. Je me suis dirigée vers les sciences sociales et politiques à 22 ans, et mes études ont renforcé ces convictions que j’avais déjà. Ce qui m’interpelle et m’agace le plus, ce sont les rapports inégaux entre hommes et femmes. Et pour mieux comprendre le phénomène, il suffit d’observer comment ça se passe autour de soi. J’ai souvent été choquée par les open spaces, visibles par exemple depuis des comptoirs de réception ou à travers des vitres d’immeubles. Souvent, un rapport hiérarchique se fait ressentir, alors que la disposition des lieux est censée éviter cela: les femmes sont souvent devant, et le chef, habituellement un homme, a son bureau tout au fond, de manière à pouvoir observer tout ce qui se passe. En fait, dans tous les corps de métier, les hommes occupent quasiment tout le temps les postes clés, il suffit d’aller voir l’organisation de n’importe quelle entreprise sur son site internet, c’est parlant!

Ce type de situation me dérange, mais ce qui me pèse le plus, ce sont les gags machistes et les allusions sexistes constantes. Moi, je m’oppose à ça dès que je peux, quitte à passer pour une emmerdeuse!

J’ai longtemps été serveuse, et quand un client me disait que ce serait mieux «avec un sourire», je lui demandais s’il dirait la même chose à un homme.

Je n’ai pas envie de civiliser les gens, mais je trouve important d’affirmer ce que je pense. Ma mère est une Italienne du Nord très contradictoire: très indépendante, très forte, elle aime aussi la notion de femme au foyer qui cuisine pour sa famille et gère sa maison, par exemple. Elle n’a jamais compté sur un homme pour tracer son chemin, et sa vision des choses me caractérise aussi. J’aime dire que je suis féministe, car je le suis, quitte à ce que le terme dérange. Je ne suis pas pour autant pour un dénigrement de l’homme, mais pour un partage réel et une égalité pure.»

«Je ne veux pas être ce que la société attend de moi»

Loan Nguyen,40 ans, photographe, Lausanne

«J’ai traversé les 20-30 ans en faisant ce que je devais, mais sans être particulièrement consciente de ce que je faisais. Je n’ai réellement choisi ma vie que depuis l’âge de 30 ans: c’est là que j’ai eu ma fille, et que j’ai divorcé peu de temps après. Je me suis alors rendu compte que les rôles n’étaient pas du tout égalitaires, et que les gens n’apprécient pas franchement l’image d’une femme divorcée. C’est là que s’est réveillée ma conscience de ce que c’est que d’être une femme dans notre société.

C’est aussi vers 30 ans que je me suis rendu compte de la pression sociale de la beauté, de la maigreur.

Je me suis rebellée en me rasant partiellement les cheveux, j’ai aussi fait mon premier tatouage à 35 ans: c’était une manière de dire que je ne veux pas être ce que la société attend de moi en tant que femme. J’éduque d’ailleurs aussi ma fille à ne pas être «juste une petite fille».

J’ai vécu beaucoup de changements ces derniers temps: j’ai eu mon tout premier contrat à durée indéterminée à 39 ans, et j’attends maintenant mon deuxième enfant. Je ne pense donc pas que je vais avoir une crise de la quarantaine, car je suis encore dans le mouvement. Quand j’entends les gens me parler du fait d’être enceinte «à mon âge», je réalise d’ailleurs que je suis une sorte d’exception!

Lorsque je regarde mes élèves de 15-20 ans qui sont si stressés, je réalise que je suis finalement arrivée à la stabilité sans vraiment m’en rendre compte et sans l’avoir cherché réellement. Mais maintenant, une grosse question se pose, qui représente la quadrature du cercle pour les artistes femmes: comment avoir une carrière artistique avec deux enfants?»

«Nos vies ne tournent plus autour du mari»

Rita Barile, 49 ans,coiffeuse, Le Mont-sur-Lausanne (VD)

«A aucun moment, je n’ai senti que ma vie aurait été plus facile si j’avais été un homme. J’ai toujours pu faire ce que dont j’avais envie. Je voulais avoir des enfants, mais il aurait été inconcevable pour moi d’être mère au foyer. D’ailleurs, j’ai recommencé à travailler quinze jours après la naissance de mon premier fils. Par contre, les jours où je ne bosse pas, je suis vraiment là pour eux. Je viens d’une famille italienne. Ma mère, c’est la vraie mamma! Quand j’étais jeune, elle ne comprenait pas vraiment que je veuille passer ma maîtrise fédérale de coiffure. Pour elle, ce n’était pas indispensable, vu que j’avais déjà un métier.

En plus, dans sa tête, les femmes devaient rester à la maison.

Aujourd’hui, elle a changé de discours: elle me dit que j’ai eu raison de persévérer. Mon mari aussi est d’origine italienne, il est habitué à une répartition assez traditionnelle des rôles à la maison. Il aide aux tâches ménagères, mais ne le fait pas spontanément, il faut que je lui demande. En revanche, j’ai appris à mes fils à se débrouiller. Aujourd’hui, ils ont 17 et 22 ans, leur chambre est très ordonnée, et le grand aime bien donner un coup de main à la cuisine. Je n’aimerais pas qu’ils s’attendent à ce que leur copine fasse tout à la maison.

Dieu merci, d’une manière générale, la condition des femmes a bien évolué! Elles sont plus libres et leur vie ne tourne pas uniquement autour de leur mari et de leurs enfants. Elles ont leurs propres loisirs, leurs propres activités. Il me semble qu’il n’y a plus trop d’inégalités. D’ailleurs, dans mon salon de coiffure, je n’entends plus vraiment mes clientes se plaindre de leur mari pour les tâches ménagères.»

«J'ai toujours été une féministe»

Véronique Evard-Fernandez, 60 ans, animatrice dans l’éducation, Neuchâtel

«Intellectuellement, j’ai toujours été une féministe. Dans ma jeunesse, avec mes copines, nous rêvions de tout partager avec notre futur conjoint. Mais dans la vie quotidienne, c’est parfois difficile à appliquer. Bien sûr, à l’époque, les filles avaient une grande liberté: le seul souci, c’était de ne pas se retrouver enceinte. Pourtant, ce n’était pas si évident d’assumer la possibilité d’avoir des relations avec des garçons sans s’engager, surtout que j’étais plutôt une romantique.

Avec mon époux, nous ne nous sommes pas mariés tout de suite. Nous avons d’abord eu nos enfants, puis nous avons finalement sauté le pas. Tant que nous n’étions que deux, c’était assez simple de partager équitablement les tâches. En revanche, quand notre fils et notre fille sont nés, nous sommes retombés dans un schéma traditionnel. Dans un premier temps, mon mari a pu baisser son temps de travail, puis cela n’a plus été possible. On a donc dû redistribuer les tâches liées à l’intendance et à l’éducation. Mais il a continué à passer beaucoup de temps à retaper notre maison.

Pour ma part, j’ai toujours travaillé. Parfois avec un peu de culpabilité de ne pas offrir plus de présence à mes enfants.

Je me souviens encore du jour où les femmes ont obtenu le droit de vote. Dans les bistrots, les discussions allaient bon train: les hommes s’inquiétaient des implications pour la vie politique…»

«J’ai quitté mon métier pour élever mes enfants»

Muriel Matthey,71 ans, retraitée, Montreux

«Je ne suis pas féministe dans l’âme, car j’ai toujours été individualiste. J’aime me lancer des défis et ensuite, j’y vais à fond! Lorsque j’ai fêté mes 70 ans, j’ai fait un bilan de ma vie et j’ai réalisé qu’elle s’est déroulée par étapes.

Ainsi, adolescente, je rêvais de faire prof de sport. Mais mon père m’a dit que ce n’était pas un métier pour une femme.

J’étais en train de préparer les examens pour l’école normale quand j’ai rencontré une copine qui travaillait au centre de transfusion sanguine de la Croix-Rouge. Pressée de travailler et de quitter la maison, je l’ai remplacée lorsqu’elle a démissionné. J’ai adoré ce métier de laborantine, mais j’ai dû arrêter lorsque j’ai eu mes trois enfants: à l’époque, il n’y avait pas de crèches... Nous avons déménagé dans un quartier très cosmopolite, et j’ai vécu là des années superbes de partage et d’ouverture au monde, qui m’ont beaucoup aidée à supporter la vie de femme au foyer. Quand je n’en pouvais plus, j’allais à la bibliothèque et je me prenais un pavé de 500 pages. C’était ma soupape de sécurité.

Poussée par mon mari, j’ai commencé la gymnastique. J’ai tellement aimé que je suis devenue monitrice et ai suivi une formation complète à Macolin. Je me suis découvert un vrai amour pour la musique, et un instinct créatif inattendu: lorsque j’entends un air, j’imagine immédiatement la chorégraphie qui peut l’accompagner. C’est ainsi que la musique m’a ensuite amenée à faire partie d’un chœur, dans lequel l’intensité du partage musical m’émerveille toujours autant. Je pense qu’une de mes grandes forces a toujours été mon idéal de vie. Pour moi, le partage et le fait d’aimer les autres est essentiel, je ne crois pas être sur terre pour autre chose. Dans mon cœur, j’ai toujours 10 ou 15 ans, pas plus, mais le corps me met peu à peu des limites. Une fois qu’on l’a accepté, ça va. J’ai la chance d’avoir une vie pleine et riche de rencontres.»

«Je regrette de ne pas avoir fait d’études»

Christine Guirard, 81 ans, retraitée, La Chaux-de-Fonds

«J’ai des amies qui dépendent beaucoup de leurs maris... Ça n’a jamais été mon cas! J’ai toujours été très indépendante comme ma mère, c’est d’ailleurs peut-être pour cela que je n’ai pas le sentiment d’avoir été pénalisée dans ma vie parce que j’étais une femme. Je suis née à Berlin en 1935. J’ai cinq frères et sœurs. Mon père était allemand et ma mère suissesse d’origine. En 1941, quand la ville a commencé d’être bombardée, nos parents nous ont emmenés en Silésie, territoire qui est devenu polonais après la guerre. Nous y sommes restés et j’ai passé mon bac à Varsovie. Après, comme je n’avais pas les moyens de poursuivre des études, j’ai commencé à travailler, je faisais des traductions pour la légation suisse.

Le rideau de fer, nous l’avons traversé avec mon futur mari en 1957. A notre arrivée à Vienne, nous avons reçu 20 dollars et Victor est tout de suite allé acheter une banane et un Coca Cola. L’autre choc culturel, c’est lors­que nous nous sommes installés en Suisse:

j’ai réalisé que les femmes n’avaient pas le droit de vote et pas la possibilité non plus d’ouvrir un compte sans l’autorisation de leur conjoint!

Il faut dire qu’à cette époque, en Pologne, les femmes avaient les mêmes droits que les hommes. Les mentalités ont évolué depuis en Suisse. La condition de la femme aussi, c’est clair. D’être femme ne m’a en tout cas pas empêchée de travailler, de suivre des cours de langues, de voyager, de faire du bénévolat ou du sport. Mon seul regret, c’est de ne pas avoir pu faire des études!»

«Adolescente, j’étais très surveillée»

Clementina Carcano-Bocellari, 90 ans, retraitée, Bussigny-près-Lausanne (VD)

«La condition des femmes a énormément évolué depuis ma jeunesse. J’ai grandi en Italie, entre Milan et Intra, au bord du lac Majeur. Quand j’étais adolescente, j’étais très surveillée, je ne pouvais pas sortir toute seule. Pendant la guerre, un de mes frères s’est réfugié à Brigue, en Valais. A son retour, il nous a chanté la Suisse, ça m’a donné envie d’y aller. J’avais 20 ans. Comme nous étions un peu serrés à la maison et qu’il y avait mon frère sur place, mon père m’a donné la permission de partir. Arrivée à Nyon en 1948, j’ai fait des ménages, puis j’ai déménagé à Lausanne, où j’ai rencontré mon futur époux. Après notre mariage, je suis restée à la maison, mais comme nous n’avions pas beaucoup d’argent et que l’emploi de mon mari ne lui rapportait pas grand-chose, il m’a laissé la liberté de travailler à domicile: je me suis donc installée comme couturière. J’ai pu également élever mes enfants comme je l’entendais. Je leur ai appris le respect, surtout des aînés, de la famille, ce qui semble manquer à la génération d’aujourd’hui. Je suis aussi parfois choquée par la tenue de certaines adolescentes.

Je suis d’accord qu’elles aient davantage de liberté qu’à mon époque, mais cela me paraît un peu trop extrême.

J’ai perdu mon époux en 1996, et depuis 2012, je vis avec ma fille. J’ai beaucoup de chance de l’avoir. Très indépendante, elle ne s’est jamais mariée. A mon époque, cela n’aurait pas été concevable. Je suis très contente de voir que les choses ont évolué pour les femmes, notamment en politique. Aujourd’hui, ce ne sont plus que les hommes qui dirigent la Suisse et la planète. Enfin, il y a encore du travail!»

«J’ai vécu seule et m’en suis très bien sortie»

Marceline Berberat, 99 ans, retraitée, Neuchâtel

«Je n’aurais pas cru que j’arriverais à 100 ans. Personne dans ma famille n’a atteint cet âge-là. Ni mon frère ni mes parents. Les années ont filé, mais j’ai encore toute ma tête!

Je n’ai pas d’enfant. Mon mari n’en voulait pas. Moi, j’aurais bien aimé avoir une petite fille avec des nattes… Nous nous sommes finalement séparés, et j’ai vécu seule. Je m’en suis très bien sortie! J’ai beaucoup travaillé. A l’époque, une femme n’avait pas beaucoup de choix. Elle pouvait devenir vendeuse ou couturière. Je me suis donc d’abord retrouvée dans un kiosque, puis dans une librairie. Quand le propriétaire est décédé, c’est moi qui ai repris le magasin.

Quand j’étais adolescente également, j’ai dû travailler. Mon père était au chômage et ma mère était malade. Nous habitions à La Chaux-de-Fonds et j’aidais au service dans un restaurant de montagne. Avec mon frère, nous devions aussi donner un coup de main à la maison. Nous n’étions pas traités différemment. Par contre, les filles n’osaient pas jouer comme les garçons, elles devaient rester tranquilles. Pourtant, j’aimais bien courir dans la nature.

Aujourd’hui, elles ont plus de droits. Les jupes sont plus courtes, mais ce n’est pas forcément plus joli.

Dans ma vie, j’ai eu la chance de beaucoup voyager. J’ai même dormi dans le désert, en Afrique! L’an dernier, j’ai participé à un concours de cartes avec quelques autres pensionnaires de ma résidence, et j’ai gagné un tour en avion. Nous sommes partis de Colombier (NE) et nous avons survolé la région. C’était magnifique! Je vais retenter ma chance cette année…» 

Texte © Migros Magazine – Tania Araman, Véronique Kipfer et Alain Portner

Auteur: Tania Araman, Véronique Kipfer, Alain Portner

Photographe: Matthieu Spohn