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30 mai 2016

Une fleur remarquablement verte

Pétales photovoltaïques, suivi du soleil par GPS, autonettoyage: la Smartflower est une alternative design mais tout aussi efficace – sinon plus – aux panneaux solaires classiques.

Smartflower
Cette installation multitâche fournit de l’énergie propre en exploitant au maximum l’énergie solaire.

Une plante spectaculaire fleurit depuis peu devant la manufacture Audemars Piguet, au Brassus: la Smartflower Pop. Tout de métal revêtue, elle possède douze immenses pétales photovoltaïques qui suivent le soleil de l’aube au crépuscule. «L’orientation de l’éventail solaire fonctionne à la fois sur l’axe vertical et l’axe horizontal, explique Frédéric Bichsel, directeur de Solexis, l’entreprise qui la commercialise en Suisse.

Comparée aux installations fixes montées sur les toits, celle-ci, avec son angle optimal de 90° par rapport au soleil et son GPS programmé pour en suivre la course, permet de produire du courant plus tôt et jusqu’à bien plus tard dans la journée.»

La fleur va ainsi offrir un rendement même lorsque le soleil est bas sur l’horizon. «Sa courbe de production est parfaitement adaptée à la courbe de consommation d’un ménage, fait remarquer Frédéric Bichsel, puisqu’elle commence à produire lorsque les gens se lèvent et jusqu’à tard lorsqu’ils se couchent, tout en offrant un rendement régulier durant toute la journée.

Or, une installation traditionnelle présentera un gros pic de production à midi, tandis qu’il n’y a peut-être personne pour en bénéficier et que tout est alors rejeté sur le réseau.»

Un rendement optimisé

Grâce à cet effet dit de tracking – mais aussi grâce à une ventilation à l’arrière des modules qui les maintient de 10°C à 20°C plus froids que ceux fixés sur un toit, favorisant là aussi un meilleur rendement –, la Smartflower produit ainsi environ 3000 à 4000 kWh par an. Soit la consommation moyenne d’un ménage de quatre personnes. C’est 30% à 40% de plus qu’une installation de même puissance nominale, alors que la fleur ne consomme elle-même que 100 à 120 kWh par an pour ses moteurs et son GPS.

Elle s’inscrit ainsi parfaitement dans la tendance actuelle du marché consistant à consommer ce qu’on produit»,

souligne ainsi le directeur de Solexis. Elle existe sous trois variantes: un modèle de base, un autre pourvu de batteries qui permettent de stocker l’énergie non consommée pour l’utiliser plus tard, et un dernier comprenant des prises destinées aux véhicules électriques.

Mais ce n’est pas le seul atout de la Smartflower: conçue pour résister aux rigueurs du climat alpin, elle ne craint rien – sauf le vent. Une première position de sécurité lui permet d’orienter ses pétales à l’horizontale lorsqu’il souffle à 54 km/h. Mais lorsque le vent atteint plus de 63 km/h, elle se referme et les pétales se mettent en position verticale, de manière à offrir le moins de résistance possible.

Enfin, dernière innovation technique de la Smartflower: elle s’autonettoie. «Le client peut programmer cette fonction quand il le désire, explique Frédéric Bichsel. Les pétales se mettent alors à l’horizontale et de petits balais nettoient les modules du dessous. Nous recommandons de le faire une fois par semaine, mais il est nécessaire de déterminer sur chaque site quelle est la fréquence conseillée.».

Installation nomade

Prix d’un tel bijou de technologie verte: entre Fr. 20 000 .- et Fr. 25 000.-, y compris l’installation. La fleur de 4,8 mètres de diamètre et de 800 kilos exige un volume de 5 x 5 x 5 mètres et se fixe au sol soit par tirefonds dans un bloc de béton hors gel, soit par vis de sol dans un terrain meuble, s’il dispose d’une profondeur d’au moins 2 mètres.

Une installation provisoire, qui permet de «déraciner» la fleur et de la prendre avec soi quand on déménage. Le raccordement est particulièrement simple puisqu’il suffit de tirer un départ-câble AC avec protection disjoncteur depuis le tableau de raccordement jusqu’aux bornes de raccordement AC de la fleur. L’onduleur de cette dernière est un modèle 2.5 - 3 kVA monophasé.

Toutefois, avant de faire fleurir sa Smartflower, il s’agit de soumettre le projet aux autorités communales, afin de connaître leurs exigences.

A priori, une demande de permis de construire sera exigée»,

prévient Frédéric Bichsel. A noter que les propriétaires peuvent recevoir une subvention unique de 2555 francs, correspondant à une installation isolée, à condition qu’elle soit reliée au réseau par le biais d’un point d’injection et d’un compteur de l’entreprise électrique.

A la fois pratique et esthétique

Développée il y a deux ans par la société autrichienne Smartflower energy technology Gmbh, la fleur – qui existe en huit couleurs tendance – suscite déjà beaucoup d’intérêt et de demandes. Une quarantaine de modèles sont déjà installés dans toute la Suises. «Les privés posent beaucoup de questions sur le produit, mais on remarque aussi un grand intérêt chez les petites et moyennes entreprises, remarque le directeur de Solexis. L’aspect esthétique séduit ceux qui ne veulent pas forcément des panneaux solaires sur leur toit.

Mais la fleur possède également un fort capital sympathie et permet ainsi aux entreprises de communiquer beaucoup plus facilement sur leur positionnement par rapport aux énergies renouvelables et à l’innovation.»

C’est ainsi que la manufacture Audemars Piguet s’est immédiatement proposée pour planter une fleur devant ses fenêtres. Depuis décembre dernier, la Smartflower Pop lui permet d’alimenter ses nouveaux ateliers, construits dans les combles.

«A 1000 mètres d’altitude, nous nous sommes de prime abord demandés si une fleur qui avait toujours été utilisée en plaine allait réellement pouvoir bien fonctionner, raconte Daniel Saugy, secrétaire général de la Fondation Audemars Piguet. Mais après un petit problème lors de l’autonettoyage, qui a été réglé par l’équipe technique, elle a parfaitement bien rempli son rôle.

Et elle n’est pas seulement là pour faire joli: sa production d’électricité, qui est directement réinjectée dans le système, est non négligeable.»

Au point que l’entreprise envisage d’installer un véritable petit jardin technologique devant sa future Maison des Fondateurs, un musée avant-gardiste où seront mêlés béton et murs porteurs en verre.

Texte: © Migros Magazine | Véronique Kipfer

Auteur: Véronique Kipfer

Photographe: Matthieu Spohn